CHAPITRE DFUXiâMB
constructions, autant d'ingrédients nécessaires de la production, et dont la réalité matérielle semble indéniable. Hodgskin, dans son « Économie Politique Populaire », où il insiste principalement sur cette seconde forme du capital, reconnaît que le capital fixe fournit à la thèse capitaliste son plus solide argument. Mais il faut considérer deux choses. En premier lieu, ce capital est l'œuvre d'un travail antérieur. Gomment, dès lors, considérer à la fois, sans absurdité, le capital comme un efifet et comme une cause du travail, comme le produit et comme la limite de l'industrie? Sans doute, l'ouvrier qui a fabriqué l'outil, la machine, la maison^ mérite un salaire : mais l'hypothèse est qu'il l'a déjà reçu et que le profit du capitaliste est exigé par le capitaliste en sus de ce salaire. Sans doute aussi, l'inventeur de l'instrument de travail mérite une rémunération. Mais combien rarement l'obtient-il ! et quelle disproportion entre le salaire effectivement touché par l'inventeur et les profits réguliers et perpétuels du capital une fois créé ! — En second lieu, le capital fixe ne produit la valeur prélevée par le capitaliste à titre de profit que dans la mesure où il est utilisé par un travail actuel. Le profit, nous dit l'apologiste du capital, est la rémunération de l'épargne : mais, si le capital fixe, une fois créé, reste entassé dans des magasins, il se
lOO THOMAS HODGSKIN
détruit lentement et, en attendant, ne rapporte rien : l'épargne n'est productive que si épargner signilie avancer le capital — le prêter ou le donner — à un travailleur qui l'exploitera. Or, ce travailleur mérite un salaire assurément : mais ce salaire ne constitue pas le profit du capital dont nous cherchons la justification. Une route constitue un capital fixe, et suppose, pour les réparations, des avances répétées de capital circulant.
Mais ni le capital circulant ni le capital fixe ne donnent de profit aux fabricants de la route s'fi n'y a personne pour voyager sur la roule, ou pour continaer à utiliser leur travafi. La route facilite la marche du voyageur, et, dans la mesure exacte où les hommes voyagent sur elle, le travail qui a été employé à la roule devienlproduclif et utile. On coiuprend aisément pourquoi ces deux espèces de travail doivent être payées, — pourquoi le constructeur de la roule doit recevoir quelques-uns des avantages dont bénéficie seul le passant qui ullUse la roule ; mais je ne comprends pas pourquoi tous ces bénéfices devraient aller à la route efie-mème et être appropriés par une classe d homiues, qui ne le créent ni ne rulfiisenl, sous le nom de profit pour leur capital (i).
Ne sulfirait-il pas, d'ailleurs, pour comprendi*e combien sont faibles les plaidoyers courants en faveur du capital, de constater que les deux formes de capital veulent être rémunérées au
,1} Lab. de/, pp. 16-17.