CHAPITRE DEUXIÈME
ses récoltes annuelles sur le produit d'un travail de productivité moins rapide. Le fait que le capilaliste doit, pour être prêt à payer ses ouvriers, accumuler une certaine quantité d'argent monnayé, est de nature, peut-être, à fortifier rillusion ; mais le salaire réel de l'ouvrier consiste dans ce qu'il achète avec son argent, non dans l'argent qu'il touche, et l'invention du papier-monnaie ne tend-elle pas à dissiper l'illusion que l'existence d'un capital argent avait fait naître ?
Du jour où le possesseur d'un simple morceau de parchemin reçut un revenu annuel en morceaux de papier contre lesquels il obtint tout ce qui était nécessaire à son usage et à sa consommation; du joar où, en n'abandonnant pas tous les morceaux de papier, il se trouva plus riche à la fin de l'année qu'au commencement, ou se trouva des titres, l'année suivante, à recevoir un nombre encore plus grand de morceaux de papier, obtenant une faculté de commander une quantité plus grande encore du produit du travail; il devint démonstrativement évident que le capital n'était pas une chose épargnée et que le capitaliste individuel ne devenait pas riche par une épargne positive et matérielle, mais par une action qui lui permettait, conformément à un usage conventionnel, d'obtenir une plus grande portion du produit du travail des autres hommes (i).
(X) Pop, Pol. Ec, p. 248.
Que voulons-nous dire, en somme, lorsque nous disons d'un homme qu'il possède un capital circulant? Simplement qu il possède le pouvoir de commander au travail de quelque autre homme. Quelle est d'ailleurs l'origine de ce pouvoir? Comment en a-t-il pris conscience?
Sans réflexion, par habitude.
Gomme nous attendons que le soleil se lèvera demain, de même nous attendons que les hommes, dans tous les temps à venir, obéiront à Timpulsion des mômes mobiles auxquels ils ont obéi dans le passé. Si nous poussons plus loin nos investigations, tout ce que nous pouvons apprendre, c'est qu'il existe d'autres hommes, occupés à préparer les choses dont nous avons besoin, pendant que nous préparons celles dont ils ont besoin. Peut-être cette conviction se laisse-t-elle ramener, en dernière analyse, au fait que nous savons que d'autres hommes existent et travaillent, jamais à une conviction ou à une connaissance, qu'il existe un stock de marchandises accumulées (i).
D'autres hommes travaillent pendant que je travaille : ce « travail coexistant » (2) est la véritable cause des effets qu'on attribue, sous le nom de capital circulant, à une accumulation de matière.
Reste le capital fixe (3) ; outils, machines,
(i) Lab. def., p. 11.
(2) Lab. def., pp. 8, 33.
(3) Lab. def.^ p. 4 sqq. ; Pop. PoL Ec, p. a44 sqq.