CHAPITRE PREMIER l
traité sur « l'esprit » (i). Quelle est alors sa philosophie? Les lettres qu'il écrira, un peu plus tard, à Francis Place, permettent de le deviner. Contre l'utilitarisme benthamique, qui réduit tous les actes vertueux à des calculs explicites de la prudence individuelle, il prend la défense des sentiments moraux, mêlés sans doute de préjugés et d'erreurs, mais qui expriment toute Fexpérience de l'espèce et sont nécessaires pour agir avant que l'on puisse savoir et prévoir. Contre l'athéisme benthamique, il affirme l'existence de Dieu, — non pas le Dieu des prêtres et des persécuteurs, mais l'uniformité providentielle des lois de la nature.
Les perceptions que nous appelons la matière sont constamment accompagnées par les signes de l'uniformité des lois qui la régissent, par les signes d'un pouvoir qui produit, détruit, conserve et recrée. Nous nous fondons sur des signes seulement pour conclure à l'existence de l'esprit de nos semblables. C'est sur des signes que je me fonde pour conclure, pareillement, à l'existence d'un esprit ou d'une conaeience constamment associés à la matière. Un autre mot pour désigner cet esprit, c'est Dieu, Ou encore, la Matière, Dieu et la Nature m'apparaissent comme trois mots presque synonymes, le premier et le dernier servant à exprimer la continuité de nos percep-
(i) Place à Mill, 20 juillet 18 15, Brit Mus,, add. mss. 33.162, f. 141.
l4 THOMAS HODGSKIN
tions, tandis que le terme du tnilieu exprime les signes de la puissance bienveillante et uniforme dont eHes sont accompagnées. Voilà mon Dieu, c'est aussi le Dieu de Berkeley, et c'est le Dieu de Técrivain sacré qui a dit qu'en lui nous vivons, nous nous mouvons et nous avons notre être (i) .
Et c'est enfin sur cette croyance à Texistence d'une harmonie naturelle et providentielle qu'il se fonde pour réfuter la philosophie pénale de Bentham, pour nier le droit de punir :
Votre ami Mr. Bentham devrait, je crois, récrire le début de son « Traité», et, adoptant l'opinion de Berkeley, selon laquelle les sensations de chaque individu sont tout ce qui lui est connu, conclure avec moi que peine et crime sont des expressions presque synonymes, différant seulement en ceci que le second s'applique à l'action, le premier à son résultat, et qu'il est absurde et injuste d'ajouter une peine nouvelle, alors que les impressions sensibles subies par chaque individu sont la mesure précise, et la seule, du crime qu'il a commis (2) .
Le manuscrit du traité « sur l'esprit »
est apporté à Place ; mais Place ne trouve pas d'éditeur. Comment Hodgskin va-t-il gagner, comment va-t-il remplir sa vie ? Depuis la publi-
(i) Hodgskin à Place. Paris, 18 février i8i6-( communiquée par Miss Hodgskin).
(2) Hodgskin à Place. Rome, 5 février 1817 (communiquée par Miss Hodgskin).