‹ Thomas HodgskinChapitre 7 sur 87 · CHAPITRE PREMIER l · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER l

cation de son pamphlet, sa carrière militaire est brisée : il restera, jusqu'à sa mort, un officier en demi-solde , lieutenant d'abord, puis conmiandant. Que devenir alors ? Se faire médecin ?

Mais il faudrait savoir le latin ; et d'ailleurs les sciences de nomenclature lui répugnent. Se faire avocat ? Il faudrait n'avoir pas le sentiment de la justice. Il comprend qu'il aurait besoin de faire son éducation manquée, et que, d'autre part, il n'est plus assez jeune pour cela. C'est alors qu'il forme un nouveau projet, suggéré probablement par Place, qui vient d'envoyer son fils à Paris, et songe lui-même, avec James Mill, à s'en aller faire un séjour sur le continent. Il profitera du retour de la paix pour entreprendre, à travers rEurope,*une enquête philosophique, à la manière d'Arthur Young; il ira étudier, dans les pays du continent, les « causes des habitudes » des peuples et l'influence qu'exerce, sur le caractère des nations, la diversité des formes de gouvernement (i). Il obtient un congé de l'Amirauté et se met en route au mois de juillet i8i5.

Il passe de longs mois à Paris, mais, toujours timide et réservé à l'excès, ne se sert pas de J.-B. Say, à qui il a été recommandé, pour étendre le cercle de ses relations. Il est trop

(I) Place à Hodgskin^ 22 novembre i8i5, Brit Mus, add. mss. 35. 162, f. 184.

l6 THOMAS HODGSKIN

Anglais pour sympathiser avec le génie des peuples étrangers : il est déconcerté par la gaîté française, où il est tenté de voir une perpétuelle affectation, scandalisé i^ar la liberté des propos et des mœurs, puis, brusquement, lorsqu'il pénètre dans un intérieur, étonné par la simplicité et le sérieux de la vie de famille. Il est trop méditatif, surtout, pour être bon observateur. Il reçoit d'ailleurs de mauvaises nouvelles de sa famille, réduite à accepter de Francis Place des secours d'argent. Il s'attriste, il s'ennuie, mais il continue à préciser sa philosophie antilégislative. Il dénonce incessamment le système gouvernemental à la française, la police, l'instruction publique, les académies. Il répudie de même — il en avertit Place — le système d'Owen, où il rencontre encore « des règlements, des lois et ce qu'on appelle l'ordre ».

Son système suppose des maîtres et des

serviteurs, quelqu'un pour gouverner et quelqu'un pour obéir, et fonctionnerait très bien dans une partie de la société, pendant que ces lois mêmes dont il dénonce la rigueur subsistent pour façonner les esprits des uns à la soumission et protéger les autres dans l'exercice du commandement. Je suppose que la société soit généralement composée de maîtres manufacturiers et de serviteurs, et qu'il n'y ait pas de lois pour protéger les maîtres si ce n'est celles qui résultent de la raison collective. Les serviteurs, voyant

Page 1