‹ Thomas HodgskinChapitre 67 sur 87 · CHAPITRE TROISIÈME I^B · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME I^B

les métaux. Si l'on fait abstraction des procédés employés de tout temps par les hommes dans la pratique de ces arts, procédés dont il n'y a pas de science qui se distingue de leur liistoirc, il y a, dans tous les arts qui donnent naissance à la science, une matière distincte de l'homme lui-même. En politique, il y a seulement l'homme, ses arts et ses procédés ; autant de sujets qui, si on les considère exclusivement comme distincts de la science de la nature humaine, ne peuvent devenir la matière d'une science séparée. 11 y a une science de la production et de la distribution des richesses; mais c'est une science qui, comme les sciences de la navigation et de l'agriculture, concerne des objets matériels distincls de l'homme. Cette science a beau être liée, par des rapports étroits, aux arts, aux mobiles, à l'existence de l'homme ; elle n'est pas exclusivement bornée, cependant, à ces arts, aux procédés pratiques qu'il emploie, ou à son existence; elle a une matièn^ visible et tangible en laquelle le travail s'incorpore, et qui devient la richesse, distincte de l'homme lui-même.

En outre, et surtout, peut-on, sans se contredire, affirmer à la fois que la science politique implique la notion de nationalité et que le progrès du genre humain tend à eifacer les nationalités? r^ politique perdrait donc son objet propre, au fur et à mesure des progrès que ferait la civilisation.

La politique repose tout entière, comme dit Mr. Lewis, sur la nationalité. Son essence, c'est que chaque peuple souverain ait un gouvernement à

lui Or, le progrès de la société, sinon le progrès

poUtique, a consisté, depuis le commencement de

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Thistoire, à étendre continuellement les limites de la nationalité, — à incorporer les tribus dans les communautés, les communautés dans les nations, jusqu'au moment où une seule nation en a absorbé plusieurs. 11 y a donc eu annihilation graduelle, naturelle, et nécessaire, de cette circonstance spéciale, de ce

principe, sur lequel toute politique est fondée

11 est possible, quoique la chose soit douteuse, que la nature humaine ait été différente à des époques différentes ; mais la base de la politique est évanouissante. 11 n'y a de science que du permanent ; puisque la nationalité n'est pas permanente. .., il ne peut y avoir de science politique. — 11 peut être vrai, comme dit Mr. Lewis, que la science de l'économie politique se rapporte aux relations des honunes qui vivent en société politique et ne puisse se rapporter qu'à eux si les hommes, depuis les débuts de l'histoire, ont toujours vécu en société politique. Mais il peut, en même temps, être vrai que les principes de la science de la production de la richesse soient absolument contraires, comme nous savons qu'ils le sont en bien des cas, aux pratiques de la science politique, et, loin de lui être subordonnés, soient peut-être destinés à l'abolir.

L'historien ne devra donc pas expliquer le progrès social par les interventions, accidentelles et incohérentes, des législateurs et des sages. Seule, la « présomption des classes lettrées » attribue à l'influence des penseurs et des philosophes le progrès de l'Europe moderne (i).

(I) 21 octobre 1848, pp. 1 190-01.

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C'est sans le secours direct d'une science quelconque, mentale ou autre, que, depuis le temps de Locke, V esprit OM la société a échappé à une multitude de préjugés et s'est développé en tous sens. Avec le temps et par le temps, V esprit s'agrandit ou se développe. Les découvertes scientifiques et les arts qui sont fondés sur elles ne sont l'œuvre ni du hasard ni des desseins de l'homme ; elles sont un développement régulier et progressif que nulle direction imprimée par l'entendement humain ne pouvait produire, — quelle que puisse être Tefficacité des attentions prises à cet égard pour rendre les individus bons, instruits et sages (i).

Hodgskin ne veut pas que l'État, par un système d'instruction gouvernementale, assume la tâche de diriger ou d'accélérer le progrès ; il mène campagne, en i84;7 ^* 1848, contre VEducation Bill, qui soutient Macaulay (a), oppose à Macaulay les principes de sa propre philosophie de l'histoire. Macaulay n'a-t-il pas nié que les grandes révolutions d'Angleterre puissent avoir été produites « par une réglementation législative ou par l'emploi de la force physique » ? Macaulay a eu tort seulement de considérer les causes générales, en histoire, comme des causes d'ordre moral et religieux : si l'Angleterre s'est plus vite civilisée et émancipée que les nations du continent,

(i) 16 septembre i854, p. loai.

(2; ao mars 1847, pp. 3a3-324; ^4 avril 1847. pp. 46^4^» I" mai 1847, pp. 49^464; 3o décembre 1848, pp. 1471-3.

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c'est simplement parce que la population, enfermée dans les limites d'une île, y est devenue de bonne heure plus dense que dans le reste de l'Europe. Bref, parmi les facteurs de l'histoire, celui dont l'action est prédominante, ce n'est ni le facteur politique ou juridique, ni le facteur normal ou religieux, c'est le facteur économicpie; la philosophie de l'histoire, chez Hodgskin, ce qu'il appelle « l'histoire de la civilisation », ou « l'histoire naturelle de l'homme considéré comme un animal progressif », constitue, au sens propre du mot, un matérialisme historique, excellemment défini par Hodgskin lorsqu'il félicite Thiers d'avoir bien observé

que le fait de ia propriété existait à rorigine de la société, avant que 1 idée de propriété fût formée. En d'autres termes, le fait que la propriété est un droit précéda Topinlon qu'elle devait être garantie et conservée. On peut donc affirmer que des transformations de fait, subies par la propriété, devront, à toutes les époques futures, précéder toutes les opinions politiques et toutes les transformations qui s'y trouvent liées. Cette hypothèse concorde avec ce fait général que toutes les connaissances de l'homme, politiques et autres, et, en dernière analyse, toutes les opinions de l'homme sont corrigées par les faits du monde matériel et, par suite, se modèlent sur eux. L'esprit, à son plus haut degré de perfection, est une exacte réflexion de la nature extérieure. Par conséquent, à la longue, la nature extérieure, dont l'homme doit savoir respecter les lois pour vivre,

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