DU NOMBRE DES HOMMBS
1° Si Von admet que la population a une tendance à déborder la subsistance, ne devons-nous pas attribuer la misère, dont cette tendance peut avoir été jusqu'à présent la cause^ à Vignorance où était
fi) Hodg^skin à Place, ao janv. 18110. Brit, Mm, add. mss, 33. i53, f. 121.
(2) 3o nini 1S20. Brit. Mus. add. mss, 33.i53, f. iSg. (3j Brii. Mus, add. mss. 33.1Ô3, f. 161 sqq.
GHAPITRB PRBMUR
l'homme da fait que c'était là une. loi de la nature, plutôt qn*k la loi elle-même?
2" M. Malthus admet que, dans la mesure où la population s'est accrue — en Grande-Bretagne par exemple, — la famine, la peste et tous les maux qui, selon lui^ diminuent la population, sont devenus moindres. Comparez les souffiranoes d'un saurage de la Nouvelle-Hollande avec celles d'un habitant de l'Angleterre. Bn Turquie, 3i habitants vivent sur un mille carré; en Angleterre, i52. Dans le premier cas, la contagion et la famine font plus de victimes que dans le second. C'est donc Tignorance, le mauvais gouvernement ou quelque autre cause qui produiseiit la fàmine et la mort; ce n'est pas un excès de population;
3^ On a des raisons de croire que la malpropreté
et rinertie sont des causes de maladies, et il est incontestable qu'elles seraient plus grandes qu'elles ne sont, si la faim n'était un stimulant de l'effort;
4° Quand on compare l'Amérique possédée par les Indiens à l'Amérique possédée par les Européens; quand on compare la condition antérieure avec la condition actuelle des États-Unis, il est évident que ce n'est pas l'étendue superficielle du sol, mais le travail et l'ingéniosité qui produisent les aliments. Un petit nombre d'Indiens misérables mouraient de faim sur un continent immense; un petit nombre d'hommes, auxquels étaient familiers le savoir et les arts de l'Europe, se sont multipliés graduellement jusqu'à devenir une nation puissante et disposent d'une abondance de subsistances. L'ingéniosité et le savoir, bref, quelques qualités morales de l'homme, sont, par conséquent, le principal moyen de multiplication de la nourriture ;
5"* Il rloit y avoir en un temps où la sarface de rSarope était dans le même rapportjqaantàrétendae, an nombre de ses habitants, qne TAmérigne d'anjonrd'hni ; mais i! ti'y a pas de période dans l'histoire de
l'Europe où ses habitants aient multiplié aussi vite qMC les habitants de l'Amérique. Il nous faut donc chercher quelque cause autre qu'une insuffisance de territoire, -—nn mauvais gouvernement, par exemple, source d'ignorance et, d*nne façon générale, Tignorance, — pour expliquer le lent accroissement de la population en Europe;
6" C'est un fait que, toutes choses ég-ales d'ailleurs, le savoir et Vins^éniosité, c'est-à-dire, bien entendu, les moyens de produire les aliments (v. /J), doivent être grands dans la mesure où le nombre des hommes est grand et doivent croître dans la mesure où croît le nombre des hommes. Les arts mécaniques fleurissent dans l'Angleterre, encombrée d'hommes ; les beaux-arts fleurissaient dans la Grèce encombrée;
7" Les désirs se multiplient avec le nombre des hommes et avec leur industrie. Comparez le sauvage qui se chanflè an soleil avec un Européen lettré et riche;
8* L'accroissement de savoir, qui suit un accroissement de population, accompagné d'un accroissement de moralité. — Voyez l'histoire de l'Europe, qui a crû en moralité à mesure que croissait le nombre de ses habitants. St-Barthélemy, — Guerre des Paysans, etc. ;
9« Accroissement de moralité dù à un accroissement de population. La collision abat et apaise les passions. Le poids de la masse donne à ses opinions une force qui domine la volonté de chaque individu; io*> L'homme civilisé est un être totalement dif-
CHAPITHC PREMIER
férent d'an homme sauvage et ne connaît presque aacune dea passions foiienses de celui-ci. On en tire cette hypothèse que toute passion peut être diminuée ou plutôt contenue jusqu'au niveau où l'opinion
autorise l'indulgence;
II" Gonclubion. Un accroissement de population développe l'induslrie, l'ingéniosité cl le savoir; il développe en conséquence aussi les moyens de produire Talimentation. Le pouvoir du principe de peuplement peut donc être considéré comme le grand stimulant de l'effort et comme le grand moyen d augmenler le bonheur de l'individu et de Tespèce.
Du principe malthusien de population dérive
la loi malthusienne de la rente différentielle : elle implique que la rente foncière n'est pas un monopole &ctice, mais résulte nécessairement de ropération des lois économiques naturelles. 11 faut donc admettre, après cela, ou bien que la nature est injuste et qu'il appartient à la législation d'en corriger les imperfections (l'optimisme naturaliste de Hodgskin lui interdit d'accepter cette hypothèse), ou bien que la rente foncière et, par suite, l'existence d'une aristocratie de propriétaires, est juste, puisqu'elle est naturelle (les physiocrates l'avaient admis, mais Hodgskin est trop démocrate pour Tadmettre). Il reste, pour échapper au dilemme, de rejeter la théorie : ce qui implique le rejet de tout le système ricardien. Car Ricardo, aggravant l'erreur de Malthus, non
So
seulement adopte la théorie de la rente différentielle, mais en fait la base de toute une théorie
nouvelle de la distribution des richesses. Il subordonne la loi des profits à la loi de la rente, en admettant que le taux moyen des profits est réglé parle profit du capital employé sur le plus pauvre des terrains cultivés, et que le profit est condamné à décroître indéfiniment par la nécessité où se trouve le genre humain de recourir à la culture de terrains sans cesse plus pauvres. Il subordonne la loi des salaires à la loi de la rente ; le salaire strictement nécessaire à l'entretien du travailleur et de sa famille, il l'appelle le salaire naturel, parce qull le considère comme naturellement maintenu k ce taux misérable par Taccroissement indéfini de la rente foncière. Toutes ces prétendues lois naturelles sont contestées par Thomas Hodgskin.
Il rejette la loi de la rente difTérentielle. Sans doute il est possible d'expliquer l'apparition de la rente et d'une classe de propriétaires par la difiérence de fertilité des terrains ; mais l'expérience seule peut nous dire si cette explication possible est conforme à la réalité. Ricardo et ses disciples dédaignent l'expérience ; cependant, selon llodgskin, si Ton défalque des fermages actuels cet élément différentiel sur lequel insiste l'école malthusienne, il reste encore une somme