‹ Thomas Hodgskin 17871869Chapitre 14 sur 52 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

énorme, égale peutrétré à cette moitié des produits du sol exigée des anciens métayers* La rente diflerentielle est un élément négligeable de la rente réelle ; la rente foncière s'explique par ce fait historique qu'un petit nombre de conquérants^ ayant occupé toute la surface du sol» ont été en mesure d'exiger, des cultivateurs de tous les terrains sans exception, une somme dont le montant a été limité par la nécessité seule de laisser les cultiYateurs vivre et travailler.

Par suite, la théorie ricardienne du salaire naturel est fausse, elle aussi. Les premiers cultivateurs du sol de TEurope ayant vécu en esclaves, leurs descendants, aflrauchis, ont conservé les habitudes de vie de leurs ancêtres; ils ontcontinué à accepter, sous le nom de salaii^e, Téquivalent de ce que le maître abandonnait jadis à l'esclave : une coutume servile, perpétuée par la loi des honmies, à cela se réduit, en ûn de comptCi le prétendu salaire naturel des Ricardiens.

Fausse enfin, la prétendue loi de la décroissance naturelle des proûts. Si la nature n'était pas contrariée dans ses opérations, le travail, aidé du capital, deviendi^ait sans cesse plus productif avec le progrès de l'ingéniosité humaine et des machines. S'il semble, cependant, qu'il le devienne de moins en moins, c'est que l'intervention des lois humaines masque Topération

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des lois naturelles; c'est que, dans la société actuelle, le travailleur ne reçoit pas tout le produit de son travail, sur lequel il voit prélever d'abord un proût et une rente« La théorie ricardîenne de la valeur crée, sur ce point, une confusion d'idées ; et Ricardo a tort de vouloir, contre l'opinion plus sage d*Adam Smith, identifier la valeur échangeable au prix naturel (i). Pour bien juger de la valeur échangeable, il faut considérer réchange comme ayant lien non pas entre les objets échangés , entre des valeurs abstraites, mais entre les individus qui sont les auteurs des produits échangés et les auteurs de l'échange. Or, dans le monde de l'échange, tel qu il est réellement constitué, les producteurs peuvent oct-uper des positions économiques très diverses. Deux individus sont supposés fournir des quan* tîtés de travail égales ; mais l'un, propriétaire de sa terre et de son capital, reçoit tout le produit de son travail, tandis que Tautre doit, , sur le produit d'une quantité de travail égale, rémunérer un propriétaire foncier et un capitaliste. Donc celui-ci, avec ce qui représente le |)roduit ûnal de son travail, à savoir son salaire, ne peut acheter qu*une partie de la valeur produite par l'autre, au prix d'une quantité égale

II) Cf. Hodpskin à Place, 29 avril 1821. Prit. Mus. add. msB. 33.i53, f. 198. Voir plus bas^ chap. III, p. lôo.

GBAPITRB PRBMI£R

de travail. Donc, enfin, poor les individus qui

pratiquent Téchange, les produits ne s'échangent pas proportionnellement à la quantité du travail productif : pour que cela fût, il faudrait que toujours le salaire du travail fût égal au produit du travail. La rente et le profit sont, pour le travailleur, la cause artificielle du relèvement des prix ; et la misère du travailleur résulte non de l'opération des lois naturelles, mais de certaines institutions positives et de certains accidents historiques.

Dès le mois de juin 1819(1), Hodgskin soumet à Place le plan d*un ouvrage qui consisterait en observations critiques sur le système de Ricardo : Francis Place est trop ricardien pour ne pas détourner Hodgskin d'accomplir ce dessein. Mais, une fois débarrassé des soucis que lui cause l'impression de son livre, le problème de la rente attire de nouveau son attention : il le discute une première fois, dans une lettre assez brève, du ao avril 1820 (a), puis dans une seconde lettre,plus développée, du 28 mai (3), que nous reproduisons tout entière. Jusqu'ici inédite, elle marcjne avec précision le point de maturité où étaient parvenues, à cette date, les idées de Thomas

(i) Le 4 Juin. Brit Mas, add. mas. 33.x53, f. 67. (s) Brit, Mu$. add. mss. 33.i53, ff. i35, verso sqq. (3) Brit, Mus. add« mss. 33«i53, f. i4a sqq.

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Uodgskin. Bien documentée et raisonnée, malgré une rédaction rapide, et parfois prolixe, elle est

intciHissante autant par son contenu que par la date où elle fut écrite, moins de trois ans après la publication des « Principes de rÉconomie Politique et de l'Impôt ».

Je vous suis très obligé, mon bon ami, de votre longue lettre du a3 mai que j*ai reçue avant*hier et qui m'a donné à réfléchir depuis qu'elle est arrivée. Je

n'admets cependant pas encore la doctrine de la rente, et je voudrais, si vous avez la patience de lire mes remarques jusqu*au bout, vous expliquer plus longuement les motifs de mon dissentiment. Je suis heureux d'avoir une opportunité de disenter avec vous, sûr que, si, flnalement, j'étais vaincu, la victoire serait à mon avantage.

Je crois qu'il est ridicule jj^éni ralemcnt pour un homme de parler d'impartialité soit qu'il examine, soit qull discute les opinions d'une antre personne. Nous avons tons nos opinions préconçues que nous préférons en général aux opinions des autres, et nous n'approuvons ou ne condamnons celles-ci que dans la mesure où elles diffèrent des autres ou s'accordent avec elles. Je n éprouve donc aucune - hésitation à dire qne les opinions de Mr. Ricardo me déplaisent parce qu'elles tendent à justiûer la situation politique actuelle de la société et à mettre des limites à nos espérances de progrès futur. — Elles ont le premier résultat en justiliant nos grands Léviallians fonciers dans leurs extorsions énormes. La richesse n'est qu'un autre nom du pouvoir politique, et, avec une aristocratie foncière telle que

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