CHAPITRE PREMIER
celle qui existe à présent, aucune espèce de démocratie n'est possible. Nous sommes tous les sujets de la Nature, et nous ne pouvons être heureux ou grands qu'en obéissant k ses lois; mais si la Rente, telle qu'elle existe à présent, est, conformément à la théorie de Mr. Ricardo, le résultat naturel du progrés de la société, alors toute tentative pour nous aflVanchir de la domination d'une aristocratie riche doit, en ûn de compte, échouer et n'avoir que des ellets ftmestes. — Je suis un démocrate; les doctrines de Mr. Ricardo sont le plus solide soutien que je connaisse, dans l'ordre théorique, de raristocratie, et c'est pourquoi elles me déplaisent. Telle est la source d'un de mes préjugés contre elles : je l'ai honnêtement et ouvertement confessé.
Les opinions de Mr. Ricardo imposent des limites à notre espérance d'un progrès futur du genre humain, d'une manière encore plus définie qne les opinions de Mr. Malthus elles-mêmes. C'est, en ellet, l'opinion de Mr, Ricardo que le taux de tous les proiits est déterminé, en dernière instance, par le taux du profit qu'obtient le capital employé sur le sol, qne celui-ci diminue constamment^ en raison de la nécessité d'avoir recours à des terrains pins pauvres, et qu'il y a un point limité par lïntérét naturel du capital, et dont la plupart des sociétés européennes ne sont pas très éloignées, où le progrès doit s'arrêter. J'ai toujours supposé» en me fondant sur le progrès que les hommes ont fiait jusqu'id, qu'il nous est impossible de limiter leur progrès futur. C'est exactement ce que font les doctrines de Mr. Ricardo, et elles le lont en s'appuyant sur des raisons naturelles; et. parce qu'elles s'opposent ainsi à cet autre de mes préjugés, elles me déplaisent
beaucoup. Vous ayant donc montré sur quoi se tonde mon préjugé contre elles, je vais essayer de le josUlier par des raisonnements et des laits.
Je ne nie pas» en premier iieu, qu'il puisse y avoir, entre des sols différents» une différence qui rende le produit de quelques-uns plus grand que celui des antres, — que la nécessité d'avoir recours à ces terrains de qualité j^iie ait accru la rente dans les temps modernes, — et que les doctrines de Mr. Ricardo expliquent d une façon très heureuse le grand accroissement de la Rente dans ce dernier demi-siècle. Mais je nie que la Rente ait eu son origine dans cette diff(^nce des terrains et que la Renie qui se paie aujourd'hui ne soit rien que la différence entre le produit de quantités égales de capital employées sur des terrains de pouvoirs productifs différents. Car Adam Smith a dit, et a dit avec vérité, que les hommes paient une rente pour des étangs poissonneux, pour des rivières^ pour la récolte du varech et pour des landes nues. Ou encore, ce qui revient au même, ils pdient quelques monopoleurs pour obtenir la permission de pécher dans des rivières, de récolter le varech sur la plage, ou de cultiver ce qui est, sans travail, un désert nu» Incontestablement, une Rente plus grande se paie pour un bon terrain que pour un mauvais terrain, mais ce que, maintenant, on appelle Rente est plus grand que la différence entre le produit des bons et des mauvais terrains d'une somme largement égale, peut-être, à cette moitié du produit que les anciens propriétaires fonciers de rKurope arrachaient à leurs esclaves.
J'avais déjà eu l'attention attirée, avant votre communication, par ce qu'on rapporte des sables du