‹ Thomas Hodgskin 17871869Chapitre 19 sur 52 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

richesses. Sur le capital et le profit, il est moins net. Il semble croire à l'existence d'un (( profit naturel » ; il semble conclure, de l'accroissement de production du trayail» à l'accroissement de productivité du capital. Déjà, cependant, il considère indistinctement la rente et le profit comme deux effets d'une même cause historique, de ce qu'on pourrait appeler, eu termes marxistes, la séparation du travailleur et des instruments de travail. Déjà, dans son « Voyage en Allemagne », il paraissait confondre, sous la dénomination de profit, les bénéfices du capitaliste et du propriétaire foncier. Déjà, dans les lettres qu'il adressait d* Amsterdam à Francis Place, il avait commencé d'appliquer aux notions ricardiennes de capital et . de profit les mêmes procédés d'analyse qu'il applique, en i8ao, à la notion de rente différentielle.

En attendant, la vie lui devient dip*e et le travail difiicile. Son livre ne lui rapporte pas un penrvy ; les Revues ne veulent pas de ses articles ; sa femme et lui ne trouvent plus d'élèves. Il songe à traduire des livres étrangers^ la Géographie de Malte-Brun, une Histoire de Prusse, une Histoire de la Hanse : mais il faudrait un éditeur. 11 songe à une place de bibliothécaire, mais il faudrait savoir le grec, Enfin, sa femme tombe malade (i),

(I) Hodgftkiu à Place, 4Janv. iSaa. BrU. Afiw., 33.iâ3, f . ao3.

TUOMAft UODGSIUM

et, pendant qu elle va se remettre à Deptford, chez le père de Uodgskin^ il reste seul à Edimbourg, de plus en plus sombre et découragé.

Voilà longtemps que, de Londres, Place lui prodigue les exhortations et les conseils, lui reproche trop de discrétion et de timidité. « Je sais un peu d'allemand. . . » lui écrit Hodgskin. l'ourquoi, réplique Place, vous déprécier ainsi ? Vous savez beaucoup d'allemand : tirez parti de vos connaissances. « Je mène une vie d'ermite... » écrit Hodgskin. £t c'est, réplique Place, ce qu'il ne faudrait pas : « Si j'étais votre maître, je vous ferais mener une vie de chien pour vous punir... Ëh 1 mon garçon, si j'avais vécu en ermite, je continuerais à coudre des culottes pour ouvriers, en mourant de faim dans un galetas, ou une cave» ou un workhouse. Mêlez- vous au monde tant que vous pourrez et apprenez-y chaque jour quelque chose » (i). Mais Hodgskin persiste à s'isoler dans le mépris universel de tous, des whigs comme des tories, des journalistes comme des parlementaires. C'est cependant le journalisme qui va lui loui'nir, à la ûn, un moyen d existence. Place lui suggère de venir à Londres essayer — sans doute au Morning Chronicle, dont le direc* tem^ Black est Tami de James Mill — du métier de reporter parlementaire. Hodgskin va s^exercer»

(1) 8 sept. Brit. Mus. add. mss. 33.i53, f. 73.

GBAPITRB PRBMIfiR ^5

en conséquence, à écouter, pour les rédiger ensuite sur ses notes, des sermons, des cours universitaires (i). Il réussit, à son gré, assez mal, et se décourage encore ; d'ailleurs, il ne sait pas le latin : que deyiendra-t-il quand les orateurs feront des citations classiques ? Ses lettres à Place doTiennenty de jour en jour, plus désespérées et plus anxieuses. Il ne veut pas, il ne peut pas rester à Édimbourg; il craint, si on l'y laisse, de perdre « tout courage, toute faculté de faire effort (a) Mrs. Hodgskin écrit à Place, de Deptford, des lettres également inquiètes ; elle ^ peur pour le moral de son mari; elle ne peut endurer la vie qui lui est faite chez son beau-père (3). Enfin, par l'entremise de James Mill, Hodgskin obtient, au Morning Ghronicle, la place désirée. A la fin de 1812a ou au début de i82i3, il arrive à Londres ; il est tiré de la misère.

(1) 128 mars 1822; Brit. Mus. add. mss. 33.i53, f. 204.

(2) i5 avril i8aa; Brit. Mus. add. mss, 33.i53, f. ^07. (3J a et 19 mai; ibid,, il. 1109, aïo, an.

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