CHAPITRE PREMI
soit comme dislincta de cette classe, soit comme des travailleiirs, sont le fondement de la différence qui existe entre les opinions d'Adam Smith et de
Mr. Ricardo sur la question de savoir si la rente tt
les profits n'entrent pas dans le prix. Une autre
source de cette diffcrence semble consister dans
labsence d'une distinction précise enXrele prix naturel et le valeur échangeable. Le prix naturel est mesuré par la quantité de travail nécessaire pour produire un objet. Sa valeur échangeable, ce qu'un autre est disposé ou obligé à donner, pour cet objet une fois produit, peut être ou n'être pas égal à la quantité de travail employée à sa production. Mr. Ricardo a commis, Je crois, une erreur en supposant ces deux choses égales. Elles ne le sont pas, ou bien le salaire du travail serait toujours égal au produit du travail. 11 faut, par exemple, une certaine portion de travail pour produire un qaarter de blé. Ce quarter de blé, cependant, quand il est produit et possédé par un homme qui est en même temps propriétaire fonder et fermier, s'échange à présent contre une quantité prodigieusement plus grande qu'il n'en coûte de le produire. 11 y a donc une grande difterence entre le prix naturel réel et la valeur échangeable, et c'est en ne faisant pas attention à cela qucMr.Ricardo a été, je crois, entraîné à de graves erreurs relatives àla décroissance du profit dans un état progressif de la société.
J'ai déjà dit plus haut quelle était son opinion à ce sujet ; et vous verrez à quel point elle est dénuée de fondement si vous réiléchissez un instant au prix naturel réel du produit brut actuellement et à son prix nalurel réel il y a un ou deux siècles, c*est à-dire à la quantité de travail aujourd'hui et autrefois néces-
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saire pour obtenir de la nature un produit. Par
des perfectionnements apportés à l'agriculture et aux machines, on ne saurait (ioiiler que moins de travail est requis [)our protluire des quanlilûs égaies de blé en Angleterre ou dans» un pays quelconque, maintenant soumis à la culture, qu'il n'en fallait il y a deux ou trois siècles* Ce n'est pas seulement dans la mesure où les machines et Tingéniosité ont été directement appliquées à Tagriculture que le coût de production a été diminué, mais dans la mesure où ses applications ont, de mille mauières dillcrenlcs, diminué le coût de production de tous ces instruments et de tous ces produits qui, ou bien aident la production, ou bien sont consommé par le travailleur pendant qu'il est employé à l'œuvre de production. C'est ainsi que les améliorations qui permettent aux hommes de fabriquer les charrues, les bas, les vêlements à meilleur marché, ou d'amener les denrées alimentaires à meilleur marché d'un pays étranger, permettent aux hommes engagés dans le travail de production de produire à moins de frais, parce que ce qn^ils consomment, pendant qu'ils produisent, coûte moins. Que tel est le vrai état de choses, c'est ce (juc prouve le fait que les travailleurs produclifs entretiennent à présent une armée de travailleurs improductifs de toute espèce, alors que, dans les périodes primitives de la société, chaque homme était obligé de travailler pour avoir de quoi vivre. En d'autres termes, une quantité de capital aujourd'hui employée à l'œuvre de production est restituée après avoir subi une multiplication beaucoup plus forte qu'une quantité égale de capital il y a plusieurs siècles ; ou encore, là oû le travail d*un sauvage produit à peine assez pour sa subsistance, le travail d'un paysan européen
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intelligent entretient an moins douze personnes. Le profit naturel du eapital ne peut signilier que la vaiear qui résulte de l'emploi du capital daDsTœuvre de production. £t, s'il est vrai qa'une valeur plus grande résulte du capital actuellement employé dans l'œuvre de production, ou encore que ce capital restitue une valeur plus grande qu'une quantité égaie de capital employée à la même œuvre il y a trois siècles, c'est donc que le profit naturel du capital a augmenté, et nous pouvons espérer qu'il continuera à augmenter. Je tiens pour un fait clair que le produit brut s'obtient maintenant dans notre pays à un prix naturel moindre, ou avec une dépense moindre de travail humain, qu'il ne s'obtient en Pologne ou qu'il ne s obtenait dans noire pays il y a quelques siècles ; sans quoi, où est ravantagc de ce que nous appelons des améliorations? Mais sa valeur échangeable, augmentée, comme je suis prêt à le prouver, de tout le montant de la rente et des protits, est, cependant, plus grande en Grande- Bretagne qu'en Pologne. Mr.Hicardo me semble avoir confondu, dans toutes ses spéculations, le prix naturel réel et la valeur échangeable. Le premier est exactement mesuré par la quantité de travail nécessaire pour obtenir delà nature un produit; le second, au contraire, c'est la quantité de travail augmentée du montant de la rente et des prolits. Le prix naturel réel d'un quarter de blé, c'est tout le travail, aussi bien celui de Thomme qui fabrique la charrue, ou la charrette, ou cultive le sol, que tout autre travail nécessaire à la production. Sa valeur échangeable, cependant, doit être assez grande pour payer les proiits de tous les capitalistes et toute la reiile sur Tun quelconque des objets employés, d'une
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manière oa d'une autre, à la production. Si nous regardons le travail comme la mesure du prix naturel,
nous voyons du coup dans quclks proportions l ingéniosilé augnienlanle et conlinueiieincnt augmentante de rhuiuanilé a diminué et diminue coutinueilement — en opposition directe à la tliéorie de Mr. Ricardo — le prix naturel de tous les objets. Le capital ne peut être considéré comme consistant en autre chose qu'en machines, aliments, etc., et, dans la mesure où le capital employé ou consommé pai' un homme ingénieux ou industrieux produit plus que le capital consommé ou employé par un ignorant ou un paresseux» le capital de Thabitant ingénieux et industrieux de l'Europe moderne doit lui revenir avec un accroissement plus grand que le capital de barbares ignorants et pai esseux. C'est pourquoi les prolits naturels du capital croissent constamment avec ringéniosité de notre espèce. Le travail et rtngéniosité de Thomme» beaucoup plus que les ^ pouvoirs du sol» sont ce qui produit la nourriture ; or, l'ingéniosité, certainement, et, je suis disposé aussi à le croire, l'industrie, augmentent avec le nombre croissant des hommes. Donc, à moins que l'on ne puisse iixer quelques limites à l'accroissement de nos connaissances et de notre ingéniosité, il est impossible de lindter les profits naturels du capital sur la production de la nourriture.
J'ai conscience que les doctrines de Mr. Ricardo supposent qu'il n'existe pas de restrictions, mais il suppose que les rentes actuellement perçues, si ce n'est dans la mesure où elles sont accrues par nos restrictions à l'importation du blé, sont les rentes naturelles et justes. Bien entendu, la prohibition augmente les rentes, mais la soomie à laquelle elles
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tomberaient s*il n*y avait ni prohibition, ni monopole d'ancnne espèce, serait encore assurément bien supérieure à la simple difTércnce qui existe entre le proiluil «les pires et des meilleurs sols en eullure. Il a coiiveiiu à Mr. Kicardu d'établir que le prix naturel du travail est ce qui évite au travailleur de mourir de faim (v* diap. V) ; que les profits du capital sont presque égaux dans tous les emplois, — ce qui est vrai — ; après quoi, il considère la rente comme la somme qui demeure, une fois ks salaires du travailleur esclave et le proiit du capitaliste payés. C'est là la rente moderne, mais elle est un peu supérieure à la difiTérence du produit des terres bonnes et mauvaises. Je ne crois pas avoir jamais vu un livre plus vide de faits que celui de Mr. Ricardo, et qui, en même temps, ait exercé autant d action. Il me semble, à moi,qu il repose tout entier sur des délinitions arbitraires et des postulats étranges. Les deux premières phrases du livre (i) sont radicalement fausses. Les circonstances qui y sont décrites ont indubitablement une merveilleuse influence sur la quantité totale du produit, mais la manière dont le produit est distribué dépendra entièrement et exclusivement des règlements politiques, il n'y a pas de circonstances de sol, de capital, ni d'ingéniosité, qui feront que la distribution de la ric)iesse soit la même dans ceux des États-Unis d'Amérique où resdavage est inconnu, et dans notre empire de l'Inde. Sa déiinilion de la valeur est fausse. Le travail est la mesure du prix, et, quoique la valeur
(I) Les deux premières phrases de la préface, visiblement, od il est traité de la distribution nécessaire entre les trois dusses : propriétaires fonders, capitalistes, travailleurs.
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échangeable ne puisse jamais être moins qu'égala
au paiement du travailleur, elle peut être, et elle est supérieure à celle-ci à presque tous les degrés conceva bles. Selon sa propre définition, les powi^oirs i/ic/es^ruciibles du sol, qui ne sont pas du travail» ont une valeur échangeable très considérable. Son explication de ia manière dont le capital fixe tend à abaisser le prix de tons les objets où il entre, est ce que je tiens pour la meilleure et seule bonne partie de son livre (i). 11 ne peut nier que l'impôt relève le prixy et cependant, selon sa définition, il ne le doit pas, car, pas plus que la rente ou la dlme, il n'augmente la quantité de travail nécessaire pour amener le produit brut au marché. Je puis avoir eu, en lisant son livre, des préjugés contre lui. Je crois en avoir eu. Mais j'ai beau tenir tout le compte qu'on voudra de mes préjugés, le livre me paraît toujours n'être fondé sur aucune espèce de faits, en contredire beaucoup et n'avoir pas beaucoup d'autre mérite que celui d'une déconcertante subtilité.
Vous n'êtes pas d'accord avec Mr. Ricardo sur la valeur, mais je n'entends pas exactement ce que vous entendez par l'usage du capital (2). J'aimerais être éclairé là-dessus. Les profits n'accroissent pas le travail nécessaire pour amener un objet au marché, mais ils en relèvent le prix pour le travailleur et la valeur échangeable pour toute personne qui n'est pas un capitaliste. Et l'on ne saurait douter que la quantité de capital existant dans la société et la manière dont il est distribué auront une influence
(i) Principlea^ chap. I, scet. IV.
(a) Allusion à une lettre de Place, que nous ne possédons pas.
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décisive sur la valeur échangeable. Je crois avec vous qu'il pourrait se produire des circonstances où on homme tirerait plus d'une bonne terre qu'un aatre d*ane mauvaise terre et bénéiicierait ainsi d'une reritey mais, quoique un tel état de clioses puisse avoir créé une race de propriétaires fonciers, Je prétends que ceux qui existent actuellement sont les héritiers d'un pouvoir exercé sur des esclaves et non les simples possesseurs d'un espace de terre plus fertile. £n consultant i'A/nertV/ue de Kobertson, J*y vois qu*une portion du produit des mines était réservée au roi : voilà la rente. Toutes les mines d'Europe et tous les métaux précieux furent, à Torigine, revendiqués par les souverains, et nul ne pouvait les exploiter, ni ramasser de l'or, sans les payer. Une rente est donc payée sur tous les métaux précieux. Si vous supposez que l'on découvre quelques mines plus productives ou quelque meilleur procédé d'exploitation d'une mine particulière, alors une seconde rente peut apparaître au bédéfice du propriétaire ou de l'exploitant. Les métaux tirés des mines continueront à payer la rente au roi, mais celui qui possède la mine la plus riche ou qui a découvert la méthode la plus aisée d'obtenir le métal — en supposant toujours la quantité totale seulement égale à la demande — aura aussi une rente, ou bien une somme restera dans sa possession, plus grande que celle qui est en la possession des exploitants des autres mines. Tel est précisément le cas pour les terres à blé et» plus simplement, pour tous les produits. Une rente, acquittée en blé ou en espèces, fut payée par le travailleur au seigneur pour toute la terre qui était susceptible d^ètre cultivée. Mais les avantages de situation, la fertilité
de la terre, de nouvelles inventions agricoles ajoutèrent une seconde^ une troisième, et même une quatrième rente aux exigences primitives du seigneur. Cette nouvelle rente peut être juste et avoir
eu sa source dans la nature môme du sol ; mais la première, qui est probablemcul la plus forte, est injuste et est probablement le résultat de Tesclavage.
G*est ainsi que, malgré losteutation avec laquelle les disciples de Bentham se donnent pour des logiciens exacts , Hodgskin , le premier, découvre rincohérence réelle de leur doctrine. Tantôt, ils tiennent que lliarmonie des intérêts se réalise par Topératioii des lois de la nature; tantôt, ils voient, dans la réalisation de cette harmoaie, la tâche de la loi positive. Dans Téconomie poUtique des utilitaires, Uodgskiu retrouve, entre l'optimisme d'Adam Smith et le pessimisme de Ricardo^ la même contradiction : Ténergie même avec laquelle il croit, en économie politique , avec Adam Smith , à rexisteuce de lois naturelles, bienfaisantes et harmoniques, est le mobile qui le détermine à critiquer les prétendues lois naturelles de liicardo, du moment où il a vu en elles des causes de misère et de désharmonie. Pour Tinstant, il fait porter le principal eûbrt de sa ci*itique sur le rôle assigné par Ricardo à la terre dans la pi*oduction de la richesse, sur la place accordée par lui à la rente foncière dans la distribution des