CHAPITRE PREMIER
et non plus par le caprice discrétionnaire d'un ofBcier, et qae les cours martiales prennent pour modèle les tribunaux anglais, qui « ne punissent pas l'innocent ni ne laissent échapper le coupable (i) ». Lan<:fage peu révolutionnaire : l'indignation qui fit de Hodgskin un écrivain n'en est pas moins an accès de colère antigouyemementale, un désir de protester, dans un cas défini, contre l'iniquité des règlements et des lois. Lni-méme le confesse, un peu plus tard, sous une forme plaisante, dans une lettre intime.
Tons les visionnaires, depuis M** Kmedener jusqu'à Mr. Owen et à Thomas Hodgskin, nourris de
leurs seules pensées, et que rexcenlricité même de leurs ()})inions empôche de confronter ces opinions avec celles de leurs semblables, sont des gens pleins de confiance, Igniorant tout en dehors du petit cercle de leurs idées ; ils prennent chaque commencement de passion oo de pensée pour une immuable vérité. Vous devez savoir que mes opinions sont nées de la passion. J'étais en colère d'avoir été puni, alors que je croyais remplir mon devoir d'honnête homme et de bon citoyen ; mon devoir, je m'en aperçus, était d'être non pas cela, mais un bon esclave patient. La colère me fit lire des livres sur la matière, et c'est en vain que je cherchai, et cherche encore, dans les ouvrages des auteurs célèbres, une justification du droit de punir. Le résultat a été uu système d'opinions
(i) Nav, Disc, p. i34.
que je puis, en somme, poar autant que j'aie lu, considérer comme m'éianl propre (i).
C'est vers cette époque qu'il fit la connaissance de Francis Place, le maltre-tailleur de Charing-Cross, ragitateui* politique de Westminster» Tami de Bentham et de James Mill, l'ami aussi de William Godwin, alors vieilli, couvert de dettes et méprisé : T a Essai sur la Discipline Navale » peut avoir attiré sur Hodgskin rattcntion des radicaux de Londres.
Place nous le décrit tel qu'il le connut alors, « d'une tournure d'esprit plutôt triste, singulièrement modeste et discret, excitable, mais plus porté, dans ses moments d'excitation, à la galté qu'à la colère. Il avait un tour d'esprit spéculatif et soutenait, comme il fait encore, certaines thèses psychologiques très curieuses (â))>, celles, sans doute, sur lesquelles il fonde ce système antigouvernemental, « anarchiste », dont nous avons vu l'origine. Il est triste, parce qu'il se sent dévoyé, sans carrière, et dépourvu de Tesprit pratique nécessaire pour en trouver une. Le voici, pour Tinstant, à Édinibourg, occupé à mettre ses idées philosophiques au clair, et à écrire tout un
(1) Hodgskin à Place. Dresde, lin de i8i 7 (communiquée par Miss Hodgskin).
(2) Brit. Mus. add. mss. 27.791, f. 268. Le récit de Place renferme des inexactitudes.