‹ Thomas Hodgskin 17871869Chapitre 2 sur 52 · CHAPITRE PREMIER J · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER J

tait» à mon sens, Finjustice commise : il m'avait

injustement interdit tout espoir d'avancer par mon mérite, ce qui revenait à m 'interdire tout espoir x> (i). Par son incartade, Thomas Hodgskin aggrave son cas. 11 est mis en non - activité, à la demi - solde. A peine âgé de vingt-cinq ans, les circonstances ont déjà fait de lui « un homme mécontent et désappointé (2) ».

L'absm*dité des lois et des coutumes de la marine

m'a fait un mal profond. J'en ai une opinion si absolument mauvaise que, sentant sur ce point comme beaucoup d'autres, je n'éprouve pas de honte à en avoir subi la flétrissure. Si elles ne m'avaient coûté la bonne opinion de la société^ qui se fonde trop généralement sur le succès; si elles ne m'avaient coûté, en partie, l'estime de mes amis ; si elles ne m'avaient complètement fermé,avec la carrière maritime, où ma vie entière s'était écoulée, tout accès à la réputation et à la fortune, je n'aurais pas souffert du châtiment. C'est un devoir pour moi d'essayer de les modifier en agissant sur l'opinion publique (3).

Il s'acquitte de ce devoir lorsqu'il publie, en i8i3, un « Essai sur la Discipline Navale (4) ».

où il consigne les résultats des expériences de sa

(1) Xav. Disc, p. xm.

(2) Xav. Disc, p. XIV.

(3) Xav. Diae.^ p. x-xi.

An Esttay on Naval DiseipUne* — Voirie titre complet à la Bibliographie»

vie de marin. Il se donne, dans cet ouvrage, pour le disciple de Locke (i), de Paley (i))» de Malthus (3) : n'est-on pas fondé à croire qu'il a subi aussi F influence de Godwin» bien qui! ne le cite jamais ? Il est chrétien, mais il se pose aussi en adversaire des idées innées (4), en utilitaire, en individualiste.

Se soumettre patiemment à l'oppression parce

qu'elle vient d'un suprrirur ost un vice;. . . surmonter cette crainte du supérieur et y résister , est une vertu. C'est là que doivent me conduire mes raisonnements, soit que Je prenne Tutilité pour Ûn obligatoire de mes devoirs moraux» soit que je m'adresse à cette religion qui me dit de faire la justice et d'aimer la pitié : la forme la plus sacrée de la justice, c'est la justice qu'un homme se doit à lui-môme ; s'en acquitter pleinement, c'est la façon d'agir qui se trouvera, en fin de compte, le plus compatible avec l'intérêt et le bien réel de la société. Une telle conduite peut déplaire à un maître avide, à un supérieur jaloux, mais elle est rigoureusement d'accord avec cette utilité qui est la fin delà moralité; elle est vertueuse et demeurera toujours vertueuse, tant que la vertu consistera à bien agir, selon Tétendue des connaissances de celui qui agit, dans l'espoir de jouir du bonheur éternel (5).

(i) Nav, Dise,, p. i8.

(5) PP. xn-xiii. — Cf. pp. XIV, i68.

GUAPITUr: PREMIER

L expérience lui a enseigné que a les hommes ont partout été créés semblables ; que leur bienfaisant Auteur a donné à tous les hommes le même entendement et les mêmes passions (i) »• Si cepeiuliint ils dilTèrent les uns des autres, c'est en raison de circonstances indépendantes des individus eux-mêmes. Pourquoi, de tous les peuples de la terre, le peuple anglais est-il le plus heureux et le plus vertueux ? Parce qu'il est mieux gouverné que les autres ou, plus exactement, parce qu'il est moins gouverné. Pourquoi les hommes qui servent dans la marine anglaise ontils des tares qui les distinguent du reste de la nation (a) ? Cest qu'ils sont soumis à un régime d'exception, tyrannique et arbitraire. Ce régime doit être réformé. Qu'on modifie le système barbare par lequel on les recrute actuellement ; qu'on abolisse la presse; que Ton fasse des engagements à court terme. Mais, alors, trouvera-t-on le nombre d'hommes nécessaire ? Qu'on améliore la solde en se réglant sur le salaire normal du travail : «c le salaire est bon quand il permet au travailleur d'élever une famille, d'avoir le nécessaire et un peu de superflu (3). Que, d'autre part, on porte, 8*il le faut, des lois somptuaires

(1) Tac. Disc, p. X.

(2) Chapitres V et VL

THOMAS HODGSKnr

Gomment osei* dire que les bras manquent, alors que la domesticité des riches est si nombreuse (i)? La propriété exerce une « influence injuste et néiaste x> : car a elle enlève d'une façon absolue (quand même ce serait dans une proportion très faible) au journalier pour donner au bourgeois oisif » (a). On pourrait donc, en cas de besoin extrême, interdire d'entretenir plus de deux domestiques, sauf pour les travaux agricoles et industriels (3)« Surtoat,qne Ton prenne garde à ne pas abuser, contre les marins, des lois pénales. Uamour de la gloire est plus fort que la crainte de la mort. Il a plus d'influence qu'un million de lois pénales. Le droit de punir constitue, sous la forme absolue qu'il revêt dans la marine, une sorte d'usurpation sur la Providence (4).

La grande autorité de l'opinion publique nous enseigne que Ton ne saurait prendre trop soin d'éviter la promulgation de lois pénales; elle nous enseigne que Thumanité deviendra beaucoup meilleure si Ton se forme d'elle une opinion meilleure (5).

S'il faut des peines , que du moins ces peines soient déiinies par des lois constantes

(x) iViap. Duc, p. 102.

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