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rigueur, développer la philosophie anarchiste

de l'histoire et de la société que Spencer et Buckle allaient pupulaiùser en Angleterre. Mais il était vieux, Spencer et Buckle étaient jeunes ; c'est Tannée iiiéme où parait» avec un succès foudroyant, le premier volume de V « Histoire de la Civilisation », que Ilods^skin, chassé de V Economiste dispai'ait dans la retraite.

Son rôle est important, néanmoins, dans Fhistoire des idées, et nous ne connaissons peut-être pas d'exemple plus propre à laisser voir quelle utilité présente l'histoire de la filiation des doctrines pour la connaissance des doctrines ellesmêmes.

Le point de départ des spéculations de Hodgskin, c'est le radicalisme utilitaire ; mais^ ' pour qui l'étudié au point de vue logique, le système de Bentham est un système équivoque : à demi autoritaire, à demi libertaire. Tantôt Bentham se fonde sur le principe de Tidentîté spontanée des intérêts pour ailirmer que le gouvernement doit tendre à sa propre annihilation et [)oui' demander qu'on abandonne la société à l'opération naturelle de ce principe bienfaisant. Tantôt il a£9rme qu'il appartient au gouvernement, par 1 espoir des récompenses, et surtout par la crainte des peines, de créer artificiellement rharnionie des intérêts individuels. Godwin avait

GONCLUSION

déjà, en se fondant exclusivement sur le premier principe, développé Tidée d^nne « société sans gouvernement ». Mais, lorsque Godwin écrivait, Bentham n'avait pas encore amalgamé les deux principes dans l'unité apparente d'un système, et leb industriels, maîtres de l Angleterre, n'avaient pas encore fait le snccès d'une doctrine qui leur promettait l abolition de toutes les entraves légales à l'esprit de spéculation commerciale, en même tem])s que la rédaction d'un code clair et efficace pour la répression des délits contre la propriété. Hodgskin ressuscite Godwin contre Bentham. Le premier, avant Herbert Spencer, il fonde une philosophie libre-échangiste sur la critique de la philosophie benthamique du droit. Alors que Carlyie, dans un mouvement de réaction passionnée contre les idées en cours, confond dans une même réprobation le benthamisme et le cobdenisme, Hodgskin aperçoit et met en lumière la contradiction des deux philosophies. Il ne peut admettre que le parti radical s'accommode d'une politique tantôt antigouvernementale et libérale, tantôt administrative et codifiante : « la société ne saurait rester plus longtemps soumise au joug de deux principes hostiles ».

Mais, si les idées de Hodgskin ont leur point de départ dans la philosophie de Bentham, c'est dans la philosophié de Karl Marx, on le sait.

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qu'elles vont se perdre ; et c'est sous leur ibrme marxiste qu'elles acquerront une universelle popularité. Karl Marx n'avait peut-être pas encore lu Uodgskin lorsqu'il publia là « Misère de la Philosophie »; cependant, sans compter que, dans cet ouvrage, il mentionne Thompson, disciple de Hodgskin, .il nous avertit qu'il pourrait nommer bien d'autres économistes anglais à l'appui de sa thèse. Dans le « Capital », il cite à plusieurs reprises les trois ouvrages de Hodgskin, aux passages les plus importants de sa théorie de la valeur. Qui sait même si, de i85o à 1860, tous deux étant journalistes, tous deux habitant Londres, Hodgskin se trouvai! U en outre, par sa femme, en relation avec la colonie allemande, ils ne se connurent pas personnellement? — On ne saurait, dit Marx, admettre que le ti*avail est cause et mesure de la valeur, et en même temps admettre avec Ricai'do que le salaire est le prix du travail, ou en mesure la valeur ; car, si le travail mesure la valeur de toutes les marchandises, il n'est plus une marchandise ; le salaire représente la valeur non du travail, mais de Touvrier, source de travail, de la force de travail qui, pourvu que Ton prenne garde à en réparer la fatigue et Tusure, fournit toujours plus de valeur (pi'elle n'en crée. — Que d'analogies avec la théorie^ de Hodgskin ! Ricardo, nous dit Hodg>

CONCLUSION

skin« reproche à Adam Smith d*avoir tour à tour

défini la valeur par la quantité de travail nécessaire à produire la marchandise, et par la quantité de travail qne la marchandise, une fois produite, est ea[)able de commander sur le marché; or, il est évident que Tonne saurait, sans contradiction logique, considérer la quantité de travail comme mesurant la valeur des marchandises lorsqu'elles s'échangent les unes contre les autres, et le travail comme s'échangeaut lui-même contre une marchandise; car k le travail n'est pas une marchandise 0 ; mais, dans la seconde définition d'Adam Smith, » substituez le mot travailleur au mot travail », et alors peut-être exprime-t-elle mieux que la [)remière définition, reprise par Ricardo, la réalité des phénomènes de l'échange, dans une société où plusieurs classes économiques existent et où le capitaliste est une personne distincte du travailleur, auquel il commande. — Mais, d'autre part, il y a des analogies, également i'rappantes, entre la philosophie sociale de Hodgskin et celle de Herbert Spencer, qui a été son ami et, peut-être, à certains égards, a subi l'influence de ses livres et de ses entretiens. Deux idées fondamentales, deux postulats, disons si Ton veut, pour employer une expression de Hodgskin, deux <x ]M éjugés », leur sont communs. Ces deux préjugés, que nous proposons dappe-

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lep le préjugé anarchiste et le préjugé juridique, essayons de voir dans quelle mesure Karl Marx les désavoue, dans quelle mesure, cependant, il en subit rinilueuce. Ce sera peut-être le meilleur moyen de déterminer par quels liens, psychologiques et logiques, Karl Marx se rattache à la tradition anglaise, excelle ni ment représentée» avant Spencer, par Thomas Hodgskin.

Le premier « préjugé » de Hodgskin, c'est, disons-nous, le préjugé anarchiste. Quil existe un droit naturel et que, s^l existe un droit naturel, la notion de droit positif est absurde ; voilà, sa vie diurant, le thème fondamental, on serait tenté de dire le thème iniicjiie de toutes ses spéculations. Nous nous sommes attachés à conserver à Tanticapitalisme de Hodgskin la place subordonnée qu'il a toujours occupée, dans son système, par rapport à son anarchisme ; sa critique du capitalisme n'a été qu'un incident, un «( épisode », dans la campagne incessante qu'il mène contre tous les privilèges gouvernementaux, contre toutes les oppressions légales. C'est dans la mesure où il croit qu il existe des lois naturelles et justes de la distribution qu'il conteste les fausses lois naturelles, admises par l'école de Ricardo, causes d'injustice et de misère. Qu'estHse donc que le capitalisme, véritable cause de l'injustice et de la misère ? Un accident historique, le résultat d'une

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conquête, qui ne peut déranger ni d'une manière très profonde ni d*ane manière très durable l'équilibre naturel des phénomènes économiques. Les lois positives ne peuvent avoir qu'une action mauvaise, elles ne peuvent avoir qu'une action insignifiante sur les lois permanentes de la nature : voilà les deux thèses de Tanarchisme de Hodgskin.

Assurément Karl Marx n'accepte pas, pour sa part, la distinction, familière à l'école anglaise et fondamentale chez Hodgskin, de l'artificiel et du naturel. IL est d'accord avec Hodgskin pour critiquer les prétendues lois naturelles suivant lesquelles s'opérerait la distribution des richesses entre le propriétaire, le capitaliste et le salarié ; mais sa critique ne s'arrête pas devant la loi naturelle de l'échange, respectée par Hodgskin et sur laquelle il se fondait pour critiquer les lois de la distribution artificielle des richesses. Pour Karl Marx, la nature n'a pas créé de {toute éternité des individus autonomes, et ne leur a pas enseigné comment ils devaient échanger les produits de leur travail respectif, prolongements de leur personnalité, de telle sorte que chacun reçût l'équivalent du produit intégral de son travail. Il n'y a rien de permanent dans la nature, et la seule loi à laquelle elle obéisse est une loi de changement. La société humaine a préexisté à

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réchange ; c'est seulement à une époque déiiQie, dans et par l'échange, que les individus sont devenus des êtres séparés, indépendants les uns des autres. Si plus tard le jeu primitif de l'échange a été progressiyement altéré par Tappropriation du sol et r accumulation capitaliste, c'est là un phénomène historique, naturel et nécessaire comme tout autre. Le régime capitaliste est condamné lui-même à périr : mais ce ne sera pas pour laisser reparaître de prétendues lois naturelles, dont les incohérences du régime actuel auraient un instant masqué l'opération. Lorsqu'il aura disparu, la distribution des richesses s'opérera suivant des règles imprévisibles aujourd'hui, mais qui différeront certainement autant de la distribution entre producteurs autonomes qu'elles pourront dilférer, par ailleurs, de la distribution actuelle.

Quelle que soit cependant la différence entre la philosophie marxiste de l'histoire et l'optimisme naturaliste de Hodgskin, des analogies profondes se laissent découvrir, soit que Ton considère la théorie marxiste de la valeur, soit que Fon considère la théorie marxiste du progrès, soit que Ton considère la manière dont Karl Marx se représente le but final vers lequel ce progrès nous achemine.

Karl Marx, dans sa théorie de la valeur, tient réiément différentiel pour négligeable ; il consi-

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dère la rente différentielle comme un simple prélèvement du propriétaire foncier snr le profit du capitaliste; de même pour le proiit commercial ; lui enfin, qui attache aux crises commerciales une telle importance dans sa pliilosophie de rhistoire, commence cependant par en démontrer Timpossibilité théorique, pour réintroduire plus lard seulement, et par un détour, les théories d'Owen et de Sismondi sur la sm> production et Tengorgement du marché. Pourquoi, sur tant de points, cette tendance à atténuer les imperfections de la distribution actuelle des richesses ? Pour le comprendre, il faut se reporter à Hodgskin ou, d'une façon plus générale, aux économistes ëgalitaires anglais. Hodgskin s'attache à diminuer l'importance de la . rente diûérentieile, justifie expressément le profit commercial et nie le caractère normal des crises commerciales, parce que procéder autrement ce serait blasphémer contre la nature. Qui, demande Hodgskin en i854» se préoccupe aiyoui'd'hui de ce que Ricardo écrivit sm* la rente ? C'est, pourtant, en se fondant sur la théorie de la rente différentielle, approfondie et uniTersalisée,qu un nouveau socialisme va surgir, quelques années plus tard, différent de la doctrine de Hodgskin, différent aussi, et pour les mêmes raisons, du collectivisme marxistei — un

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socialisme fiscal et interventionniste. Le préjugé anarchiste interdisait à Hodgskin, avant tout examen, de le tenir pour légitime; et, si Ton songe anx ressemblances qni existent entre la théorie de la valeur chez Hodgskin et la même théorie chez Karl Marx, on voit comment, par contre-coup, la pensée de Karl Marx a* subi l'influence du préjugé anarchiste.

Cette loi de Téchange, que Karl Marx emprunte à Ricardo et à ses disciples, hétérodoxes ou orthodoxes, a d'ailleurs cessé pour lui d'être une loi étemelle ; la philosophie sociale de Marx est une philosophie de l'histoire ; mais, si nous cherchons quel est, dans son hypothèse, le facteur explicatif de Fhistoire, il semble que nous voyions repai^aitre, chez Karl Marx, l'opposition, anglaise par son origine, entre la réalité naturelle et les artifices de l'esprit. Seule, nous dit Karl Marx, révolution économique est autonome ; elle commande l'évolution morale, révolution juridique, que les philosophies idéalistes avaient considérées comme indépendantes, comme suffisant à leur propre explication, et qui ne sont, en réalité, que le reûet de l'évolution économique. Or, l'école anglaise avait appris à Karl Marx à isoler ainsi l'évolution économique d'avec toutes les autres ; à définir un monde de la richesse, où des mobiles simples souffiwnt mie évaluation

CONCLUSION

quantitative, se matérialisent en quelque sorte sous forme de numéraire et de marchandises,

monde à demi-pliysique et qui obéit à des sortes de « lois de la nature » ; et Hodgskin, sur cette conception du monde éconouiique, avait fondé, avant Karl Marx, une interprétation économique ou matérialiste de Thistoire. Marx a beau exprimer en termes hégéliens son matérialisme historique; c*est Hume, maître de tous les économistes anglais et en particulier de Hodgskin, qui avait déiini Tidée comme «la copie d'une impression ». Uorigine de la philosophie marxiste de rhistoire est dans cet anarchisme économique, qui est un des préjugés fondamentaux de Hodgskin.

L'évolution économique aura un terme ; et ce terme, Karl Marx, dans le même langage et pour les mêmes raisons que Hodgsldn, refuse de le déiinir : car Fesprit ne peut pas devancer la marche des choses, dont il est le reflet et la copie. Il est donc dillicile de conjecturer même si, dans le régime collectiviste, TÉtat aura fini par absorber toutes les fonctions sociales, ou bien si nous assisterons à Taonihilation complète de rÉtat ; le plus exact serait peut-être de dire, en termes hégéliens, que nous assisterons à Tidentification absolue de ces deux termes et, par suite, à la suppression simultanée

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de Tun et de T autre. Cependant Marx, lorsqu'il parle de la chute, prochaine ou éloignée» du capitalisme, préfère indéniablement parler un langage anarchiste. Alors on ne demandera plus à Tindividu, comme faisait Hegel, de se sacrifier ou de se subordonner à T entité de l'Etat ; alors I mdividu cessera d'être mystifié par les formes substantielles de l'économie politique bourgeoise, et de croiic que la terre ou le capital reçoivent une part du produit de son travail par Topération fatale des lois de la nature. Or, tout cela, c'est du Uodgskin. Quel([ue influence qu ait pu exercer sur Tesprit de Karl Marx Tanarchisme néo-hégélien de Bruno Bauer et, sur l'esprit d Engels, le radicalisme de Feuerbach, comment nier que cette influence ait été confirmée et fortifiée par rinllueucc tics économistes anarchistes de Londres, de Uodg^skin et de son disciple Thompson ?

Le second des « i)réjugés » inspirateurs de la philosophie sociale de Hodgskiii, c'est ce que nous avons appelé le préjugé juridique. Les lois de la naluro, nous dit Hodgskin, sont bienfaisantes et justes, parce qu'elles accordent à chacun le produit intégral de son travail. Ne voit-on pas, dès lors, quelle philosophie dui*e et triste se dissimule sous son optimisme apparent ? 11 iaut admettre que la justice condamne à mort le malade, Tinfirme, le vieillard, du moment où

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CONCLUSION

leur vigueur naturelle leur fait défaut, et la philosophie de Hodgskin se rapproche, dès lors, étrangement de celle de Malthus. « La nécessité, nous dit-il, est la mère de Tinvention ; et l'existence continuelle de la nécessité ne peut s'expliquer que par laccroissement continuel du peuple ». Malthus se serait-il exprimé autrement? — Mais Hodgskin insiste sur ce point que le résultat de la « nécessité )», c'est Tinvention et le progrès. — Mais, demanderons-nous à notre tour, n'est-ce pas une manière détournée de dire, avec Malthus,' que rinyention et le progrès ont pour condition la « nécessité », la misère, et la misère « continuelle »?. — D'ailleurs, le droit de chacun au produit de son travail, est-ce autre chose que le droit de la force? Et cela n'est-il pas implicitement avoué par Uodgsiûn ? Voulant démontrer que la nature elle-même nous enseigne le respect du travail d' autrui dans ses produits, il se fonde sur ce que la nature donne, à celui qui eut la force de produire, assez de force aussi pour défendre le produit de son travail. Le droit au produit intégral du travail, c'est le droit de la force pacifié et réglé. Le juriste admet que la lutte des égoïsmes deviendra légitime, à condition que les individus observent cette règle de ne pas dépenser directement leur force les uns contre les autres, mais de la dépenser directement contre la nature, et

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seulement d*une manière indirecte les uns contre les autres, dans la mesure où les uns se trouTeront prendre I avantage sur les autres. Après quoi, pour conclure que la nature est juste, il suffit de faire abstraction de tous les monopoles naturels, et de supposer que la nature confère le succès À quiconque, par un travail plus intense ou une ingéniosité plus grande, a le plus abaissé le coût de production. Ainsi se trouve substituée à la guerre ouverte et sans lois une lutte bien réglée, une concurrence ou, mieux encore, un concours ; mais, en dernière analyse, la guerre reste toujours la loi de la vie. Ou bien Hodgskin réintégrera dans sa psychologie les sentiments de famille, à titre de sentiments naturels : et c'est ce qu'il fait, se rapprochant ainsi davantage des économistes orthodoxes, mais il ne peut le faire sans violer le principe de sa philosophie du droit. Ou bien son système, qui consiste dans Félimination de tout ce que la société actuelle contient d éléments communistes, aboutit non pas au socialisme, mais au . plus extrême individualisme.

Or, le principe suivant lequel chacun aurait droit à tout le produit de son travail n'est certainement pas le pi'iiicipe de la philosophie marxiste. Ou bien, nous dit Karl Marx, on peut réaliser cet idéal juridique par quelque institution

GONGLUSIOlf

gouvernementale, où chaque individu recevra, contre telle durée de travail fournie, telle quantité du produit du trayaii national. Mais c*est oublier que la théorie ricardienne de la valeurtravail se réalise seulement dans et par Féchange libre, c'est favoriser le paresseux aux dépens de l'ouvrier industrieux, c'est aboutir à la diminution de la production et à Tappauvrissement du genre humain. Et jusqu'ici Karl Marx se trouve d'accord avec Hodgskin. Ou bien on compte que Tanomalie capitaliste s'éliminera d'clle-jnême, pour laisser enfin le jeu naturel de l'échange • restituer à chacun toute la valeur produite par son travail. Mais c'est manquer de sens historique, oublier que le mécanisme de l'échange a naturellement produit raccumulation capitaliste, et que, si le capitalisme disparait à son tour, ce sera pour faire place ft un nouveau régime, aussi difl'érent de Téchangisme que du capitalisme lui-même. Et c'est ici que Mai*x se sépare de Hodgskin. — L'interprétation économique de riiistoii'e permet, d'ailleurs, d'expliijuer la genèse de ce prétendu idéal juridique. Il est, comme tout idéal humain, le reflet d'une réalité économique. Les hommes, échangeant les marchandises proportionnellement aux quantités de travail qu'elles conlienueiit, ont traduit ce fait de la vie matérielle en théorie juridique. Que

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le régime de Téchange vienne à disparaître, et

ridéal juridique en question deviendra vide de sens, comme il deviendra vide d*objet. — Enfin, c'est seulement dans des limites restreintes, selon Marx, que les objets s'échangent les uns contre les autres, proportionnellement anx quantités de travail producteur. D'abord, il faut que rhomme fasse en quelque sorte violence à la nature pour réduire conventionnellement à un même dénominateur des qualités de travail diverses. G*est seulement avec le temps, avec le progrès des machines, que le travail tend à devenir une quantité naturellement homogène. Mais alors le régime capitaliste s*est développé, et, lorsque les capitalistes exigent des profits égaux pour des quantités égales de capital engagées dans des entreprises diverses, de nouveau la théorie de la valeur-travail se trouve inapplicable à la rigueur.

Cependant, en dépit de cette dernière restriction, la théorie de la valeur-travail est bien la théorie marxiste de la valeur. Cette théorie, Karl Mai*x Ta empruntée telle quelle à Ricardo ; et, sans doute, il se propose de réfuter Ricardo ; mais on sait quelle méthode essentiellement dialectique ou historique il applique à la réfutation des systèmes économiques. Il n'y a pas de théorie éternellement vraie, mais il n'y a pas non plus

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GOMGLUSION 20^

de théorie élerneiiement fausse. Le temps, successivement, consacre et condamne les systèmes : une

théorie fausse, c'est une théorie qui a cessé d'être

mènes économiques, est devenue vide de sens à dater du jour où la réalité sociale à laquelle elle correspondait, ruinée par des contradictions internes, a cessé d'exister. De sorte que, pour réfuter Téconomie politique de Kicardo, Marx se croit tenu» d^abordy d'établir qu'elle est vraie dn monde de l'échange, qu'elle est « rexpressiou scientifique des rapports économiques de la société actuelle ». Si, d'ailleurs, elle n*est jamais vraie que d'une manière approximative et imparfaite^ c'est que le mécanisme de l'échange, constamment altéré par Tintervention d'éléments perturbateurs, ne tend à sa réalisation que pour retourner aussitôt au néant. Mais la question se pose, de savoir si nous sommes en droit d'attribuer à la théorie ricardienne même cette justification par* tielle. Elle est vraie, mais elle cessera d'être vraie: voilà ce que nous dit Karl Marx. Mais, si, par hasard, elle était fausse ? Déjà Ricardo doutait qu'elle fût l'expression exacte des phénomènes de réchange. Vers i82i5, elle aurait peut-être été réformée, en Angleterre, par Malthus, par Samuel Bailey, par d'autres encore, si un groupe organisé de disciples intransigeants, par l'activité de leur

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progagande, par le simplisme même de leur eiïseiguemeiit, n avaient réussi à étoud'er, autour de Ricardo, toutes les dissidences. Une autre cause contribuait à déterminer, cependant, le triomphe de la théorie : les adversaires démocrates de James Mill et de MacCulloch, les premiers doctrinaires du prolétariat, au lieu de s'attaquer à la théorie ricardienne de la valeur* s^emparèrent du principe pour en tirer des conséquences nouvelles,

et réfuter, en quelque sorte par Tabsurde» l'économie politique de Ricardo. De là une sorte d^obsession universelle, dont Karl Marx, une vingtaine d'années plus tard, ne pouvait pas ne pas être la victime.

Mais, sur un point, renseignement des Ricardicus égalitaires est précieux pour Thistorien des doctrines ; car il nous renseigne, et lui seul nous renseigne, sur la véritable origine psychologique de la théorie eu question, (^ue les marchandises s^échangent proportionnellement aux quantités de travail qu'elles ont coûtées, cela nous est donné par Adam Smith et par Ricardo pour un ffdt évident, sorte d*axiome ou de postulat d'une nouvelle géométrie ; et l'on ne saurait tenir pour une démonstration Tai^mentation dialectique sur laquelle Marx semble vouloir fonder cette proposition. Mais Hodgskin, philosophe en même temps qu'économiste, en découvre chez

CONCLUSION

Locke la source véritable ; si les hommes échangent leurs produits proportionnellement aux quantités de travail cfu' elles lenr ont coûtées, c'est dans la mesure où ils sentent indistinctement que chacun a naturellement droit au produit total de son travail. En d'autres termes, de la doctrine de Uodgskin, il ressort que la théorie classique de la valeur en échange est le reflet, non pas de la réalité économique actuelle, mais d'un idéal juridique préconçu. Si Karl Marx, dans une certaine mesure au moins, l'a faite sienne, n*a-t-il pas été la victime, à son insu, indirectement, et en dépit de ses efforts pour dissiper le préjugé juridique, de ce môme préjugé juridique ? La théorie de Uodgskin, ainsi considérée, ne suffît pas à réfuter la philosophie économique de Karl Marx ; mais elle suffit, certainement, pour frapper de suspicion légitime l'appareil dialectique dont» chez Karl Marx, cette philosophie s^enveloppe.

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BIBUOGRÂPHIE

ŒUVRBS

1. An Bssay on Naval IMscipline, shewing part of ils evil effecls ou the minds of the officers and Ihe mindsof ihemen and on the communily; wilh an aineuded sysleiii by whicli Pressing iiuiy be iiiiiiiediulely abolislied,by Lieut. Thomas Hodgskiii, il. N.; London, i8i3.

2. Travels in the Norlh of Gemiany, describing llio présent state of the Social and Polilical hisliliilions, the Agriculture, Mauut'aclures , Commerce, Education, Arts and Manners in that Country, parlicularly in ihe Kingdom of Hannover, by Thomas Hodgskin esq. in two volâmes; Edinburgh, i8ao.

3. Labour deteoded against tlie claim» of capital ; or, ihe improduciiveness ol* capital proved wiih référence to the présent combinaiions amongst joumeymen, by a labourer; London, mdcccxxv.

4. Popular political economy, tour lectures delivered at the London Mechanics' Institution, by Thomas Hodgskin, tbrmerly honorary secretary to ihe institution. London, 1827.

5. The natural and artilicial righl ot jnojx'rty conlrasled, a séries ot' letters, addressed without permission, to H. Brougham, esq. M. P. F. R. S., etc. (now the Lord Ghancellor), by the author of « Labour

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defended against the claimfi o£ capital », Londoiiy

6. What shall we do with our criminals ? Don t creale ihem. A lecture, delivered al St. Martin's Uali, may aoth 1807» Thomas Hodgskin.

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