‹ Thomas Hodgskin 17871869Chapitre 6 sur 52 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

qu'ils sont anssi utiles aux maîtres que le capital des maîtres est utile à eiix*mêmes, qae chacun des denx termes est nécessaire à la réussite de Pentreprise

commune, existeraient l*ég:alilé des privil^^j^es et des profits : la première loi de cette société consisterait probablement à abolir cette distinction entre maîtres et serviteurs qui remplit le plan de Mr.Owen et existe aujourd'hui en raison de ces lois mêmes, dont les effets sont si néfastes (i) .

Déjà, en raison de ses opinions sociales sur la distribution artificielle de la richesse, il se sépare du malthusianisme de Place et des autres Benthamites : il reproche à Gray, dans son ouvrage « sur la Population i», de confondre deux choses : la quantité d'individus oisifs et la quantité de travail.

Nos dépenses ont été, depuis trente ans, énormes; pendant cette période, le système s*est généralisé,

dans le pays , de payer les hommes selon leur travail, et non plus selon le nombre d'heures de travail ; la conséquence en est que beaucoup plus de travail a été fait par le même nombre d'hommes; en conséquence, plus de marchandises ont été produites. Si, pendant cette période, le pays a gagné en richesse, telle en a été la cause immédiate; M.Gray a tort de confondre avec elle la cause éloignée : Ténorme dépense laite pour entretenir des individus oisifs, dépense qui entraîne, dans une certaine mesure, une

(i) Hodgskin à Place, Parls^ 90 aoflt 1816 (communiquée par Miss Hodgskin).

augmentation de travail. La condition des travailleurs a fini par devenir assez misérable pour attirer Tattention du législateur et prouve que les oppressions qui les ont contraints de produire davantage et accroissent ainsi la population, ont ajouté delà sorte à la misère des masses (i).

£u septembre, il quitte Paris et gagae l'Italie, faisant la route à pied. Il constate, en passant, la misère du paysan français, après vin<^t ans de troubles et de guerres ; la misère, plus grande encore, du paysan italien. II séjourne quelque temps à Florence, pousse jiis(ju'ii Rome, revient au Nord visiter la vallée du Pô et le Tyrol. Mais il s'ennuie eu Italie comme en France. Il y trouve trop d'églises, monuments de la superstition méridionale ; trop d'œuvres d'art, auxquelles il avoue ne rien comprendre et dont il finit par avoir « mal au cœur ; et, d'autre part, trop peu d*hommes qui sachent s'intéresser aux questions vraiment humaines, aux choses de la politique. Toujours à pied, il traverse le Saint-Bernard dans la neige et passe en Suisse.

n visite la Suisse, descend le Danube jusqu'à "Vienne en radeau, traverse la Bohême, parcourt la Saxe et le Brandebourg. Il a décidé mainte-

(i) Hodgskin à Place. Paris, i8i6(non datée. Probablemeitt juillet. Communiquée par Miss Hodgskin).

(a) Hod«;skin à Place. Florence, lajanvieriSl? (communiquée par Miss Hodgskin).

GHAPlTaB PREMIEA

tenant, snr le conseil de Place, d*écrire le récit

de soji voyage dans rAUemagne du Nord ; et les longues lettres qu'il écrit à Place ne sont plus que desnotes détaillées, toutes prêtes pour la rédaction future de son livre. Arrivé à Hanovre, en juillet 1818, il délimite encore l'objet de son travail et, muni d'un questionnaire que Bentham a dicté pour lui à James Mill (i), entreprend une enquête sur le gouvernement, la religion, le commerce, ragriculture du royaume où il haijite. Puis il revient en Angleterre, passant par les bords du Rhin ; son voyage finit mal : il prend froid, se couche en arrivant à Francfort» se remet à peine quand, ayant descendu le Rhin en bateau, il arrive à Amsterdam. Mais sa doctrine éconoinique vient d^accomplir un nouveau progrès : il a lu Tarticle de la « Revue d^Édimbourg» où MacCuiloch recommande à l'attention publique les « Principes», nouvellement parus, de Ricardo; et il a tout de suite aperçu quel parti il pouvait tirer des théories de Ricardo et sur quels points aussi il se séparait de lui. Il approuve Ricardo de voir dans la quantité de travail la source unique de la valeur ; mais, s*il en est ainsi^ dit-il,

(i) Le qiiestionnaii*e se trouve BriL Mus» add. mss. 33.163, t 3 sqq.

THOMAS HODGâiviN

je ne vois pas de cause naturelle pour que le capital, qui consiste purement dans Tépargnie du travail et qoi, par lui-même, ne produit rien, soit considéré comme affèctant le prix réel si celui-ci doit toujours être considéré comme mesuré exactement par la quantité de travail. Le capital [doit être] considéré coumie consistant, soit dans une quantité des choses que les hommes désirent, soit dans la disposition de ces choses. L'argent est une de ces choses qui produit un prix artiliciel au lieu d'un prix réel. Ses profits sont purement et simplement une portion du produit du travail, que le capitaliste, sans autre droit que celui que les lois lui contèrent, prend pour luimême. Ce qu'il prèle n'est jamais rien de plus que le pouvoir de disposer des denrées nécessaires à la subsistance du travailleur , pendant qu'il produit assez pour remplacer ce qu'il a consommé pendant le temps de la production et pour laisser un surplus au capitaliste (i).

Quelques jours plus tard, il se demande pourquoi la Frise est, à son gré, mal cultivée ; et il en trouve deux raisons : les dépenses plus fortes

du gouvernement, et, surtout, raccumulation capitaliste.

Le capital, comme moyen de production, ne peut consister que dans les instruments et objets de première nécessité que le travailleur emploie et consom-

(I) Uodgskin à Place , Amsterdam, s5 septembre i8iS (commaniqaée par Miss Uodgskin).

CBAPITHB PREMIER 21

me pendant qu'il produit; ~ une accumulation de ces objets entre les mains du travailleur en abaisse le prix et abaisse également le prix de ce qui est pro* duit pendant qu'ils sont consommés. Mais une accumulation de Targent qui représente ces objets ou mCine de ces objets eux -mômes entre les mains d'autres que les travailleurs, l'ait tout renchérir. Les personnes en question, les capitalisteS|Sans produire,non seulement prélèvent un intérêt sur la personne qui travaille le sol, mais encore cette même accumulation permet qu'un intérêt soit exigé de tous les autres travailleurs qui emploient ce capital. Le cultivateur doit payer encore, outre le prix réel, l'inlérétque d'autres travailleur payent sur tous les articles que lui, cultivateur, consomme... Je ne veux pas dire qu'une plus g^rande quantité de travail sera requise pour produire, mais que tout homme qui produit doit donner une plus forte proportion de ses productions pour les objets que son propre travail ne produit pas* , • Je suis favorable à cette économie qui épargne aujourd'hui afin que demain ne soit pas sans nourriture, mais jamais en moi la raison ni le sentiment n'ont été favorables à cette accumulation, qui, commençant trop généralement par la [)arcimomc . et l'injustice, m'apparaît comme un des plus puissants moyens d'accomplir l'injustice et d'encourager, de la part du petit nombre, un prodigieux gaspillage, qui aboutit à l'oppression du grand nombre. Je suis hostile à ces doctrines des économistes politiques qui louent l'accumulation du capital. Elles confèrent une sorte de raison à cette recherche de la richesse, qui est actuellement le fléau de l'univers, elles encouragent les riches à se faire encore plus riches, au prix de toutes sortes d'exactions, en les persuadant que

THOMAS HODGSKUî

leurs accumulations laYorisent l'industrie et la richesse générales (i).

Enfin, après trois ans d'absence, en novembre i8i8, ïhomas Hodgskin arrive à Londres. Il se dérobe aux instances de Bentham et de ses fidèles, qui voudraient le faire venir à Ford Abbey, dans la résidence d'été du grand réformateur, défendre et soumettre à la discussion sa philosophie d'ennemi des lois (2). Il part pour Edimbourg, où il retrouve une jeune Allemande dont il s*était épi'is à Hanovre et qui sera la compagne intelligente et courageuse des cinquante années qui lui restent à vivre (3). Sans délai, à peine marié, il se met à l'œuvre. En janvier 1820, paraissent ses « Voyages dans le Nord de rAilemagne (4) 1^; on y sent le progrès accompli par sa pensée, — progrès en précision, progrès en dogmatisme aussi^pendant six ans de voyages et de réflexions.

Hodgskin a vu se propager, pendant quil parcourait les routes d'Allemagne, l'agitation libérale, d'inspii^ation irançaise, mais peut-être

(x) Hodgskin à Place, Amsterdam, la octobre x8i8 (communiquée par Miss Hodgskin).

(a) Hodgskin à Place. Deptford, 8 nov. 1817. BrU.Mnê»

add , mss. 33,i53, f. Sa.

(3) Place à Hodgskin. 8 sept. 1819 ; Brit. Mua,, add« mss. 33.153, f. 73.

(4) Travels in the North of Germanjr. Voir le titre complet à la Bibliographie.

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