CHAPITRE PREMIER
encore davantage anglaise, contre le régime de la Sainte-Alliance. Voyageant à pied, il n'a fréquenté ni hommes d Etat, ni diplomates, ni généraux» mais il a causé avec des commis-voyageors, des ouvriers, des paysans ; il n'a pas connu ceux qui font les lois, mais ceux qui les subissent, ceux qui paient les impôts et les amendes. Il a compati aux souffrances de ces Allemands « très gouvernés (i) ; il a vu dans l'Allemagne l'exemple typique d'un pays « où Ton gouverne trop, quoique avec de bonnes intentions » (a). Uodgsidn glissera donc, dans ses récits de voyage, toutes les anecdotes que l'éditeur exigera, pour rendre l'ouvrage amusant(3). 11 donnera, sur l'Allemagne du Nord, et particulièrement sur le Hanovre, où règne le roi d'Angleterre, siu* le commerce et l'industrie, sur les lettres et la philosophie, une abondance de renseignements intéressants, nouveaux pour un public qui, depuis vingt ans, a presque oublié l'existence d'une civilisation continentale. Mais, surtout, il accompagnera ses récits et ses renseignements d'une sorte de commentaire perpétuel, qui consistera dans une critique réfléchie des notions de gouvernement et de loi.
( I ) Travels^ vol. I, p* 210.
(2) Vol. 1, p. 166.
(3) Hodgskin à Place, a6 juillet 1819; BriUMus. add. mss. 33.iâ3, f. 77.
THOHAS HODOSKUf
Dil'e : gouvernemeut, c'est dire : nation, c'està-dire frontière factice, multiplicité inutile de règlements souvent contradictoires. Que de gouvernements en Allemagne! Et cependant, partout, les hommes sont semblables : pourquoi les séparer les uns des autres par des divisions imaginaires? « U leur suûirait d'expulser leurs maîtres divers pour sentir que leur intérêt est pai*tout le même. » Faudrait-il donc appeler de ses vœux la venue d*un conquérant, absorbant dans Funité d'un empire tant de petites nations rivales ? Hodgskin repousse Thypothèse. 11 compte sur le progrc's général et spontané de la raison humaine, sur la fin du culte absurde, de la a sotte vénération » des grands hommes, sur la propagation insensible de ces sciences bienfaisantes « dont les vérités ont été systématisées et incorporées à Facquis de l'espèce par Smith, Say, Malthus, Paley, Bentham )>. Il ne veut pas de l'unité « mécanique et quadrangulaire » qui résulterait d'un despotisme universel el qui reproduirait, sur une plus grande échelle, les vices des gouvernements abolis (i). L'infirmité du gouvernement d'un seul est géométriquement démontrable.
Supposer que, lorsqu'une nation tout entière prend part à l'examen et à la confection des lois,
(i) Travels^ vol. Xi, pp. ao4-âo5.