LES FÉDÉRALISTES SONT
‘politique, que la vénalité des fédéralistes était le secret de son influence dans le congrès, et que le parti républicain était le gardien de la morale publique Tantôt il avait entendu raconter que Hamilton avait, dans une circonstance solennelle, exprimé «son horreur pour la Révolution française*. » Tantôt encore il avait ouï dire que, dans un banquet, le colonel avait bu avec plus d'empressement à la santé de George III qu’à celle du président *, et en répétant ces misérables commérages, il n’avait d’aulre but que de faire passer ses adversaires pour des suppôts de M. Pitt. Il prétendait même avoir appris de bonne source « qu’ils s’étaient assuré un asile et des pensions en Angleterre1 * * 4, * et il trouverait encore aujourd'hui des sots pour le croire, si, relisant dans ses vieux jours le papier où il avait consigné sa prétendue découverte, il n’avait été choqué lui-mème de sa crédulité ou de son acharnement passé, et s’il n’avait laissé échapper en marge ce cri de sa conscience : « Impossible, quant à Hamilton;' il était bien au-dessus de cela*! « Mais, tout en cédant à ce tardif retour d équité, Jefferson entendait bien ne pas détruire tout l’effet ni perdre tout le profit de son anecdote. Il ne la sacrifia point dans le travail d’élimination que, peu d’armées avant sa mort, il fit subirau perfide recueil de petits faits* préparé par lui pour servir à l’histoire de son temps et entretenir
1 Ana- — Works of Jefferson, t. IX, p. 96.
* Ana. — Works of Jefferson, t. IX, p. 177.
* Ana. — Works of Jefferson, t. IX, p. 197.
k Ana. — Works of Jefferson , t. IX, p. 145, 146.
* Ana. — Works of Jefferson, t. IX. p. 146.
« Les Ana.
ACCUSÉS DE ROYALISME, dans l’esprit des générations futures l’impression que, de son vivant, il avait exploitée avec tant de persévérance dans la ruse. Sous peine de reconnaître qu’il avait fait jouer à l’opposition un rôle odieux ou ridicule, il était condamné à maintenir l’existence de « l’escadron corrompu formé par Hamillon en vue de ramener un roi, des lords et des communes1, »-et il comptait avant tout sur les révélations contenues dans ce que l'on pourrait appeler les rapports de sa police pour justifier le nom et dissimuler la tactique de son parti : tactique grossière, et qui n’aurait pu réussir sans la passion fanatique avec laquelle elle fut employée.
Jefferson savait trop la puissance de la sincérité pour ne pas se prêter quelque peu à l’illusion dont il était l’auteur. Dans sa correspondance avec ses [dus intimes affidés, il parle sans cesse du complot monarchique en homme qui y croit sans froide et hypocrite préméditation. I.es augures de la démocratie américaine se regardaient sans rire. Cependant, s’il était trop bien pénétré de son rôle pour n’en pas devenir lui-même la première dupe, Jefferson le Irouvail en même temps trop bon et trop commode pour se résigner à en changer. En vain John Adams et llamilton lui donnèrenl-ijs sur ce qu’ils votilaient pour leur pays les explications les plus loyales et les plus rassurantes ’ : il lui convenait d’être inquiet, et il lui était doux d’èlrc injuste. Ce spirituel libre pen-
* TVorfcs of Jefferson , t. III, p. 361, 362.
t Voyez une conversation entre Hamilton et Jefferson (13 août 1701. — Works of Jefferson, t. IX, p. 09. Voyez aussi une lettre de John Adams H Jefferson (29 juillet 1791).-— Works of John Adams, t. VIII, p. 506.