‹ Thomas JeffersonChapitre 185 sur 212 · UE LA VIRGINIE · texte numérisé non relu

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clergé, tous irréligieux, tous indignes de la confiance de parents chrétiens. Il s’entendait appeler visionnaire, prodigue, athée ; il laissait dire, manœuvrait avec d’autant plus d’art au milieu des écueils, et dosait prudemment ses appels à la bourse publique.

Le t" avril 1825, l’université s’ouvrit : tous les obstacles semblaient surmontés, tous les cœurs étaient contents ; étudiants et professeurs portaient avec une égale joie leurs yeux sur l’avenir; tout semblait devoir être facile dans leurs rapports et agréable dans leur vie. Jefferson était radieux : enfin il allait pouvoir essayer l’application de la politique républicaine et démocratique à l’éducation ; enfin il allait prouver que la jeunesse, comme le peuple, n’est jamais mieux gouvernée que lorsqu’on lui confie le gouvernement d’elle-mème. D'amers déboires l’attendaient. Malgré de fréquents appels à la raison et au patriotisme des étudiants, ils ne restèrent pas toujours vertueux; le jugement par jury, appliqué aux délits universitaires, ne produisit que des acquittements. Le désordre devint habituel; la révolte éclata, violente, brutale. Profondément mortifié, Jefferson se rendit sur les lieux avec les inspecteurs universitaires. Madison l’accompagnait. Ils parlèrent tous deux sévèrement aux mutins, et sommèrent les meneurs de se livrer. Deux ou trois sortirent des rangs, l’air confus; parmi eux, le propre neveu de Jefferson. Le ferme vieillard ne put contenir son indignation, de véhémentes paroles tombèrent de ses lèvres; le coupable fut immédiatement chassé. Voir son œuvre compromise, ses doctrines renversées, ses espérances détruites par la conduite de l’un des siens, c’était un des coups les

plus douloureux qu’il put recevoir à une époque ou les épreuves ne lui étaient pourtant pas épargnées

Le dérangement de ses affaires l’avait placé, dès 1814, dans la dure nécessité d’entrer en négociation avec le congrès pour la vente de sa bibliothèque, et de la céder à vil prix, après d’offensants débats, dans la chambre des représentants, sur la moralité et la valeur des livres réunis à Monticello. Malgré ce pénible sacrifice, ses dettes n’avaient cessé de s’accroître. De mauvaises années, des crises agricoles et commerciales, jointes à ce qu’il appelait modestement lui-même « sa propre maihabilelé 1 » l’avaient déjà conduit sur le penchant de la ruine, lorsque la banqueroute d’un de scs amis, qu’il avait cautionné pour 20,000 dollars, lui porta le « coup de grâce *. » Son gendre, M. Itandolpb, ruiné comme lui, mais aigri par le malheur, vivait solitaire, sombre, fantasque, inutile aux siens. A quatre-vingttrois ans, Jefferson était forcé de s’avouer qu’après lui sa famille resterait sans ressource et sans appui : « Vous m’encouragez affectueusement à ne pas me laisser abattre,» écrivait-il le 8 février 1820 à son petit-fils de prédilection, M. Thomas Jefferson Kandolph; « mais, accablé comme je le suis par la maladie, la faiblesse, l’âge et des affaires embarrassées, cela est difficile. Pour

1 Votez le récit de deux professeurs de l'université, M. Tucker ei le I)r Dunglison. — Tucker, t. II, p. 533-537. — Ramlall, t. III, p. 517-518.

1 Jefferson à M. T. J. Kandolph, 8 février 1826. — Kaudall, t. III, p. 531,

J Jefferson à Xladison, 17 février 1826. — U'orls uf Jefferson, t. VII, p. 433.

ihoi-inême, je serais indifférent au renversement de ma fortune; mais je suis écrasé pat- la perspective de la situation dans laquelle je laisse ma famille. Ma bietiaimée fille, qui a été la compagne de ma jeunesse et le soutien de ma vieillesse, ses enfants, que j’ai appris à aimercomme les miens, eu les voyant sans cessé autour de moi depuis leur berceau, tous ces êtres chéris laissés dans la gêne n’offrenl à mon regard dans l'avenir que des spectacles navrants. Et peu m’importerait de terminer ma vie avec la ligne que j’écris, si je n’avais le sentiment que, dans le triste état d’esprit où les malheurs de votre père l’ont jeté, je puis encore être de tjüelque secours à la famille. » Puis, chassant tout selitimeht d’amertume, et reprenant presque espoir au souvenir de soi! bonheur passé : « Peut-être après tout , n’ai-je pas le droit de me plaindre, puisque ces malheurs ont été réservés pour mes derniers jours, qui ne peuvent pas être bien nombreux. Je dois reconnaître que j’ai traversé une longue vie, moins chargé d’afflictions que la plupart des hommes. J'ai eu poür lot une santé robuste. Une raisonnable aisance, l’occasion d’être utile à lues concitoyens. Une bonne part de leur estime, nul sujet de plainte contre le monde, qui m’a suffisamment honoré, et par-dessus tout une famille qui m’a béni de son affectidn, sans jamais me donner un moment de chagrin. Si ma dernière requête m’était accordée, je pourrais voir se terminer par un ciel sans nuage le soir d’une vie longue et sereine 1 . »

Quelle était cette dernière requête dont il était réduit

i Ranclall, t. III, p. 531

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