C.ENKT
Le citoyen Omet, ministre plénipotentiaire Je la République française près les Etats - Unis, au ministre des affaires étrangères, (.Y0 1 3 B.)
New- York, le 7 octobre 1703 (l'an II de la République française.
Citoyen ministre ,
Je joins ici les différentes pièces relatives à ma correspondance directe avec le peuple américain. La première est un duplicata du journal de mon voyage de Charleston à Philadelphie, la seconde le recueil de différentes adresses qui m’ont été présentées, avec mes réponses; la troisième l’extrait des délibérations de la société des Amis de la constitution de la liberté et de la justice nationale; la quatrième la polémique qui s’est établie dans nos gazettes sur nos affaires, et quelques détails sur les mesures prises par les républicains pour s’opposer aux intrigues du gouvernement.
Ces différentes pièces, citoyen ministre, vous feront parfaitement connaître l’esprit public et vous convaincront, ainsi que moi, qu’il nous est aussi favorable que les intentions du président le sont peu. Je no puis point douter que cet homme n’ait dirigé La Fayette ; il était flatté de voir le roi de France au niveau d’un président des Etats-Unis et son ambition le
portait à désirer de se revêtir aussi du litre de roi constitutionnel des Américains. Tout était préparé pour cela. Notre révolution du 10 août a fait avorter ces projets liber livides et c'est la source de -l'accueil que I on lait à nos ci-devant constitutionnels, du dégoût dont on abreuve nos républicains. I.e peuple, qui devine tout sans s’en douter, avait pressenti cette conspiration, et c'est à celte cause principalement que vous devez attribuer l’étonnante popularité dont nous jouissons ici.
Gkxet.
Rapport du citoyen Omet, ministre plénipotentiaire de la République française, sursoit voyage et sa réception poimlairc dans les Etatsrnis d'Amérique. ( Pièce jointe au A’° 13 B.)
Après une traversée de quarante-huit jours, très-contrariée d'abord par les vents, mais ensuite plus tranquille, la frégate l’Embuscade se trouva ii la vue de Cliarlrstou, chef-lieu de l'Etat de la Caroline du Sud, le 8 avril 1793. l e lemps était beau et la nier calme, mais comme il y avait alors peu d'eau 5 la passe, il fut impossible d'entrer dans le port. Je m'embarquai dans un canot, et la Irégale établit une croisière fort heureuse à l'embouchure du port, après m’avoir salué de vingt-un coups de canon.
Mon séjour à Charles-ton ne fui que de huit jours, mais ce temps me fut d'une giaude utilité; il me mil h portée de recueillir des notions exactes sur la disposition des esprits à l'égard de la France, sur la nécessité de faire revenir promptement le peuple des impressions défavorables qu’on luiava t données contre nous, alin de faire servir sa volonté aux succès de nos négociations Je fus averti par les personnes les plus respectables, et par le gouverneur Mouitrie lui-même que ma réception paraissait douteuse; et d'après ces nutions, je ne balançai pas à me rendre par terre à Philadelphie, de travailler sur ma route l’esprit publie, et n'arriver au siège du gouvernement fédéral qu’avec la certitude d'y être reçu avec tout l'éclat qui convenait à mon caractère. Je préparai toute ma batterie en conséquence. Le brave général Moultrie et tous les vrais républicains de Charleston me remirent des leitves pour toute la roule. Ils envoyèrent des expres au-devant de moi, cl je partis de Charleslon le 19 avril, après avoir expédié plusieurs bâtiments chargés de vivres pour Saint-Domingue, après avoir armé, plusieurs corsaires, ordonné des coupes de bois pour le service de la marine, et
OOCÜMÈNTS HÎSTOfttQÜËS. M3
jeté les bases d'opérations militaires et politiques dont les développements se trouveront dans mes rapports.
Le troisième jour j'an irai dans une petite ville nommée Staleburg. On ne m’y attendait pas aussi promptement. Cependant une partie des citoyens de ce canton me firent la réception la plus fraternelle au nom de leurs concitoyens. Ils- firent des droi ts pour me retenir, mais je ne pus céder à leurs instauces. Au moment où ils prirent coogé de moi, ils me remirent par écrit Une adresse signée de plusieurs d'entre eux, à laquelle je répondis verbalement en leur exprimant toute ma sensibilité. Ils m’accompagnèrent b cheval jusque moitié chemin de Cambden, où je Tus reçu par un corps de cavalerie qui m’escorta jusqu'à cette ville. Les citoyens s’empressèrent de venir au-devant de moi, et me présentèrent une adresse rédigée par le juge Burk. Je fus invité, au nom de la ville, à un souper où se trouvèrent presque tous les habitants de Cambden. La société fut animée et très-gaie. Je vis sur tous les visages de ces. bons cultivateurs la candeur, la bonhomie, et le plaisir de voir parmi eux le représentant du peuple français. J’y fis connaissance avec le juge Burk, excellent républicain, homme d'esprit, auteur d'un ouvrage contre la société des C.incinoatus, et admirateur sincère de notre révolution. J'appris à Cambden qu'il se trouvait à peu de distance de ma roule une nation indienne nommée les Catawbas. Je m'empressai de laire quelques emplettes pour aller les voir. J'achetai quelques présents pour les chefs, etaccompagué par plusieurs Américains, j'arrivai le lendemain sur son territoire. Celte nation habite une vallée agréable et fertile dans l'ouest de la Caroline méridionale, b très-peu de distance des montagnes Alleghanys. Son chef, le général Nexvrives, vint au-devant de moi et me lit entourer de ses guerriers. II me prit ensuite par la main, et tne conduisit dans sa maison, où je reçus de sa part et de celle de ses guerriers l’accueil le plus hospitalier. Les femmes furent trèssalislaites de mes présents, et les hommes encore plus des liqueurs que je leur donnai, mais malheureusement ils ne lardèrent pas à en abuser.
Nous continuâmes notre roule, et le lendemain nous arrivâmes à Charlotletown. Nous y étions attendus par le général Baulk, pour lequel j'avais une lettre de recommandation du général Moultrie. La ville nous donna à dîner.
A Salisburg on avait fait de irès-giands préparatifs pour mon arrivée; mais quelque plaisir que j'eusse h recevoir les marques honorables de l'amitié de ces bons cultivaleuis, la nécessité de ma présence à IMiiladelphie me contraignait à m'y soustraire. Je fus donc obligé de m'excuser auprès des hahitams de Salisburg qui, tout en applaudissant à mes motifs, u'en témoignèrent pas moins un grand regret de n’avoir pu m’avoir plus longtemps au milieu d'eux. J'eus occasion de voir à Salisburg plusieurs députés au
congrès, cl qui sont comme la plupart de ceux qui habitent l'intérieur des terres, les républicains les plus fermes et lesplus purs, Les députés cultivateurs, indépendants des places dont l'exécutif dispose, sont aussi à l'abri de sa louche dangereuse. Vrais représentants d’un peuple dont ils ont été il même de connaître les besoins, ils en expriment le vœu dans toute sa pureté, et a l'époque de$ sessions annuelles, ils rapportent un patriotisme qu'ils ont renouvelé 5 sa vraie source.
En me rendant de Salisburg à Richmond, je traversai plusieurs villes, dans lesquelles je lus reçu avec le plus grand enthousiasme. A Richmond je vis avec le plus grand plaisir le gouverneur de l’Etat, le colonel Lee. 11 avait conçu le projet de quitter son gouvernement pour aller prendre du service dans nos armées, mais il vient de se marier, et ses vues ont changé. Nous avons en V irginio, patrie de Madison et de Jefferson, beaucoup d'amis, et le séjour que j’y ai fait m’a beaucoup servi. En passant à Georgetown je reçus une adresse des habitants, et je dînai avec eux dans le seiu de la joie et de la fraternité. La réception qu’on me lit & Baltimore ne fut point aussi chaude. Celte ville est riche et commerçante, cl les Anglais y ont une très-grande inlluence; tant qu’elle existera, l'indépendance politique des Etals-linis ne sera point complète. A Baltimore je pris la voilure publique pour me rendre plus vite à Philadelphie. A quelques milles de cette ville, on m’apprit qu’un grand nombre de citoyens français se préparaient à me venir com-
{dimenter. Je les reçus, en effet, sur les neuf heures, et l'un d’eux, e citoyen Duponceau, me remit une adresse qui se trouve avec les autres dans la collection que je vous trausmels, à laquelle je répondis.
Ils m'informèrent que les habitants de Philadelphie se proposaient de venir au-devaulde moi, qu’il devait V avoir une procession de cinq cents voilures, et que toutes les cloches de la ville devaient être mises en branle ; ils me conjurèrent de leur envoyer, ainsi qu'ils en étaieut convenus, un exprès pour annoncer mou arrivée, mais il me parut plus convenable d'aller moi-même au-devant de nos frères sans aucune cérémonie. Ici je crois devoir suspendre ma narration, cl rapporter simplement le récit de ma réception, tel qu’il a été présenté par les papiers publics.
i Les citoyens de Philadelphie ayant été instruits que le citoyen Genel était arrivé, s'assemblèrent au jardin du Congrès, pour y entendre la lecture d'une adresse préparée pour le féliciter sur son arrivée. Elle fut unanimement adoptée, et deux personnes furent chargées de lui en présenter la minute et de savoir à quelle heure il pourrait les recevoir. 11 répondit aux deux commissaires qu’il était infiniment sensible aux félicitations dont les citoyens de Philadelphie voulaient bien honorer en lui la République française, et que, brûlant du désir de les voir, il serait enchanté qu'ils lui
DOCUMENTS HISTORIQUES. Mft
permissent de les lecevoir sans cérémonie, et de leur ofl'rir sans
Ï «réparation les sentiments dont son cœur était pénétré, sauf à eur remettre, suivant l'usage, le lendemain une réponse écrite. Les commissaires ayant fait leur rapport au peuple assemblé de ce que venait de leur dire le ministre, tous les citoyens applaudirent avec enthousiasme à sa proposition, et chargèrent un comité de cinquante et un membres d'aller sans délai lui présenter leur adresse. Le comité ayant élu Charles Bidle pour président, et Robert Henry Dunkin pour son secrétaire, se rendit à la taverne de la ville ob logeait le ministre, suivi d'une foule innombrable de citoyens rangés sur trois files. Les acclamations des citoyens qui étaient dans la rue empêchèrent pendant quelques instants le président de parler. Le calme se rétablit ; l’adresse fut lue et des applaudissements nouveaux se faisaient entendre de toutes parts. Le citoyen Genet ne put retenir les marques du profond sentiment qu’un spectacle aussi intéressant faisait naître dans son cœur. Au milieu de ses propres émotions et de celles du public, il lit une réponse impromptu dans les termes les plus louchants, et dont la mémoire ne peut donner qu'une bien faible idée. Il commença par exposer qu’en s'exprimant dans une langue étrangère, les sentiments et les afieciions qu'un moment aussi touchant produisait en lui ne pouvaient que perdre, mais qu'il lui suffisait en parlant à des hommes libres que sa sincérité fût connue et que ses déclarations pussent donner la persuasion, que d'ailleurs dans nulle occasion et encore moins dans celle-ci, il n'avait voulu emprunter les tons de l’éloquence. (I passa ensuite à l’adresse, et il dit qu'il prenait sur lui d assurer les citoyens américains présents que le peuple français verrait avec le plusgrand plaisir leur adresse, l'aveu solennel qu’elle contenait des principes de la révolution.... — Combien il sera doux h ma patrie, a-t-il dit, d'apprendre que le peuple américain approuve ses travaux, et proclame hautement sa gratitude et son union intime avec elle. Ces Français que vous aimez, ces Français dont le sang teint encore les lauriers de votre République, sont aujourd'hui entourés d'obstacles à vaincre et de tyrans h subjuguer ; mais ces difficultés entassées contre lui ne serviront qu'à éterniser sa gloire et perpétuer la folie de ses agresseurs. Des batailles peuvent être pendues, mais la cause du genre humain ne saurait se perdre; c'est celle que nous soutenons, nous resterons vainqueurs. Quant b vous, je dois, comme organe d'un gouvernement qui méprise les intrigues et les petits secrets des cours, je dois vous dire que votre situation éloignée, et d’autres motils encore, ne nous ont point permis de désirer que vous prissiez une pari active b la guerre actuelle, mais la France n’en attend pas moins de vous dans la circonstance présente des procédés d'amis et une conduite de frères. Les droits à ces procédés de votre part sont les sacrifices qu'elle a faits pour
vous, ei ceux qu'elle ferait encore, s'ils étaient nécessaires pour votre bonheur et l’imérét général de l’humanité qui est attache
Il est impossible de décrire le moment quia succédé à cette déclaration franche et lovale du ministre de la République française. Les applaudissements, les saluls, les mains, les chapeaux, tout se réunissait pour fumier la scèue la plus touchante qu on au jamais vue. Le citoyen Genet, après avoir pris la main eu signe de fraternité à tous les citoyens qui se trouvaient dans son appartement, tourna son attention sur ceux qui étaient dans la rue et de ses fenêtres leur adressa quelques paroles auxquelles ils lurent
très-sensibles. , . . , .
« Le comité s’étant ainsi acquitté de sa commission prit congé du citoyen Genet, et retourna paisiblement avec ses concitoyens. Lhauue individu présent semble s’applaudir d’avoir montre son attachement 4 un ami allié dans un moment de détresse et en même tennis d’avoir rendu hommage aux principes républicains sur lesnuels posent les constitutions américaines. A midi le lendemain, le citoyen Genet, conformément à l'inlentionqu’il avait mamleslee la veille, envoya au comité sa réponse écrite. »
Le même jour une société établie 4 Philadelphie sous le titre de Société républicaine allemande m’envoya une députation qui me présenta une adresse pleine de sentiments patriotiques. Quelle satire plus complète de ces libertins de couronnés que de voir des hommes échappés de leur joug odieux féliciter au delà des mers l’envoyé d’une nation dont ils voudraient aussi être lus tyrans et les assassins. Je reconnus dans cette adresse ce naturel mâle et indépendant que la nation allemande possède, qui n attend qu une étincelle heureuse pour s’embraser, et que j’ai été 4 portée o étudier de près. . ,
Ce jour, comme vous voyez, fut pour moi plus qu un jour de fêle. Quel rôle 4 soutenir pour un homme que de recevoir au nom d’un grand peuple les acclamations d’une nation libre . Que les compliments diplomatiques faits aux envoyés sont froids auprès de ces voix imposantes! Le moment est donc venu oit les nations se féliciteront mutuellement par des envoyés ! que cette correspondance est grande ! quel comble d'honneur pour celui qui en est
l'intermédiaire! ,
Outre ces témoignages éclatants de l’opinion publique, des particuliers m'envoyèrent des adresses qui n’en étaient que la conséquence. Celle de 1a Société cicéronnienne plaît quoique dilîuse. Vous vous rappelez que Cicéron, quoiqu’un peu verbeux, avait de beaux mouvement*. La lettre de Wilcocks m a aussi paru digne d’être recueillie. Croyez que je n’ai fait celle collection avec autant de soin que parce que j'ai senti que je la devais 4 la nation qui au fond en était le premier objet.
J'ai ensuite été invité à plusieurs dîners publics dont je juins ici les détails extraits des gazelles.
I.e 4 juillet les chevaliers héréditaires de Cincinuatus m'ont ■ invité h célébrer avec eux la fêle de l'indépendance de l’Amérique. Mais comme Noailles et d’autres ofliciers déserteurs se trouvaient parmi eux. j'ai envoyé au président de la société la lettre ci-jointe
Fiour lui faire sentir les motifs qui m'empêchaient de m'asseoir ù a même table que cet homme. Le I 4 juillet la milice de Philadelphie m'a dédommagé de ce triste repas, et j'espère le 1 0 août lui donner une fête civique ainsi qu'aux citoyens de Philadelphie, ce jour où l'idole de la royauté a été renversée avec l'autel était selon moi le véritable anniversaire de la liberté française.
Gexït.
Le. citoyen Genet, ministre plénipotentiaire de la République française près les États-Unis de l’Amérique , au ministre des affaires étrangères. (.V* 2 1 B.)
, New-York, le 7 octobre 1793.
Citoyen ministre,
I.e conseil exécutif de la plus grande des Républiques m’a chargé de travailler à l'affranchissement du nouveau monde, 5 la liberté de nos anciens frères les Français qui habitent le Canada, le pays des Illinois, la Louisiane ; j’ai entrepris et •j’exécuterai seul ce vaste projet; car je n’ai trouvé dans le cabinet de Washington que des hommes froids et incapables de saisir uue aussi grande idée. Vous verrez par les rapports ci-joints sur la Louisiane, sur le Canada, les mesures que j’ai prises pour électriser les habitants de ces contrées, et les instruire de nos vues. Je n’ai point tardé à m’assurer qu’ils étaient prêts à secouer le joug odieux qui s’aggravait tous les jours sur leur tète ; mais sans la certitude d’une force navale capable de les protéger, ils n’oseraient point briser leurs fers. Un m’en avait promis une, je ne la voyais point arriver; je gémissaisde ce contre-temps désolant, lorsque un événement imprévu et irréparable a fait refluer dans les ports des Etals-L'nis toutes les forces destinées à la défense de Saint-Domingue. J’ai conçu l’idée de faire servir à la cause de la liberté ces forces qui venaient d’en être le fléau. lais plus grandes difficultés se sont offertes à mon zèle. Je les ai
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toutes surmontées; j’ai organisé l’armée la plus indisciplinée; je l’ai mise en état de tout entreprendre dans un moment où nous sommes les maîtres des mers de l’Amérique ; la première division, sous les ordres du contre-amiral Sercey, composée de deux vaisseaux de ligue, deux frégates, est partie hier pour le nord, où elle va nous remettre en possession de Saint-Pierre et Miquelon, détruire la pèche des Anglais à Terre-Neuve, sonder les dispositions des Acadiens, brûler s’il se peut Halifax, tandis que l’autre, composée de deux frégates et de plusieurs corvettes, ira prendre en Géorgie les volontaires américains avec lesquels elle fera la conquête de la Floride, en atlcndant que, de concert avec l’escadre du contre-amiral Sercey, elle aille détruire Jes brigands de la Providence et faire la conquête de la Louisiane. Lisez mon premier rapport sur la Nouvelle-Orléans, les deux rapports qui m’ont été faits sur le Canada ; une adresse aux Canadiens et aux habitants de la Louisiane, mes instructions au contreamiral Sercey, celles que j’ai données au citoyen Barré, qui était destiné à protéger et à ravitailler Saint-Pierre. Jetez les yeux sur les tableaux que je vous envoie de nos forces, tâchez de in’en expédier promptement d’autres, attendez le succès et comptez sur mon courage.
Genbt.
Le ministre plénipotentiaire de la République française un citoyen ministre des affaires étrangères. {Pièce jointe au A'° 21 II.)
PbiludvJpliir, le 85 juillet 1793 (l'an 11 Je le République fronçai»*).
Le conseil exécutif, ayant prévu que le gouvernement fédéral des États-Unis n'embrasserait pas immédiatement avec toute 1a chaleur que nous pourrions désirer les grandes vues dont il m’a confié l'exécution, m'a chargé, en attendant que le peuple américaiu le force à faire cause commune avec nous, de prendre toutes les mesures que ma position comporterait pour faire germer dans la Louisiane et dans les autres provinces de l'Amérique voisines des États-Unis, les principes delà liberté et de l'indépendance.
A peine arrivé en Amérique, débarqué à Charleslon et me trouvant par là (dus à portée de renseignements, j'ai communiqué au brave général Mouline, gouverneur de la Caroline, le plan qui m'était tracé; il m’a été facile de faire sentira cet ami sincère de
l'humanité l'avantage d’une pareille entreprise pour les Elals- Ums. Il a reconnu que si la Louisiane était libre, les Américains seraient débarrassés des guerres continuelles que leur font les Iqdiens excités par l'Espagne.
Je laissai en conséquence, d« concert avec le citoyen Mangouril, consul à Charleslon, agent actif et intelligent, des instructions auC. M. et j’envoyai un exprès par le désert au Kentucky pour sonder les dispositions des habitants et informer de mou arrivée un général célèbre, le général Clarke, connu .par son dévouement 1 la cause de la liberté universelle et par son désir d'affranchir la Louisiane du joug espagnol. En effet, ce général est tellement pénétré de ce projet qu’avant été instruit de ma mission, il m'avait écrit la lettre ci-jointe qui me fut remise a Philadelphie par mon prédécesseur, et qui renfSrme un plau bien conçu et des détails satisfaisants sur les moyens dont il peut disposer pour faire la conquête de la Louisiane.
Avant de me livrer entièrement à ces propositions, je crus devoir m'assurer des dispositions du gouvernement américain et l'engagerai s'unir 1 nous. M. Jefferson me parut sentir vivement l’utilité de ce projet, mais il me déclara que les États-Unis avaient entamé des négociations avec l'Espagne 1 ce sujet, qu’on lui demandait de donner aux Américains un entrepôt au-dessus de la Nouvelle-Orléans, et que tanlque celte négociation ne serait point rompue la délicatesse des Etats-Unis ne leur permettait pas de prendre part 1 nos opérations ; cependant il me lit entendre qu’il pensait qu’une petite irruption spontanée des habitants du Kentucky dans la Nouvelle-Orléans pourrait avancer les choses; il me mil en relation avec plusieurs députés du Kentucky, et notamment avec M. Brown qui, pénétré de l'idée que son pays ne serait jamais florissant tant que la navigation du Mississipinc serait pas libre, a adopté mes plans avec autant d’enthousiasme qu'un Américain peut en tnanifesler.il m’a indiqué les moyensd'agir avec succès, m'adonné l’adresse de beaucoup d’hommes sûrs et m'a promis de faire servir toute son influence 1 la réussite de nos projets.
C'est dans ces circonstances, citoyen ministre, que j’ai reçu vos
Premières dépêches ; j’v ai vu que vous ne perdiez pas de vue objet en question, que vous le regardiez toujours comme trèsimportant h réaliser; je me suis empressé de faire le choix d’un agent propre 1 diriger nos négociations sur les lieux mêmes; j’ai jeté les yeux sur le citoyen Michaux, botaniste du jardin national, qui se disposait 1 entreprendre le voyage de la mer du Sud dans l’intention d'enrichir sa patrie de nouvelles découvertes. Le citoyen Michaux est un homme estimable à tous égards, jouissant ici d’une grande considération ; il est actif, circonspect, sûr et attaché 1 la gloire de sa patrie ; il parle anglais, il connaît l'idiome et les meeurs des nations indiennes; c'était donc l'homme que je devais choisir,
d'autant mieux que, habitué 5 voyager dans les Jertières de l’Amérique, son départ ne pouvait être suspect à personne. Je lui communiquai, en conséquence, le projet dont j’étais chargé ; il en a senti tous les avantages et malgré son amour pour l’indépendance, il me promit de remplir célte mission avec le zèle le plus ardent.
Assuré de son entier dévouement, je travaillai à des instructions que vous trouverez sous le n» 3. Je lui procurai des lettres de M. Jefferson et du sénateur Brown pour le gouverneur et pour les hommes les plus influents du Kentucky, et afin que rien ne retardât celle entreprise, je lui délivrai une lettre de crédit qui l’autorise à tirer sur moi pour les sommes nécessaires à l’exécution du plan du général Clarke, et je lui donnai des pouvoirs qui sont joints k la • copie des instructions, k l’effet de conclure des alliances avec les peuples indiens et les habitants de la Nouvelle-Orléans d'après 4 les principes les plus libéraux.
Je le chargeai de plus de délivrer des brevets aux chefs des Indiens et aux citoyens qui auraient fait quelque action d’éclat; de faire parvenir k la Nouvelle-Orléans l’adresse imprimée dont je joins ici plusieurs exemplaires.
Muni de ces moyens, le citoyen Michaux s’est mis en route, il y a huit jours, avec un officier al un sous-oflkier d’artillerie qui lui serviront d’escorte pendaut la route et qui seront très-utiles au général Clarke pour monter sa légion, qui portera, comme vous Je verrez sur les instructions du citoyen Michaux et par la lettre que j’ai écrite au général Clarke, le titre de légion révolutionnaire et indépendante du Mississipi.
Je crois, citoyen ministre, au succès de l’opération que nous allons entreprendre. Ces habitants de la Nouvelle-Orléans brûlent tous du désir de s'affranchir du gouvernement espagnol. Ils sont indignés des persécutions auxquelles sont exposés ceux de leurs ciloyéns qui se montrent attachés k la France et amis de ses principes. Ils sont révoltésde l’insolence des gentilhommes espagnols encore plus plats que ceux qui pullulaient en France sous l'ancien régime, et quoique le gouvernement, alarmé de l’ctat de faiblesse et de fermentation où se trouve la colonie, paraisse s’adoucir depuis quelque temps, personne n'est abusé sur ses intentions dans un moment où le danger auquel il sc croit exposé lui a fait élever des batteries dirigées contre la ville.
Je comptais envoyer /’ Embuscade cl la Petite Démocrate, trèsjolie corvette de dix-huit canons, nommée actuellement la Cornèlie depuis qu'elle a été proscrite sous son premier nom par le président. prise par l'Embuscade, fermer le .Mississipi au moment oit les Kentuckois descendront ; mais aujourd'hui que les malheurs de Saint-Domingue ont conduit ici l’escadre qui était en staliuu dans cette colonie avec le convoi dcslioé pour la France, il me
DOCUMENTS HISTOHIQUES.
Wt
semble que nous pourrions faire un usage bien avantageux de ces forces dont les commissaires civils paraissent craindre le retour à la colonie, en les envoyant à la même époque à la Nouvelle-Orléans et qu’en attendant nous pourrions les employer à détruire dans ces parages le commerce anglais.
Je vais concerter ces grandes -mesures avec le chef de nos forces navales' et vous pouvez être persuadé que le patriotisme le plus pur présidera à toutes les décisions que je prendrai.
tilNET.
Extrait lie la lettre écrite par le yénéral Clarke au citoyen Gen et, ministre plénipotentiaire de la Bépublique française près les Etats-Unis. (Pièce jointe au A0 21 fi.)
A I.ouisnlle, près les chutes de l'Ohio, le 2 ferrie r 179:1.
I.e général Clarkeme donne connaissance du projet qu'il nourrit depuis longtemps de s'emparer d'abord de la haute Louisiane, et peu de temps après des bords du Mississipi jusqu'à la mer; ayant servi comme colonel dans l’Etal de Virginie dans la guerre de l’indépendance de l’Amérique, ensuite sous le même litre dans le bataillon des Illinois, il a rendu à sa patrie des services importants; c'est II lui que l’Amérique doit une nouvelle province (le Kentucky). Etabli à Louisville sur les bords de l'Ohm, il est uniquement occupé depuis la paix des soins de connaître les moyens du gouvernement espagnol dans la Louisiane et le Mexique, le nombre d'hommes employés k leur défense, la situation des forts, les arsenaux, les munitions de guerre, les divers moyens de communication, la disposition des esprits surtout, qu’il pense nous être favorable.
Le général Clarke a des amis dans différentes villes de la Nouvelle-Espagne qui l'instruisent de tout ce qui s'v passe, et qui ui seraient de la plus grande utilité pour un sentbfable projet.
Le général Clarke connaît parfaitement les dispositions, les forces et les moyens de rendre les nations indiennes favorables k ses projets. Il pense qu'avec 400 hommes il pourra facilement chasser les agents de l'Espagne de la haute Louisiane, et avec 800 exécuter la même opération sur la Nouvelle Orléans.
Il ne demande pour forces navales que deux ou trois frégates qui le soutiendront du cêlé de la mer.
Le général Clarke a shus sa main des hommes très-dévoués, de bons soldats animés de bonnes intentions et remplis d'ardeur ; il
croit qu'avec une somme de 3,000 livres sterling il pourra exécute r son projet.
Certifié véritable :
Gknet.
Lettre du citoyen Genel, militaire de ta Béputi<iqu- française, au général Ctarlie. (Pièce jointe au A’* 21 B.)
Philadelphie, le lï juillet 1793 (l'»n II de la République française) Citoyen général.
Un liomme qui a donné des. preuves de son amour pour la liberté et de sa bainc pour le despotisme ne devait pas s'adresser en vain au ministre de la République française. Général, il est temps que les Américains libres de l'Ouest soient débarrassés d'un ennemi aussi injuste que méprisable.
Il est temps que nos concitoyens de la Louisiane, les descendants des Français, jouissent du bienfait de la liberté que vont leur présenter leurs frères et leurs amis. C’est à vous, général, que la direction de celle honorable mission est confiée. Vous pouvez vous couvrir de gloire et mériter la reconnaissance d'un grand nombre d’hommes que vous aurez délivrés de la tyrannie. J'ai adopté toutes * les propositions renfermées dans la lettre que vous m’avez écrite le 2 février, et le citoyen Michaux, qui vous remettra celte lettre, sera chargé, comme agent de la République française, de la partie administrative de celle affaire. C'est un homme prudent, sûr, actif, intelligent, ami de la liberté et de l'égalité. Vous vous concerterei avec lui, et il vous donnera des instructions et. des plans généraux qui lui ont été confiés.
Le citoyen Michaux vous remettra aussi votre commission de commandant en chef de l’armée indépendante et révolutionnaire du Mississipi.
Je vais écrire au ministre des affaires étrangères pour le prier de porter au conseil la demande que vous me faites du grade de maréchal de camp des armées de la République française, et je ne doute point que cette récompense et d’autres plus importantes ne ronronnent vos succès.
Je ne me suis décidé, géuéral, à entreprendre cette grande opération qu’avec la certitude que. loin d'étre désapprouvée ici, elle
non: me n t. s historiques. .-,53
yseiarcçue avec plaisir. Allez donc en avant avec cuuliauce, et surmontez tous les obstacles pour parvenir à votre but.
Pour #opie :
Gknet.
Autorisation donnée au rifor/rn André Michaux par le ministre plénipotentiaire de la République française près les Etals -Unis de l’Amérique. (Pièce jointe au A’* 21 B.)
Au nom de la République française.
Nous, Charles Genet, ministre plénipotentiaire .le la République française près les États-Unis de l’Amérique du Nord, d’après les pouvoirs et les instructions qui nous ont été donnés par le Conseil exécutif de la République française, nous autorisons le citoyen André Michaux, agent politique de la République française & traiter avec les Français de la l.ouisiane et les peuples indiens à l’ouest du Mississipi, à l'effet de rendre la liberté aux habitants de la Nouvelle-Orléans; autorisons également le citoyen André Michaux h se concerter avec les généraux Clarke et Logan dans le Kentucky sur les moyens de lever hors du territoire des Etats-Unis un corps qui portera le litre de I.égion révolutionnaire et indépendante du Mississipi : nous le chargeons de l'emploi des fonds qu’il confiera il ses officiers pour faciliter l'entreprise. Nous l’autorisons h délivrer h la réquisition du général qui sera chargé de l'expédition des commissions d'officiers de l'armée révolutionnaire pour ceux qui auront par leurs talents, leur courage cl leurs connaissances militaires mérité cette récompense : comme aussi de conclure avec les peuples français delà Louisiane et les Indiens des alliances fondées sur le véritable intérêt des peuples et sur les principes libéraux adoptés par la République française, et détaillés dans les instructions du citoyen Michaux.
Signé :
■ Cfxet.
Autorisation donnée par le ministre plénipotentiaire île la Bépubtique française nu général Clarke. (Picee jointe au N° 21 B.)
Autorisons le major général Clarke à prendre le commandement en chef de la légion indépendante et révolutionnaire du Mississipi, de nommer h tous les emplois de ce corps, de l’armer, l'organiser et le diriger ainsi qu'il le jugera convenable pour les intérêts de la ltépubliquc française et le plus grand succès de la cause de la liberté et de l'indépendance des peuples.
Gknet.
Le citoyen (lenet, ministre plénipotentiaire île la Bépublique française près les Etats-l'nit, au ministre des affaires étrangères. (.V 27.)
New-York, le 10 décembre 17Ô3 (l’an II delà République française,
une et indivisible11.
Citoyen ministre ,
Le congrès est ouvert, Washington s'est démasqué. L'Amérique s’est ternie. Je vous envoie le discours du vieil atni de La Fayette et la réponse de la Chambre des représentants. Elle est aussi insignifiante que le sera celle du sénat. Le cabinet de Saint-James par des déclarations récentes a jeté l’effroi dans des esprits déjà disposés à la crainte. Les exploits sauvages signifiés contre nous au duc de Toscane laissaient au moins à un homme tremblant l’excuse de la contrainte, cl cette excuse rendait moins grave un déshonneur qu’il ne pouvait repousser par des moyens violents. Il ne restait plus pour compléter le triomphe de cette puissance audacieuse que de forcer un corps populaire à s’entendre signifier par 1 entremise de son premier magistrat des arrêts non moins honteux contre son plus fidèle allié, et c’est ce qu’elle vient d’obtenir. Il n’y a pas ici un véritable patriote, pas un ami de la France et do son délégué qui ne soit convaincu que le vieux Washington n'a dit que ce qu’on lui a impose de dire pour racheter les Etats-Unis d’un châtiment prochain. Ce n’est pas que ces dispositions intérieures ne fussent déjà
complices des vues de l’Angleterre et du parti de quelques puissances coalisées pour rétablir la constitution royale, et ■qu’irrité de mes succès auprès du peuple il n’ait concouru de longue main aux dégoûts préparatoires dont on a semé ma mission, l’ardeur des répunlicains et mes formes démocratiques. J’ai la preuve acquise que les injustices dont la France a été la victime, que la dénonciation qu'on vient de porter Contre moi pour avoir trop chaleureusement défendu ses intérêts, Ont été communiquées depuis longtemps aux ministres d’Angleterre et d’Espagne, aux chefs des émigrés, à Talon et à Noailles , agents du prétendu régent. Ceux-ci en ont fait part à tous leurs gazetiers américains et français, et ils n’ont cessé en conséquence depuis le mois de septembre dernier de vomir les injures les plus grossières contre moi et de répéter confidentiellement que le président a demandé mon rappel et que les Etats-Unis expulseront V ambassadeur tirs Jacobins. Au surplus, citoyen ministre, malgré l’extrême idolâtrie qu’on a pour Washington , malgré les efforts que l’on a faits pour me ravir cette influence qui a tant alarmé les fédéralistes , le courage de nos amis n’est point abattu. Vous en jugerez, lorsque vous lirez la lettre ci-jointe de Samuel Adams qui a remplacé le vertueux Hancock à Boston, lorsque vous parcourrez les gazettes patriotes, lorsque vous saurez que les républicains de tous les Etals se sont promis de nous soutenir, que ceux de New-York ont arrêté de me donner une fête civique, le jour même où Washington m’a peint au congrès comme un révolutionnaire et un anarchiste et que le général Clinton, gouverncurdc l'Etat de New-York, chef du parti des autifédéralislcs, a redoublé d'attentions et d’égards pour moi depuis qu’il voit que mon attachement inébranlable aux véritables principes républicains me met en butte à tant d’intrigues et d’outrages. Vous voyez, citoyen ministre, que, si j’ai des chagrins, j’ai aussi des consolations; mais la plus douce que je puisse éprouver sera de voir la cause de ma patrie et de la justice triompher.
Je vais me rendre à Philadelphie pour relever le gant que l’on vient de me jeter et entamer un combat à mort avec mes ennemis. Il commencera, auxjyeux des hommes que l’esprit de parti ne domine point, sous d’heureux auspices.
M. Jay, premier juge des Etats-Unis, et M. King, sénateur, vils adulateurs du président, vendus à llamilton, secrétaire
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de la trésorerie, avaient, à la réquisition de ce dernier, fait insérer dans les papiers publics que, mécontent des décisions du président sur le sens de nos traités, j’avais déclaré que je. ferais un appel au peuple. Ce fait étant faux et ne produisant pas un bon effet, je me suis empressé de le démentir dans plusieurs lettres qui ont été imprimées, mais comme ce que j'ai dit à cet égard n'a point empéebé les calomniateurs de soutenir ce qu’ils avaient avancé, je viens de citer le premier juge et le sénateur à la cour fédérale comme libellistes. Vous verrez par les pièces ci-jointes que ma requête a été reçue et le désaveu public du seul témoin qu'ils eussent appelé en témoignage m’assure d’avance la victoire.
Si le congrès ne me rend point justice après avoir pris connaissance de ma correspondance, qui est actuellement sous ses yeux, j’attaquerai Washington lui-même à la cour fédérale et je le forcerai à paraître à la barre pour prouver ce qu’il a avancé.
Je vous expédierai par l' Astréc et par le Xormand, qui vont bientôt partir, des nouvelles intéressantes.
Je désire vivement que vous sentiez la nécessité de m’écrire plus fréquemment dans la crise où je vais me trouver, et je vous promets de n’êlre jamais au-dessous ni du vœu du conseil ni de la dignité du peuple français.
Je vous rendrai compte, citoyen ministre, dans mes dépêches suivantes, de la suite de ma correspondance avec le gouvernement fédéral et des autres objets sur lesquels mon devoir me prescrit de lixer l’attention du conseil de la République.
Gbnet.
Su mile! Adams au citoyen Omet. {Pièce jointe au N° ï~ .)
Boston, 99 octobre 1793.
. ... Je suis bien intimement convaincu que votre cœur est animé d’un même zèle pour les intérêts de notre patrie que pour la vôtre, et j'ai beaucoup de plaisir il voir que vous espérez fermemenlquela publicité attirera sur votre conduite l'approbation de tous les hommes raisonnables et couvrira de honte ceux qui, cédant à l’impulsion des préjugés, ont si habilement dirigé sur vous les outrages et la calomnie.
Je désire bien siiicèi cillent qui* votre résidence dausles Liais- Unis, comme ministre plénipotentiaire, vous rende personnetleineiii heureux, je suis déjà convaincu qu'elle ne peut qu’être utile à la cause universelle de la liberté et des droits de l'homme.
Je suis, etc.
Samuel Adams.
Arrêté du Comité de «u/ut public.
ÏS vendémiaire an II (16 octobre 1793).
I Ai comité de salut public arrête les points suivants :
J* Le conseil exécutif enverra sous huit jours à Philadelphie, dans le plus grand secret, quatre commissaires chargés de pleins pouvoirs pour arrêter Genet, Dupont et les autres fonctionnaires publics de la France qui se sont rendus coupables de malversations;
3° L’un de ces commissaires sera revêtu du titre de ministre plénipotentiaire et sera l’homme ostensible de la mission ; le second sera chargé des fonctions de consul général, le troisième de celles de consul particulier pour l’État de la Pensyivanic et le quatrième de celles de secrétaire délégation. Mais aucune mesure ne pourra être prise que de concert, et tous les rapports officiels seront signés au moins par trois desdits commissaires ;
3° Le ministre plénipotentiaire désavouera formellement au nom de la République la conduite criminelle de Genet cl de ses complices, et il demandera main- forte pour les faire conduire à bord d’une frégate pour êlre menés en France ;
4° La commission fera désarmer tous les corsaires expédiés par Genet et elle défendra au nom de la République à tout Françaisde violer la neutralité des Etats-Unis;
5“ Tous les consuls qui ont eu part à l’armement et à la condamnation des prises faites par eux seront destitués. I-a commission nommera provisoirement dans les différents ports des Etats-Unis des agents de commerce jusqu'à ce que les consuls destitués .puissent être remplacés par d’autres nominations.
Signé au registre:
Barrékb, Hérault, Robespierre, BlLLAlH-V ARES NES, GoLLOT-d’HeRBOIS.
Rapport fuit à la Convention nationale au nom du Comité de salut public par le citoyen Robespierre, membre de ce comité, sur la situation politique de la République, le 27 brumaire t l'an II de la République.
Le peuple fi ançais, seul dans l'univers, combattait pour
la cause commune. Peuples alliés de la France, qu’êtes-vous devenus ? N 'étiez- vous que les alliés du roi , et non ceux de la nation? Américains, est-ce l’automate couronné appelé Louis XVI qui vous aida à secouer le joug de vos oppresseurs, ou bien nos bras et nos armées? Est-ce le patrimoine d’une cour méprisable qui vous alimentait, ou bien les tributs du peuple' français, et les productions de notre sol favorisé des deux ? Non, citoyens, nos alliés n’ont pas abjuré les sentiments qu’ils nous doivent ; mais s’ils ne $e sont pas rangés au nombre de vos ennemis , ce n’est point la faute de la faction qui nous tyrannisait.
Par une fatalité bizarre, la République se trouve encore représentée auprès d’eux par les agents des traîtres qu'elle a punis. Le beau-frère de Brissot est le consul général de la France près les Etats-Unis. Un autre bomine, nommé Genest, envoyé par Lebrun et par Brissot à Philadelphie en qualité d’agent plénipotentiaire, a rempli fidèlement les vues et les instructions de la faction qui l’a choisi. Il a employé les moyens les plus extraordinaires pour irriter le gouvernement américain contre nous; il a affecté de lui parler, sans aucun prétexte, avec le ton de la menace, et de lui faire des propositions également contraires aux intérêts des deux nations ; il s’est tlfureé de rendre nos principes suspects ou redoutables, en les outrant par des applications ridicules. Par un contraste bien remarquable, tandis qu’à Paris ceux qui l’avaient envoyé persécutaient la société populaire, dénonçaient comme des anarchistes les républicains luttant avec courage contre la tyrannie, Genest, à Philadelphie, se faisait chef de club, ne cessait de faire et de provoquer des motions aussi injurieuses
qu'inquiétantes pour le gouvernement. C’est ainsi que la même faction qui en France voulait réduire tous les pauvres à la condition d’ilotes et soumettre le peuple à l’aristocratie des riches , voulait en un instant affranchir et armer tous les nègres pour détruire nos colonies....