‹ Thomas JeffersonChapitre 64 sur 212 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Jafferson quitte le congrès pour aller combattre et détruire dans la Virginie les substitutions, le droit d'aînesse et les taxes ecclésiastiques. — Il est moins heureux dans ses efforts contre l’esclavage. — 11 devient gouverneur de la Virginie. — 11 se fait peu d'honneur pendant l'invasion de cet Etat en 1781. — 11 se dégoûte de la vie publique. — Mort de sa femme. — 11 rentre dans le congrès. — Il est nommé ministre à Paris.

La déclaration de l’indépendance adoptée, Jetïerson découvrit bien vite qu’il n’y avait pour lui plus rien de grand à faire dans le congrès. Il ne pouvait y rester sans s’amoindrir; il en sortit pour se consacrer à l’œuvre la plus importante qu’un citoyen étranger à l’armée et à la diplomatie pût alors accomplir, la réforme de la législation civile dans la Virginie, sa colonie natale. Depuis un an, cette réforme était impatiemment attendue par les politiques du Nord de l’Union. Il y avait, dans l’esprit et l’état social des colonies coalisées contre l’Angleterre, de frappantes dissemblances. Au Sud, le sol appartenait à de grands propriétaires entourés d’esclaves et de petits cultivateurs. Les substitutions et le droit d'aînesse perpétuaient les richesses et le pouvoir dans une aristocratie qui occupait presque toutes les fonctions publiques. Le culte anglican était celui de l’Etat. La société et l’Église étaient constituées d’une façon hiérarchique. Au Nord, au contraire, l’esprit d’égalité régnait dans la société

1)8 DIVERSITÉ DE MŒURS ET D’INSTITUTIONS comme dans l’Eglise : « Je crains beaucoup les effets de cetle diversité de inouirs et d’institutions, » écrivait John Adams à Joseph Hawlcy, le 23 novembre 1775; « elle deviendra fatale si de part et d’autre on ne met beaucoup de prudence, de tolérance, de condescendance. Des changements dans les constitutions du Sud seront nécessaires si la guerre continue ; ils pourront seuls rapprocher toutes les parties du continent', n

Ce n'était pas seulement dans le désir de rendre les Étafs-U nis plus homogènes, et de faire cesser toute cause de division et de séparation (|ue John Adams souhaitait une semblable révolution intérieure dans le Sud. Des passions moins pures se mêlaient à celle patriotique pensée, et lorsqu’il apprit que Patrick Henry partageait scs vues et se montrait disposé à les réaliser dans la Virginie, il savoura le mauvais plaisir qu’un plébéien envieux trouve dans l'humiliation des grands: u Les don, les pachas, les nobles, les patriciens, les sachems, les nababs, appelez-les comme vous voudrez, soupirent, gémissent et se tourmentent; ils h appent du pied, iis écument, ils jurent, mais c’est en vain. Le decret est lancé, il ne saurait être rappelé; une liberté plus égale que dans toute autre partie du monde doit s’établir en Amérique. Celte exubérance d’orgueil qui a produit la domination insolente d’un petit, très-petit nombre de familles opulentes et accaparcuses, sera rabaissée. Ils seront contraints à se tenir plus près des confins de la raison et de la modération qu’ils n’v sont habitués. Voilà tout le mal qu’ils auront à enduref.

* Works of John Adams, t. IX, p. 367.

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