‹ Thomas JeffersonChapitre 67 sur 212 · CONTRE L'ESCLAVAGE. 1Î · texte numérisé non relu

CONTRE L'ESCLAVAGE. 1Î

lime, dans ses Mémoires posthumes, Jefferson a tenu à honneur de marquer explicitement son avis au sujet de l’esclavage. 11 ne pouvait penser sans émotion et sans effroi aux misères que l’esclavage entraîne et aux terribles conséquences de l’antagonisme entre les deux races; il ne voulait pas en être responsable aux yeux do la postérité, mais il ne voulait pas davantage entrer en lutte avec l’opinion de ses contemporains: « Si nous ne faisons rien, » écrivait-il à Saint-George Tucker après le massacre des blancs à Saint-Domingue, «nous serons les meurtriers de nos enfants. 1 » Et pour s’absoudre à ses propres yeux de n’avoir rien fait, il sentait plus tard le besoin de se dire que, « s’il était resté dans les conseils de sou État, il n’aurait jamais laissé perdre la question de vue*. »

Il se trompait lui-même :« Je tremble pour mon pays, lorsque je songe que Dieu est juste’,» avait-il dit aussi dans des Noies sur la Virginie, rédigées à la requête de M. de Marbois et destinées à ne recevoir qu’une publicité de salon ; mais lorsque le général de Chastellux demanda l’autorisation de les publier dans le Journal de Physique, Jefferson ne consentit à la donner qu’à la condition expresse de supprimer toutes les attaques contre l’esclavage1. Le Journal de Physique

* Monticello, 28 août 1797. — Works of Jefferson , i. IV, p. 196.

* Jefferson à M. Barrow; Monticello, lw mai 1815. — Works of Jefferson, t. VI, p. 450

5 Notes on Virginia. — Wotks of Jefferson , t. VIII, p. 404.

* Jefferson au général de Chastellux : Paris, 7 juin 1785. — Works o f Jefferson, t. I, p.339. — Les Notes sur la Virginie, rédigées en 1781, turent imprimées pour la première fois à Paris en 1784, et distribuées alors par Jefferson li un certain nombre de ses amis. Ce fut ainsi que le général de Chastellux en eût connais-

130 JEFFERSON, (iOFVF.RNfcl R DF. LA VIRGINIE, pouvait tomber dans les mains du premier venu, Luimême nous a appris qu’il lui répugnait également de taire son avis et de le publier, de se condamner à la réserve et de se compromettre : « Je n’ai jamais eu, en politique Du en religion, une opinion que j’aie craint d’avouer;... mais je n’aime pas à attirer l’attention, et je tiens à ne pas livrer mon nom aux journaux, car je trouve l’ennui causé par un peu dé censure, même imméritée, plus vif que le plaisir d’être beaucoup loué'. * Avec une singulière hardiesse d’esprit et dé langage, Jefferson n’avait point de courage politique.

Le courage militaire lui manquait-il comme le courage politique ? Ses ennemis l’ont beaucoup dit, et ils se sont appuyés sur sa conduite comme gouverneur de la Virginie pendant l’invasion de la province par les troupes anglaises, en 1781. De l'avcü de tous, tant que le théâtre de la guerre fut éloigné, tant que la mission militaire du gouverneur se réduisit à pourvoir d’hommes, d’argent, de vivres, de munitions et de renseignements l’armée du général Washington devant New-York, et celle du général Grcene dans les Carolines, il fil preuve de beaucoup d’activité, de jugement et de décision. Puis, lorsque le danger se rapprocha, soit que les attaques de l’ennemi fussent réellement ir-

sanee. Malgré son désir d'éviter une trop grande publicité, Jefferson ne put empêcher le livre de se répandre, lin exemplaire tomba entre les mains de M. Rarrois, libraire à Paris, qui fit traduire l'ouvrage et le publia, l.a traduction étant fort mauvaise, Jefferson se décida h publier l'original qui parut à Londres en 1787.

* Jefferson ïi F. Hopkinson ; Paris, 13 mars 1789. — tVorta of Jefferson , t. It, p. 587.

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