KM PRINCIPES RELIGIEUX
gardait sans hésitation comme démontré que les Peaux- Itougesdescendaientdes Carthaginois, et que les couches géologiques du globe étaient dues aune végétation analogue à celle qui produit les couches ligneuses des arbres* .
A en juger par un conseil donné par Jefferson à son neveu Peter Carr, jeune collégienqui sentait le besoin de se faire une religion, l’on pourrait croire que le spirituel diplomate apportait dans l'examen des questions théologiques plus de réserve, de prudence, de sérieux et de critique que dans la solution des problèmes scientiÜ— ques : « Résistez au penchant jmur les nouveautés et les opinions singulières, » écrivait-il au jeune homme; a il est plus dangereux en cette matière qu’en toute autre. » Mais que l’on continue la lecture de la lettre, et l’on verra que ce ne sont là que les précautions oratoires d’un libre penseur insouciant, qui ne veut ni effaroucher son disciple, ni être responsable des faux pas que le novice pourra faire daus la voie où il l’engage : « Secouez toutes les craintes et tous les préjugés serviles par lesquels tant d’esprits faibles se laissent servilement écraser. Fixez votre esprit dans une ferme assiette, et citez devant son tribunal tous les faits, toutes les opinions... Ne vous laissez pas détourner de cet examen par la crainte des conséquences. S’il a pour résultat la croyance qu’il n’y a point de Dieu, vous rencontrerez des encouragements à la vertu dans le plaisir et le charme que vous trouverez à la pratiquer, et dans l’amour des autres qu’elle vous procurera. Si vous découvrez des raisons de penser qu’il y a un Dieu, le sentiment que
1 Life o f Jefferson, by George Tucker, t. I, p. 291.
DK JEFFERSON".
vous agisse/, sous son regard et qu'il vous approuve sera un grand encouragement de plus. Si vous êtes conduit à croire à une vie future , l’espoir d’une existence heureuse dans l’autre monde rendra plus ardent votre désir de la mériter. Si Jésus vous parait avoir été un Dieu, vous serez consolé par la foi en son secours et en son amour. En un mot, je vous le répète, il faut mettre de côté tout préjugé, et ne croire ni ne rejeter rien parce que certaines personnes l’ont rejeté ou cru. Votre propre raison est le seul oracle qui vous ait été donné par le ciel, et vous êtes responsable non de la rectitude, mais de la droiture de ses décisions1.»
Peu importait donc au fond à JefTerson qu’on fût alliée ou déiste, spiritualiste ou matérialiste, unitaire ou trinitaire, pourvu qu’on » n’eùt pas cherché sa religion en dehors des inspirations de sa propre raison et des sentiments de son propre cœur *, » (lourvu, en un mot, qu’on se fût fait soi-même une religion, c’est-à-dire qu’on eût une religion qui n’en fût pas une; car c’est méconnaître le caractère distinctif de la religion et la confondre avec la philosophie que la faire descendre du génie de l’homme. De même qu’il croyait que, laissé à lui-même, l’esprit humain peut arriver à la vérité, à toute la véritp, et qu’il ne doit suivre aucun guide, n’accepter aucune règle, ne se soumettre à aucune autorité, de même Jefferson pensait que, laissée à elle-même, la liberté humaine va au bien, et que les sociétés doivent chercher à se passer de lois et de gouvernement aussi
* Paris, 10 août 1787. — IVorfcs uf J efferson, t. II, p. 239, 240,
• Ibid.