CHAPITRE V
Le 17 novembre de Tannée suiva^jte{i68i), Guillaume Cole (i), docteur en médecine, inconnu de Sydenham, lui écrivitdeVigome, afin de le remercier du firuit précieux que lui-même avait retiré de la lecture des Commentaires sur les maladies aiguës, et particulièrement du traitement de la variole qu'il avait préconisé. Il le priait en même temps de vouloir bien lui communiquer ses observations nouvelles sur la variole confluente et sur les afFec. tions hystériques; car il tenait d'un de ses amis que Sydenham venait de recueillir là-dessus des remarques fort intéressantes (2).
Sydenham lui répondit en eôet le 20 janvier 1681-82, par une longue lettre divisée en deux parties : Tune sur la variole confluente, l'autre sur l'affection hystérique.
Dans la première, il déclare qu'il est, pour lui « plus clair que le jour, qu'il ne faut pas obliger un malade atteint de variole confluente à garder le lit jour et nuit avant que l'éruption soit complète (3), » c'est-à-dire
(i) V. sur G., Cole : Munk, The RolL, t. I, p. bog; Albert de Haller, Bibliotheca.,, t. III, p. 362. — (2) Opéra, éd. Gr., pp. 329- 3 3o.— (3) lbid.,p. 332.
avant le quatrième jour à partir de Téruption ; de cette manière les pustules sont moins nombreuses, la fièvre secondaire moins violente, et c'est aussi le moyen de prévenir rhématuric et le purpura hœmorrhagica.
Dans la seconde partie, il observe que très peu de femmes sont tout à fait exemptes d'hystérie, et qu'un assez grand nombre d'hommes parmi ceux qui se livrent aux travaux de l'esprit en menant la vie sédentaire en sont atteints (i). H est vrai que Sydenham assimile l'hypochondrie de l'homme à l'hystérie de la femme. Il vante les bons eflFets de la diète lactée dans certains cas d'hystérie rebelle (2).
La réponse de Sydenham à Cole fut publiée à Londres en 1682, sous ce titre: Dissertatio epistôlaris ad spectatissimum Doctissimumque virum Gulielmum Cohy M. D, de observationibus nuperis àrca curationem Variolarum Cottz fluentiumy mcnon de affectionehysterica. Per Tho. Sydeiéamy M. D.
Sydenham s'était rencontré plusieurs fois en consultation avec le D*^ Thomas Short, membre du collège des Médecins de Londres (3) ; il avait reconnu son excellent esprit pratique, et éprouvé la parfaite politesse de ses manières. Short d'ailleurs l'avait toujours défendu contre ses ennemis, et Sydenham reconnaissant avait eu l'intention d'écrire une histoire des maladies chroniques et de la lui dédier. Mais les douleurs de la goutte l'en empêchèrent ; toutes les fois qu'il voulait s'appliquer à ce travail, les accès ne tardaient pas à reparaître ; il se
(I) Ibid., p. 364.— (2) Ibid., p. 389. — (3) V. sur T. Short Munk, The RolL, t. I, p. 377; Wood, Athenœ., t. Il, col. 858
contenta donc de lui offrir par une lettre datée du 21 mai 1683 un tout petit traité (Tractatulum) sur la goutte et surThydropisie. Encore lui fut-il impossible de l'écrire lui-même, il ne pouvait tenir la plume ; il dut donc recourir à l'obligeance d'un docte*ur en médecine de ses amis (i).
On connaît assez la valeur de ce petit traité, loué à l'envi par les meilleurs cliniciens. Sydenham écrivant l'histoire delà goutte à 59 ans en souffrait depuis l'âge de 25 ans. En vérité cette histoire pouvait-elle être écrite dans des circonstances plus favorables pour elle, et par un plus habile observateur ? Ce traité fut publié en 1683 sous ce titre : Tractatus de Podagra et Hydrope. Per Tho. Sydenham^ M. D, Il était précédé de cette épigraphe, « Non fîngendum aut excogitandum, sed inveniendum quid natura faciat, aut ferat. » Bacon,
La même année parut dans le Bulletin mensuel de la Société royale de Londres un compte-rendu plus intéressant que n'avait été jadis celui de la Méthode de 1666, dans le même recueil. Le rapporteur ne dédaignait pas de reconnaître, dès le début, la valeur de ce% ouvrage. « L'histoire de la goutte, » dit-il, « faite dans ce traité est fondée sur l'expérience que son auteur possède depuis plusieurs années, et de la maladie elle-même et de la méthode de traitement. Elle est très exacte dans la description de la naissance du mal, de ses progrès, de ses causes et de ses symptômes (2) ... » Si ce compte-
(i) Opéra, éd. Gr., pp. 407-8. — (a) Philosophical transactions, for.. i683, p. 309 (August 10) Oxford.
rendu doit être attribué au secrétaire de la Société royale, Aston en fut Fauteur (i).
Cependant Locke après avoir résidé quelque temps à Montpellier et à Paris (2), après avoir suivi, là les leçons cliniques de Barbeyrac (3), ici les leçons d'anatomie que donnait Guénelon, médecin d'Amsterdam, avec beaucoup de succès (4), était rentré en Angleterre dans le courant de l'année 1679. H retourna dans la famille du comte de Shaftesbury et renoua avec Sydenham ses relations journalières d'autrefois : les notes médicales sont très abondantes en effet dans le journal de Locke à partir du mois de septembre de cette années « Ainsi au 20 octobre 1679, on trouve la relation complète d'une méthode curieuse et dans l'espèce très efficace employée par le D"^ Sydenham pour guérir une femme qui était tombée malade à plusieurs reprises (5). » Les relations directes, personnelles, de Locke et de Sydenham durent prendre fin en 1683, quand Locke suivit le comte son bienfaiteur en Hollande (6). Peut-être n'eut-il pas le temps de revoir Sydenham avant sa mort, ii son retour en Angleterre en 1689.
Quoi qu'il en soit, il nous reste des portion'uns d volume manuscrit dont les matériaux semblent avoir été révisés et complétés par Locke en 1683, ou plus tard (7) durant son séjour en Hollande « et qu'il se
(i) Cf. Birch, The history,x. IV, pas&im. — (2) V. les Extraits du Journal de Locke publiés par King, The Li/e, t I, pp. TOO-149.
(3) Cela résulte de la notice précitée de Moréri sur Barbeyrac. ~
(4) Cf. Le Clerc, op. cit., p. 365. Locke résida à Paris de juin 1677 à juillet 1678, puis de nouveau à partir de novembre 1678, durant quelques mois (Cf. King, loc. sup. cit.). — (5) Bourne, The Life, t. I, p. 449. — (6) Bourne, The Life, t. H, chap. ix. — (7) Car on y trouve des renvois aux œuvres de Sydenham, qui concourent
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proposait d'insérer dans une collection de toutes les notes médicales, ou du moins des plus importantes, qu'il avait en sa possession; ces notes représentaient un ensemble de travaux composés à la fois par lui-même et par ses amis (i). » Locke avait intitulé ce volume : « Extracts of Sydenham's Physick Books and some good Letters on varions subjects. » (Extraits des cahiers de médecine de Syd. et qq. bonnes lettres sur diflfér. suj.)- « Il ne nous reste aucune des lettres susdites (2.) » Les notes qui sont venues jusqu'à nous, quelques-unes fort intéressantes, sont au nombre de vingt-deux : Ce sont, avec leurs sources : De Phthisi (ms. de Syd., 1683 — et communication orale de 1682 et 1683). — De Paroxysmo nephritico (ms. de Syd., 1670. — Autre ms. plus récent, — comm. or. de 1682). — De Apoplexia (comm. or. de 1683, — ms. de Syd., de 1670). — De Ahortu (comm. or. de 1682-3). — De Mania (id.). — De Ambustis (id.). — De Arthritide (id.). — De Colica hypochondriaca (id.). — De Partu difficili et aliis ad parium atiinentibus (id.). — De Contustonibus (id.). — De Pleuritide (id.). — De Asthmate (id., — et ms. de Syd., écrit depuis 12 ans) (3). — De Paralysi (ms. de Syd., écrit depuis 12 ans). — De Crapula. — De Haniprrhoidibus cacis et apertis (ms. de Syd., écrit depuis 12 ans, — et comm. or.). — De Hydrope, — De mensium fluxu imtnodico, et mensibus cum dolorefiuentibus. — De Mensium suppressione. — De variolis confluentibus. — De Methodo medendi morbos per accubitum junioris (4). — M. S.
avec la pagination de rédition tle i685. — (i) Bourne, The Li/e^ t. l, p. 434. — (2) Ibid. — (3) Oela ne nous apprend rien, car on ne peut assigner aux Extraits une date suffisamment approchée. « (4) Sydenham avait déjà parlé de ce moyen à propos des fièvres
D. D. Syd. de Epilepsia puerorum (avec un fragment sur le même sujet, pris d'un ms. antérieur de qq. années — et un autre fragment écrit d'après une comm. or. de 1682 et 1683). — Tinctura alexipharmaca D. D. Syd. — Tinctura eadem editionis uliimœ.
La plupart des matières renfermées dans ces notes sont reproduites çà et là dans les œuvres de Sydenham. Il est d*ailleurs impossible de décider quelle part revient personnellement à Locke dans un certain nombre d'entre elles, et si elles ont été simplement transcrites des notes du grand praticien.
Ces Extraits montrent une fois de plus que Loke avait l'habitude de consulter les manuscrits de Sydenham et de suivre très exactement les progrès de ses travaux en médecine. Vers le milieu du siècle dernier, ils furent légués par le D"^ R. Rawlinson, avec une collection d'autres manuscrits, à la Bibliothèque Bodleienne de l'Université d'Oxford; et ils y avaient été oubliés depuis bien longtemps quand le D"^ Greenhill les découvrit et les publia en 1845 sous le nom diAnecdota Sydenhatniana (i) ; mais ne connaissant pas l'écriture de Locke, il ne put préciser leur véritable origine. C'est Bourne qui, en 1876, a restitué à Jean Locke la paternité de ce manuscrit (2).
En 1685, Sydenham s'occupa de rééditer les œuvres
continues, dans la Section I de la Méthode de 1666 {Opera^ éd. Gr., p. 55).Desault a fait observer que PEcriture mentionne au troisième livre des Rois, chap. i, vers. 1-4, un fait semblable. Toutefois nous ferons observer qu*il s'agit simplement ici de la vieillesse du roi David, tandis que les cas indiqués par Sydenham se rapportent tous à la maladie. — (i) Anecdota Syd. : Médical notes and observations ofTh. Syd,, M. D... Oxford, 1845, in-i8; 2 éd., 1847 (V. la préface, pp. iii-vi). — (2) Bourne, The Life, t. I, p. 454.
qu'il avait publiées jusque-là. Ses Observationes furent remaniées et améliorées en beaucoup d'endroits. Le titre en fut conservé, et augmenté de ces mots : Editioquarta ab auihore adhuc vivo emendatior et auctior reddita (i). Les Epistohe responsaria^ la Dissertatio Epistolaris et le Tractatus de Podagra et Hydrope^ malgré quelques additions, étaient qualifiés simplement d'Editio Secunda (2).
Parmi les modifications des Epistola il en est une qui mérite d'être citée. Sydenham proclamait de nouveau sa confiance dans le quinquina ; mais il lui reprochait de produire par un usage prolongé du Rhumastime scorbutique (3). Il avait même modifié dans ce sens le chapitre des Observationes sur le Rhumatisme (4.) Dans cet intervalle la réputation de l'écorce du Pérou était arrivée en France à son apogée. Notre fabuliste, à la prière de la duchesse de Bouillon, avait fait pour elle la dépense d'un Poime du quinquinUy en deux chants, pour célébrer :
...récorce du Kin, seconde Panacée
...Ce trésor sans pareil Cet arbre ainsi que l'or digne Fils du soleil (5).
Malgré quelques récalcitrants, la réputation de l'écorce était désormais établie :
Le Quin règne aujourd'hui : nos habiles s'en servent.
Quelques-uns encore conservent,
Comme un point de religion, L'interest de Técole et leur opinion (6).
(i) Opéra, éd. Gr., p. xix. — (2) Ibid., pp. xxi, xxii, xxiii. — (3) Ibid., p. 281.— (4) Ibid., p. 261. — (5) Poème du quinquina.,, de M. de la Fontaine, chant I, vers 44, 49, 3o, à Paris, chez Denis Thierry... et Claude Barbin... 1682, in-12. — (6) ibid., ch. 11, vers 74 et seqq.
elle digère cette matière, et, après l'avoir conduite à un degré de maturité convenable, la chasse au dehors par une douce chaleur... Mais notre art ignore les transformations que doit subir cette matière fébrile pour être préparée à son expulsion ; et d'ailleurs, les connût-il, qu'il lui resterait à savoir les marques certaines du stade ultime de ces transformations, et par conséquent le moment le plus opportun de provoquer les sueurs... Il n'y a personne, je crois, si peu versé qu'il soit dans la pratique médicale, qui n'ignore tout le mal que font à un grand nombre de malades, par l'abus des sudorifiques, les vieilles femmes et les gens maladroits qui se donnent pour médecins (i). »
Sydenham heurtait manifestement ainsi la pratique de bien des confrères. Un médecin écossais, d'un bon esprit médical d'ailleurs, raconte combien il fut étonné en lisant en 1687, dans la Schedula^ le traitement des fièvres si paradoxal que proposait l'auteur; son embarras était d'autant plus grand qu'il sentait combien l'opinion qu'il avait conçue du mérite de Sydenham était capable d'en iniposer à sa crédulité (2). Il se résolut donc à faire le voyage de Londres, afin de proposer à Sydenham ses doutes et ses objections. Mais il ne fut pas longtemps sans prendre goût à la société de cet homme dont on disait tant de mal, et il demeura quelques mois avec lui. « Je m'en retournai, » dit-il, « aussi joyeux que si j'emportais un trésor (3). »
(i) Ibid., pp 507-8. — (a) Cf. Brown, Horce subs., p. 233. — (3) Ibid., p. 234. André Browne a consigné ses impressions de voyage dans un livre déjà cité : A vindicatory ; fautcd'avoir pu consulter cet ouvrage nous avons dû nous contenter des citations données par Brown dans les Horce subsecivœ.
- 9^ - La dernière affection dont Sydenham venait de publier l'histoire fut celle qui remplit de souffrance les derniers temps de sa vie. L'hématurie dont il avait été atteint en 1677 reparut au printemps de 1686. « Pendant presque tout rhiver précédent, » dit-il, « j'avais souffert de la goutte; l'inaptitude de mes membres au mouvement m'avait condamné au repos plus longtemps que d'habitude. L'hématurie se montra de nouveau. J'hésitais à recourir une autre fois à la purgation (i). Car dans ces dernières années, où tout mon corps s'était tran3formé pour ainsi dire en un foyer de goutte, le purgatif le plus doux ramenait infailliblemeht un accès prolongé. Enfin, je pensai que si je prenais un calmant après chaque purgation, la nuit suivante, le tumulte excité par le purgatif serait apaisé, et qu'ainsi je pourrais reprendre mon ancien procédé, celui d'une dose de manne à chaque semaine. Je fis donc dissoudre deux onces et demie de manne dans du petit-lait, pour le matin ; et le soir au moment de m'endormir je pris dans de la bière légère seize gouttes de laudanum liquide. La manne et le laudanum furent répétés jusqu'à six fois, deux fois par semaine. Je me contentai ensuite d'une seule dose de manne par semaine, car les mauvaises humeurs avaient été tellement purgées qu'il n'y avait plus à craindre du côté de la goutte. Mais, convaincu que si la manne avait quelque propriété dissolvante ou lithontriptique, un remède très astringent tel que le laudanum devait nécessairement affaiblir jusqu'à un certain point l'efficacité de cette substance, je pensai qu'il valait mieux m'abstenir de
(i) Sydenham fait allusion à la manne de frêne administrée dans du petit-lait. H s'en était servi avec succès en 1677.
narcotique, puisque la purgarion était réduite à une seule par semaine. Je m'arrêtai donc à ce parti durant plusieurs mois, en fixant toujours la purgation au même jour de la semaine, et je ne m'écartai de cette habitude sous aucun prétexte. A la première purgation la douleur que j'éprouvais dans le dos s'affaiblit; mais peu de temps après, la seconde purgation servit de signal à la goutte qui commença à s'attaquer tantôt aux articulations, tantôt aux organes internes : le laudanum fit justice de ces tentatives du mal (i). »
A ce propos, Sydenham ne voulant rien oublier de ce qui pouvait rendre service aux personnes atteintes comme lui d'hématurie d'origine goutteuse, a raconté ses habitudes et le genre de vie qu'il s'imposait à lui-même. « Le matin, » dit-il, « au lever, je bois une tasse ou deux d'une décoction de feuilles de thé ; je vais ensuite en voiture jusqu'à midi ; de retour chez moi, je prends tous les aliments qui me font plaisir et qui sont digestibles, mais modérément (c'est à quoi il faut veiller avec la plus grande attention, toujours et par-dessus tout) ; aussitôt après, chaque jour, je bois un peu plus d'un quart de livre commune (la pinte) de vin des Canaries, pour venir en aide à la digestion de l'estomac, et prévenir la goutte viscérale. Je monte de nouveau en voiture, et, quand mes occupations me le permettent, je vais à la campagne respirer un air plus sain, à la distance de deux ou trois milles. A souper, je ne prends que de la bière légère ; mais j'en bois de nouveau une fois dans mon lit, avant de m'endormir, dans le but de rafraîchir et de diluer les
(i) Opéra, éd. Gr., pp. 523-4.
humeurs acres et chaudes qui séjournent dans les reins, et d'où se forme le calcul... J'ai soin, surtout en hiver, de me coucher de bonne heure : rien ne sert mieux à mener à terme la digestion et l'assimilation des aliments... Toutes les fois que j'ai un long chemin à faire en voiture sur une route pavée (car les plus longues distances sur des routes non pavées ne me font aucun mal), je prends un bon petit verre de bière avant de me mettre en route; si je m'arrête assez longtemps quelque part, j'en fais de même ; ce moyen m'est assez bon pour prévenir l'hématurie. Depuis ces dernières années, si je commets quelque infraction à l'égard des six choses non naturelles (i), la matière goutteuse se reporte aussitôt à l'intérieur : j'éprouve alors un profond malaise, des envies de vomir, un peu de douleur abdominale; les extrémités deviennent indolentes, et plus inhabiles au mouvement que d'habitude. Dans ce cas, j'absorbe un congé de liqueur de posset ou de petite bière, et aussitôt après avoir vomi toute cette boisson, je prends un petit verre de vin des Canaries additionné de dix-huit gouttes de laudanum liquide, puis je me mets au lit. Ce procédé m'a sauvé plusieurs fois d'une mort imminente (2). »
Sydenhajn écrivait ces lignes en 1688. Il mourut l'année suivante, épuisé par le travail et par les progrès de son affection. D'après le récit d'un de ses amis, « la goutte... se jeta sur les viscères; il fut pris de vomisse-
(j) Kl. Bld^nczrd {Lexicon medicum, edit, Kûhn, Lipsi», iSSa) énumère ainsi les six choses non naturelles : l'air, le manger et le boire, le mouvement et le repos, le sommeil et les veilles, les passions de Tàme, les diverses excrétions et rétentions. L'excès de Tune d'elles, ajoute-t-il, produit * souvent les maladies. — {2) Opéra, éd. Gr., pp. 524-6.
ments et de diarrhée considérables, qui hâtèrent le moment de sa mort... Pour comble de maux, le calcul rénal ayant ulcéré les vaisseaux voisins, il fut pris d'une hématurie dont sa vieillesse épuisée ne put supporter l'excessive abondance; dès lors, s'abandonnant à sa destinée, Târae remplie de paix et de sérénité au milieu de tant de douleurs, il expira (i). » Sa mort arriva le 31 décembre 1689 (2), dans sa maison de Pall Mail, rue d'un des faubourgs de Westminster. Son corps fut enseveli dans l'église de Saint-Jacques de Westminster, sa pa- "roisse, dans un des bas-côtés, près de la porte méridionale (3).
En 1809, le Collège des Médecins songea à &ire réparer le monument de sa sépulture (4). Ce projet fut réalisé l'année suivante, et l'on grava cette épitaphe sur la pierre tombale :
Prope hune locum sepultus est Thomas Sydenham Medicus in ctvum nobilis. Natus erat A, Z). 1624, Vixit annos 65. Deletis veteris sepulchri vestigiis, Ne rei memoria interiretf Hoc marmor pont jussit colle gium Re gale medicorum Londinense A. D.1810, Op^ Urne merito (5).
Sydenham, par son testament daté du 27 novembre 1688, désignait M. Malthus (6), pharmacien de Pall Mail, comme exécuteur testamentaire (7). D or-
(i) Ibid., p. 532. — (a) J.-G. NichuU, The topographer and genea* logist, t. m, p. 498, London, 1846-58. Si le registre des décès a été cité exactement par Nichols, il contient une erreur : Guillaume au lieu de Thomas.'^ (3) y/ood, Athenœ^ t. II, col. 839.— (4) Munk, The Roll., t. 1, p. 3 10 (note). —(5) Th. Syd. Opéra, éd. Gr., p. xv. "- (6) « Homme honnête, » dit Sydenham « et d^un esprit audessus de Tordinaire. » Sydenham l'avait guéri d'un rhumatisme en 1679 (^^' Op^^^t ^' Gr., p. 3oo). — (7) V. sur le tesument de Sydenham, L4itham (The Life, p. xlv).
- 99 ~ donnait que ses restes fussent ensevelis sans aucune pompe funéraire; à son fils aine Guillaume il léguait ses biens qui consistaient dans des terres situées dans les comtés de Herts et de Leicester, mais à la charge de payer à ses deux autres fils Henri et Jacques une somme de 200 livres sterling (i), et à Madame Catherine Gée, sa belle-mère, la somme annuelle de vingt-cinq livres. Il laissait encore trente livres pour faire donner une éducation professionnelle à son petit-neveu Jacques, l'un des fils de Marie Thornill, fille aînée de Guillaume, son frère (2). Jacques devint plus tard Sir James Thornill, chevalier, l'artiste 'renommé, premier peintre delà reine Anne. Thomas Sydenham avait eu la consolation de voir autour de lui Barbe, Thomas, et Henriette- Marie, ses trois petits-en£ants (3).
Son fils aîné, Guillaume, naquit à une date inconnue, mais avant 1666 (4); il le guérit de la variole en 1670 (5). Nous savons qu'il entra comme pensionnaire au Collège Pembroke, de Cambridge, vers 1674; il laissa cette université sans avoir pris aucun grade. Plus tard, il devint docteur en médecine d'une université étrangère, et il fut admis à la licence du Collège des médecins le 29 novembre 1687. Il mourut probablement en 1738, du moins il n'est plus mentionné sur la liste du Collège à partir de cette époque (6). En 1668, Sydenham avait probablement son second fils (7).
(i) Un codicille daté du 29 nov. 1688 retranchait de la somme destinée à Henri, qui était alors en Espagne, 5o livres qui lui avaient été avancées. — (2) A gênerai dictionary, loc. cit. — (3) J.-G. Nichols, The topographer, t. UI, pp. 492, 493.— (4) Th. Syd. Opéra, éd. Gr., p. 5o, nota, col. i. — (5) Ibid., p. 193. — (6) Munk, The Roli, t. I, p. 475. — (7) Car dans la Méthode de cette année, il
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n avait formé le dessein de composer un ouvrage sur les maladies chroniques. Lorsqu'il écrivit à Paman le 10 mars 1679-80, il lui avait déjà confié son dessein, mais il croyait reconnaître de plus en plus que cette tâche était bien lourde pour lui. Toutefois il ne souhaitait rien tant que de la pouvoir exécuter ; en attendant il lui offrait en spécimen son Traité de la maladie vénérienne (i). Mais le mauvais état de sa santé l'empêcha de réaliser son dessein ; et lorsque cinq ans plus tard, dans sa lettre à Short il lui rappela cette Histoire des maladies chroniques qu'il avait songé à lui dédier, il ne put guère offrir à son ami que le petit traité de la goutte et de Thydropisie.
Enfin Sydenham, peu de temps avant sa mort, méditait un traité de la phthisie (2). Il ne nous reste làdessus qu'un petit traité de trois pages Jabis descriptio et Cura inséré dans une œuvre posthume dont il nous reste à parler.
Sydenham avait composé avec un grand soin et écrit de sa propre main une sorte de G>de de pratique médicale à l'usage de son fils aîné (3). En 1692,1e D' Montfort qui avait été l'un des amis intimes du grand praticien, ne voulant pas laisser tomber dans l'oubli les règles précieuses contenues dans ce manuscrit, en fit tirer à Londres vingt exemplaires environ qui circulèrent dans le domaine privé. Cet ouvrage ne demeura pas longtemps caché ; la même année il parut en appendice
ne dit plui unicus mait •implcmcni fiUolum meum (Opéra, éd. Gr., p. i5a, nota, col. i). — (1) Ibid., p. 307. — (2) Ibid., p. 53a. - (3) Ibid., p. 53i.
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dans la volumineuse collection des Miscellanea Curiosa imprimés à Nuremberg.
Lorsque l'année suivante le D' Montfort eut connaissance du fait, il fit paraître aussitôt une édition nouvelle, intitulée : Processus integri in Morbisfere omnibus curandis a D, Thoma Sydenham conscripti. Quibus accessit graphica symptomatum delincalio. Cette édition fut dénommée la première ; car celle de 1692 avait été trop restreinte pour mériter ce titre. En outre elle était précédée d'une préface du D*^ Montfort, et d'une pièce de vers latins où le D' Christophe Crelle, tout en célébrant la mémoire de Sydenham, adressait à l'éditeur son ami des éloges hyperboliques. Lorsqu'une nouvelle édition parut à Londres, deux ans après (1695), la pièce de vers précédente était remplacée par une autre semblable du même auteur et à la même adresse; mais en outre, chose plus digne d'intérêt, l'édition de 1695 était augmentée du petit traité de la phthisie indiqué plus haut, d'un autre sur la goutte (De Podagra) et de quelques additions faites çà et là et de moindre importance. Le titre était ainsi modifié : Processus integri.., y una cum plurimis observatu dignis, necnçn de phthisi tractatulo nunquam antehac edito (i).
Les Processus integri avaient été réputés longtemps le seul ouvrage posthume de Sydenham lorsqu'en 1763, un article de la Biographia britannica vint appeler l'attention du public sur un manuscrit ayant appartenu à l'évêque More et intitulé : Theologia rationalisa by D" Thomas Sydenham (T. R. par le D^ T. S.). L'auteur ajoutait qu'à
(i) Ibid., p. zziv.
cette heure ce manuscrit était probablement la propriété de la Bibliothèque de l'Université de Cambridge (i). C'est là en effet que l'a retrouvé le D' Latham : celui-ci l'a publié pour la première fois dans le second volume de sa traduction anglaise des œuvres de Sydenham (pp. 307 et seqq.). Le manuscrit est en anglais, et d'une époque postérieure à celle du grand clinicien ; il ne contient aucune indication sur son histoire ou son authenticité. Nous sommes donc obligé de demeurer dans le doute sur l'origine de cette œuvre, qui d'ailleurs n'a rien de médical. L'existence de Dieu et sts perfections prouvées par la beauté et l'ordre qui régnent partout dans l'univers, l'excellence de l'âme humaine et son immortalité, les devoirs de l'homme envers Dieu, telles sont les considérations principales, prises du point de vue moral, que renferme cet écrit.
Aux qualités intellectuelles d'ordre supérieur que manifestent ses œuvres, Sydenham joignait de rares qualités morales. Comme l'a dit l'un de ses contemporains, Pechey, a une veine de sincérité coule au travers de ses œuvres (2). » Et il ajoute plus loin : « Il était religieux, loyal, instruit, d'un jugement solide, d'une honnêteté sans alliage (3). » Le D' Emeric, qui l'avait connu personnellement à Montpellier, donne aussi de lui un excellent témoignage. « C'était un homme d'un grand jugement et d'une probité reconnue {4). »
Sydenham, en eflfet, avait un caractère plein de fran-
(i) Andrew Kippi», Biographia Britannica, i. VI, part. I, p. 3879, London, 1747-1763. — (2) Thewhole works of.,. Th. Syd., 5 éd., p. m, 171a. — (3) Ibid.. p. IV. — (4) Cf. P. Desault, Dissertation sur la Phthisie, p. 338, Paris, 1738.
chise et de bienveillance. Nous savons comment André Browne venu d'Ecosse pour lui proposer ses doutes sur une question médicale avait fini par passer plusieurs mois en sa compagnie. Un jour le D' Molyneux, ami de Locke, ayant appris le degré d'intimité qui régnait entre Locke et Sydenham, avait voulu lier connaissance avec ce dernier. Il en écrivit un jour par occasion à Locke après la mort de Sydenham. « Je lui trouvai, » dit-il, « une telle finesse d'observation des malades, une habileté si achevée dans la science pratique de sa profession, et avec cela une nature si communicative, que mes rapports avec lui me firent le plus grand bi^n (i). » Au reste, si l'on s'en rapporte à une anecdote racontée par le D^ Paris, ce caractère franc ne l'empêchait pas de recourir au besoin, dans l'intérêt de ses malades, à d'innocents stratagèmes (2).
(i) The Works of John Locke, in tcn volumes, 10 éd., t. IX, p. 459, London, 1801.— (2) Voici cette anecdote en substance. Sydenham avait soigné longtemps et sans succès un riche gentilhomme; il finit un jour par lui déclarer qu'il ne pouvait plus rien pour sa guérison et l'engagea à aller consulter en Ecosse, à Inverness, un médecin très habile nommé Robinson. Le gentilhomme part, muni d'une lettre de recommandation de Sydenham et d'une note détaillée sur sa maladie. Il arrive à Inverness, y cherche en vain le D^ Robinson : personne ne se souvenait d'avoir jamais vu un médecin de ce nom. De retour auprès de Sydenham, il lui exprime en termes très vifs combien il est indigné d'avoir fait un voyage de quelques centaines de milles sans aucun résultat. « Bien, dit Sydenham; vous portezvous mieux, maintenant i — Oui, répond le gentilhomme, je me porte tout à fait bien, à présent, mais ce n'est pas à vous que je dois des remerciements. — Certes non, dit Sydenham, mais vous pouvez faire honneur de votre cure au D' Robinson. Mon intention était de vous fournir un but de voyage; or, en allant vous songiez aux cures merveilleuses du D' Robinson, et en revenant, vous ne songiez qu'à me gronder. » (Cf. S. A. Paris, Pharmacoh. gia^ 6 éd., 1. 1, p. 65. London, iSiS).
Celui qui possédait à un degré si rare les qualités de bon sens et d'observation exquise qui l'ont fait surnommer l'Hippocrate moderne était le type achevé du médecin tel que le décrivit autrefois le Divin vieillard. Maints endroits de ses livres témoignent d'une grande piété/ et il prononce toujours le nom de Dieu avec une profonde vénération. Nous avons déjà cité ce beau passage par lequel débutait la préface de son premier ouvrage ; il serait fecile d'apporter des exemples de même genre. Il avait de la médecine l'idée la plus relevée, et il était plein d'enthousiasme pour elle. «L'art de la médecine, » dit-il, « lorsqu'il est vraiment un art, est le plus précieux de tous les dons d'ici-bas, et il est autant 'au-dessus d'eux que la vie est au-dessus de tous les biens dont elle nous apporte la jouissance (i). » Son dévouement pour le prochain, son désir de le soulager étaient à la hauteur de cet enthousiasme. « Si mes cruelles douleurs, » disait-il, « si l'impossibilité de me mouvoir et tous les autres maux du corps dont j'ai été affligé pour la plus grande part de ma vie et qui m'ont entravé si souvent dans l'exercice de ma profession, au détriment de mes affaires domestiques ; si tout cela, dis-je, aboutit à procurer aux autres du repos et le soulagement de leurs douleurs, j'estimerai, au moment d'entrer dans l'autre monde, que j'ai déjà reçu une récompense des misères que j'ai souffertes dans ' celui-ci » (2). Et ailleurs : « Au dernier jour de ma vie, je pourrai me donner ce témoignage que non seulement j'ai travaillé avec une sincérité parfaite et un soin achevé à la guérison de
(i) Opéra, cd. Gr., p. 345. — (2) Ibid., p. 454.
tous les malades qui se sont confiés à mes soins, quelle que fût leur condition, n'en traitant aucun autrement que je n'aurais voulu être traité moi-même, si j'avais été à leur place ; mais encore, que dans la faible mesure de mon talent, je me suis appliqué de toutes les forces de mon intelligence -à laisser à mes successeurs une méthode de traitement des maladies plus certaine : bien persuadé que le moindre progrès dans ce genre de connaissance, ne servirait-il qu'à nous apprendre la guérison des maux de dents ou celle des cors aux pieds, serait d'un bien plus grand prix qu'une science superficielle ou que les vaines subtilités des théories les plus séduisantes : car celles-ci ne servent peut-être pas davantage au médecin pour guérir ses malades, qu'il ne sert à un architecte d'être excellent musicien pour construire un édifice (i). » Un jour il eut à traiter un pauvre homme de son voisinage qui souffrait beaucoup d'une colique bilieuse; il avait essayé vainement l'usage des narcotiques. « J'eus pitié de ce pauvre homme, » dit-il, « et de la misère où son mal l'avait réduit; et je lui prêtai un de mes chevaux pour qu'il fît de longues courses (2). » Nous avons vu quelle était sa modestie. Lorsqu'il écrivit à Paman sur son dessein de composer une histoire des maladies chroniques, il s'efirayait des difficultés d'une semblable tâche, « surtout pour moi, » dit-il, « qui suis trop dépourvu de cette habileté et de cette pénétration d'esprit qui seraient ici de rigoureuse nécessité (3). » Et celui qui s'exprime ainsi est l'auteur du Traité de la goutte, a cette merveilleuse monographie, » dit Trousseau, « à
(i) Ibid., p. 1 16. - (2) Ibid., p. 198. — (3) Ibid., p. 307.
— io6 — la fois si courte et si complète (i) ! » l'auteur du Traité de l'afFection hystérique, « chef-d'œuvre admirable d'observation et de médecine pratique, » que Trousseau et Pidoux regardaient « comme un des plus beaux titres de gloire de ce grand observateur (2). »
Il étaitindiflFérentauxhonneursetàlarenommée. Depuis environ seize ans, il exerçait à Londres avec le plus grand succès, lorsqu'il se fit recevoir docteur en médecine. « Je n'ambitionne pas, » dit il, « le titre de philosophe ; et quant à ceux qui se flattent d'y avoir droit, s'ils peuvent me jeter le blâme parce que je ne me suis pas efforcé d'approfondir des questions si mystérieuse » — il faisait allusion à l'échéance variable des accès paludéens, — « je les prie d'attendre, pour faire le procès des autres, qu'ils aient appliqué leur talent d'observation à l'étude de certaines œuvres que la nature nous met partout sous les yeux. Je me plairai à leur demander pourquoi le cheval arrive à son développement complet à l'âge de sept ans ; l'homme à celui de vingt et un ans ; pourquoi parmi les plantes, cette espèce fleurit en mai, cette autre en juin, cette autre en un moment différent de l'année. Je pourrais leur poser ainsi des questions infinies. Si donc les plus savants ne laissent pas d'avouer là-dessus leur ignorance, pourquoi me faire un crime de la réserve que j'apporte dans une question non moins diflicile, peut-être même inexplicable, celle de la genèse des accès intermittents (3) ? » Que de fois Sydenham exprime une semblable idée ! Ce n'est pas à dire qu'il ne proposât
(i) Clin, méd., éd. cit., t. III, p. 317. — (2) Traité de thérap. et de mat, méd,, 9, éd., 1. 1, p. 101. Paris, 1877. — (3) Opéra, éd. Gr., pp. 69-70.
jamais d'h3T)othèses ; on le lui a même reproché. Mais il serait injuste de leur donner plus d'importance qu'il n'en donnait lui-même : or il répète souvent qu'il faut les prendre pour ce qu'elles valent, et que, pour son propre compte, il n'y tient pas.
Théophile Bordeu, dans un charmant parallèle, a rapproché Barbe)n:ac et Sydenham : « On a dit qu'ils se res- . semblaient par leur physionomie autant que par leurs mœurs douces, honnêtes, simples et pleines de candeur : ilç étaient l'un et l'autre gentilshommes et avaient apporté dans l'exercice de leur profession, qu'ils faisaient par goût et non par nécessité, la noblesse de leur extraction : ils surent l'un et l'autre réduire la médecine à sa plus grande simplicité et en saisir, pour ainsi dire, le plus pur esprit, au milieu des querelles et des factions excitées par l'ardeur des
chimistes et les curieuses recherches des théoriciens
ils n'étaient pas savants... mais ils étaient sages (i). »
Sydenham dans ses œuvres respecte profondément la vérité : toujours il est sincère. Il est probable que, sans son propre aveu, nous ne connaîtrions pas sa fuite de Londres au plus fort de la peste de 1665 : seule tache dans cette belle vie de médecin. Sa simplicité l'éloignait invinciblement du charlatanisme même sous ses formes les moins avouées. C'est ainsi qu'il accuse « ces remèdes pompeux qu'on accumule sur la tête des moribonds, de la même façon qu'on enguirlande un animal qu'on va bientôt immoler (2). » Il improuve même « certaine femmes de qualité dont la bienveillance et la charité seraient mieux employées à nourrir les pauyres qu'à les
(1) [Th. Bordeu] Rech. sur qq. points (Vhist. de la méd,..^ t. I, pp. 237-8, Paris, 1764.— (2} O/erâ, éd. Gr«, p. 3oi.
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médicamenter (i). » Il ne cache pas davantage son aversion pour les clinica muliercula qui, sous prétexte de combattre la malignité, écrasaient les malheureux patients sous le poids des couvertures (2).
Bien que Sydenham professât la religion protestante, il savait néanmoins reconnaître les bons procédés de ses confrères de religions diftérentes. Il avait dédié à un protestant son grand ouvrage des maladies aiguës; si la mort lui en eût laissé le temps, il aurait fait hommage de son histoire des maladies chroniques à Thomas Short, catholique romain.
(i) Ibid., p. 246. — (2) Ibid., p. i52, nota, col» 2.