CHAPITRE PREMIER
La famille qui produisit l’illustre Sydenham était fixée depuis bien longtemps au sol de l'Angleterre. Aussi loin que les parchemins permettent de remonter dans la série des âges, c’est d’une petite localité appelée Sydenham et située près de Bridgewater, dans le comté de Somerset, qu'elle tira son nom, et Jean de Sydenham, marié sous le règne de Henri III à l’héritière des Kitsford, en devint la souche ; il en sortit plusieurs branches. Le troisième descendant de la branche aînée, Jean, fils aîné de Roger, n'ayant laissé aucun mâle, sa fille unique apporta la propriété de Sydenham à la famille des Caves. Quant à Richard, le second fils de Roger, il alla se fixer à Combe-Sydenham, dans l’ouest du comté de Somerset. A la troisième génération de cette branche ainsi devenue la première, Jean Sydenham, écuyer du comté, se maria à Jeanne, fille et héritière de Jean Sturton, écuyer de Brimpton, et désormais la branche aînée prit le nom de Sydenham de Brimpton. Le troisième fils de Jean Sydenham, Richard, dit de Aller dans le comté de Somerset, avait eu trois enfants; Thomas, le plus jeune, alla s'établir en 1544 à Winford Eagle, dans le Dor-
setshire, l’un des comtés voisins, où il acheta un do-
maine et des droits seigneuriaux (1) : il fut le chef de la branche cadette, d’où devait sortir Thomas Sydenham, le grand praticien (2).
La famille de Sydenham jouissait d’une très honorable fortune ; à partir de son origine, plusieurs héritières étaient entrées successivement dans son alliance (3). Thomas, le chef de la branche du comté de Dorset, après y avoir acheté de lord Souch le domaine de « Winfred Eagle (4), » paya, l’année suivante, de plus de quatre livres sterling une ferme et un manoir qui avaient appartenu autrefois à l’abbaye de Cerne. Plus tard, sous le règne d’Elisabeth, il devint acquéreur d’un parc appelé Winford, étendu de 160 acres, sans parler de plusieurs autres acquisitions domaniales de réelle importance (5).
Plusieurs membres de cette grande famille avaient eté chargés d'importantes fonctions. Richard, de Combe- Sydenham, avait été nommé juge des plaids-communs, la onzième année du règne de Richard II. Simon, second fils de Richard, avait été successivement archidiacre de Sarum et de Bercks, doyen, puis évêque de Chichester en 1403; il fut envoyé en qualité d’ambassadeur par le roi Henri à la cour de Germanie. Georges, le plus jeune frère de Richard de Aller, fut archidiacre de Salisbury et chapelain des roist Henri VII et Henri VII (6).
Enfin la plupart des Sydenham avaient tenu le rang
(1) J. Hutchins, The History of antiquities of the county of Dorset, t. I, p. 526, London, 1774. — (2) V. sur la généalogie de Sydenham : J. Burke and J.-B. Burke, À genealogical and heraldic history of the extinct ant dormant baronetcies of England, pp- 514-6, London, 1838. — (3) Ibid. — (4) Coker, À Survey of Dorsetshire, pp. 62-3, London, 1632.— (5) Hutchins, loc. cit.—(6) Burke
En d’écuyer (1). W. Berry, dans son beau dictionnaire héraldique (2), nous a donné le détail de leurs armes ; et Coker, historien du Dorsetshire, a figuré et décrit celles de Thomas, le bisaïeul du praticien : D’argent, à trois béliers passant de sable. Une molette (3).
Il faut descendre jusqu’à la troisième génération de la branche cadette du Dorsetshire pour rencontrer le nom de Thomas le médecin. Guillaume, son père, marié vers 1611 à Jeanne, fille de Jean Jeffery de Coltherston (comté de Dorset), en eut plusieurs enfants, au nombre desquels on remarque deux frères et trois: sœurs de
Thomas : Guillaume et François; Marie, Elisabeth et Marthe (4).
Ce fut en 1624, dans le domaine patrimonial de
(J. and J.-B.), loc. cit. — (1) Dès longtemps. la société anglaise se partageait en cinq classes : les pairs du royaume (peers), les baronnets (baronets), les écuyers (esquires), les gentilshommes (gentlemen), et les bourgeois (commoners). — Sous Charles Ier, les Sydenhams de Brimpton devaient s'élever d’un rang. Le 28 juillet 1641, un des membres de cette branche, Jean Sydenham, reçut du roi le titre de baronnet. Il prit pour armes : D’argent, à trois béliers passant de sable. Cimier : une tête de bélier détachée de sable accornée d’argent. (Cf. J.-B. Rietstap, Armorial général, 2e éd., t. II, p. 874, Gouda, 1887). — Cette maison s’éteignit le 16 octobre 1739, dans la personne de sir Philippe Sydenham, le troisième baronnet. — Ce sont là, sans doute, les armes que la Société de Sydenham a fait graver en tête de ses publications. — (2) Encyclopædia heraldica, t. 1, p. 234;t. IL, art. Syd., London [1828-40]. — (3) Coker, op. cit., Plate 8, num. 140. — La molette, ou roue d’éperon, sert à distinguer les fils de troisième maison. Celle qui est figurée dans les armes de Thomas Sydenham est non colletée, c’est-à-dire dépourvue de sa tige. — (4) Burke (J.and J-B.), loc. cit., p.515. —R. G. Latham (7he Life of Sydenham, p, x1v, in The Works of Th. Syd., translated from the latin edition of Dr Greenhill, t. [, London, 1848), croit pouvoir citer, d’après le Registre des Baptêmes, les noms de plusieurs autres fils de Guillaume Sydenham : Jean (né en 1621), Jean (1626), Georges (1629), Natha-
es Winford Eagle que naquit Sydenham (1). Comment s’écoulèrent les années de sa première jeunesse, nous l’'ignorons absolument ; mais le développement harmonieux de ses talents naturels, et la condition heureuse de sa famille permettent de supposer qu’il jouit alors de tous les avantages d’une bonne éducation et qu’il sut les mettre à profit.
Lorsqu'il eut atteint l’âge de dix-sept ans (2), ses parents songèrent à le faire instruire des sept arts libéraux. Deux universités également célèbres se partageaient alors en Angleterre le haut enseignement : nées au treizième siècle, les écoles d'Oxford et de Cambridge, parmi tant d’autres universités rivales, supportaient dignement, aux yeux de l’Europe, le fardeau d’une réputation plusieurs fois séculaire. Les écoles de. Cambridge avaient existé en germe dans le Collège de Saint-Pierre fondé en 1284 par Hugues de Balsham, évêque d’Ely (3); celles d'Oxford avaient eu pour berceau le Collège de PUniversité fondé ou restauré en 1249 par Guillaume, archidiacre de Durham (4). Encore faudrait-il remonter au delà de ces origines pour ainsi dire officielles. On rapporte qu’en 1229, sous Henri II, il y avait à Oxford plus de mille étudiants français. Après cette période des
niel (1630) et Richard (1634). — (1) M. Burrows, The Register of the visitors of the University of Oxford, from A. D. 1647 to A. D. 1658..., p. 566. Printed for the Camden Society [London], 1881. — (2) Et non pas de dix-huit. A. Wood (Athenæ oxo nienses.… from À. D. 1500 to. november 10605, to which are added the Fasti, or annals of the said University to the year 1690... The second edition, t. Il, col. 839, London, 1721), parle de « dixhuit ans ou à peu près. Mais Burrows (loc. cit.) vient de décider la question. — (3) Cf. C.-H. Cooper, Memorials of Cambridge …, t. I, p. 3, Cambridge [1860]. — (4) Cf. A. Wood, Historia et antiquitates Universitatis oxoniensis, initio, Oxonii, 1674-5.