‹ Thomas Sydenham: Sa vie et ses œuvresChapitre 10 sur 22 · RE PS · texte numérisé non relu

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étudiants libres ou martinets, « des hôtels nombreux » se formèrent « sous la surveillance d’un principal, élu par les étudiants (1). Wood rapporte qu’il y en eut plus de 300 à Oxford. On les appela d’abord des Hospitia ; puis leur nom changea, ils devinrent les Halls aulæ (2). Les Collèges proprement dits s’y ajoutèrentet finirent par les remplacer pour la plupart. « Dès lors, ce qu’on appela un collège fut une société se gouvernant elle-même, et se perpétuant par une succession indéfinie...., pourvue d’une dotation de charité, et destinée principalement à entretenir les étudiants (3). » Les associations d'Oxford et de Cambridge avaient été, dès leur origine, des associations indépendantes ; mais peu à peu elles finirent par subir linfluence du pouvoir public en acceptant ses bienfaits.

Thomas fut envoyé à l’Université d'Oxford, peut-être parce qu'elle était beaucoup plus voisine de son pays natal. Déjà son frère aîné Guillaume y avait fait son entrée en se faisant admettre, en qualité de gentilhomme pensionnaire (gentleman commoner) (4), au collège de la Trinité. Thomas se présenta au Hall de Madeleine (Magdalen Hall. — Aula B. Mariæ Magdalenæ) (5).

C'était aussi une sorte d’internat : aucun membre de

{1) J. Demogeot et H. Montucci, De l’enseignement supérieur en Angleterre et en Ecosse, p. 7, Paris, 1870. — (2) Wood, Historia, lib. 11, p. 338. — (3) Demogeot et Montucci, De l'enseig., p. 8. — (4) Avec le progrès des temps, la classe des pensionnaires (commoners) était venue s’ajouter, dans les collèges, à celle des agrégés (fellows) qui étaient à l’origine de véritables étudiants, et à celle des écoliers (scholars), sorte de boursiers. Les pensionnaires se divisaient en trois catégories : les nobles (roblemen), les gentilshommes (gentlemen commoners), et les simples pensionnaires (commoners). — (5) Il faut distinguer le Hall de Madeleine

de PUniversité ne pouvait prendre ses repas ni son logis dans les maisons privées (1). Sydenham y entra à la session de la Saint-Jean (Midsummer Term), c’est-à-dire à la fin de l’année scolaire (2). L'étude des arts, — Îles lettres d'aujourd'hui, — durait sept ans, « et les études spéciales des facultés supérieures (théologie, droit civil et canon, médecine) se prolongeaient en général deux fois autant (3). » Mais les études littéraires de Thomas ne tardèrent pas à être interrompues. La guerre avait fini par éclater entre Charles I et son Parlement. Le roi avait dû quitter Londres ; après la bataille d’Egde-Hill (23 oct. 1642) il se rendit avec toute son armée à Oxford, car, ainsi que l’a dit Guizot après l’historien anglais Clarendon, c'était « des grandes villes du royaume la plus dévouée à sa cause (4). » Cette fidélité au roi devait être imputée aux soins de l’Université. Depuis le 18 août précédent, ses membres, au nombre d’environ 400, s’exerçaient au combat avec le mème succès que s’il

du collège de ce nom (Magdalen College). Celui-ci avait été fondé en 1458 par Guillaume de Waynfleet, évêque de Winton. Ce bon vieillard voyant que le collège ne suffisait pas à contenir la jeunesse du voisinage, fit bâtir une école de grammaire qui devait en être la succursale. Cette aula grammatica fut achevée en 1480, au bout de deux ans. (Wood, Historia, lib. II, p. 370). En 1602, elle devint un établissement indépendant, sous le titre d'Aula B. M. Magdalenæ. — (1) Statuta oxoniensia, tit. IL, sect. 3, 1634. On imprima plus tard, sous le titre qui avait été donné au parchemin original, le Corpus statutorum universitatis oxoniensis, Oxonii, 1708. — (2) À cette époque, l’année scolaire, à Oxford, était partagée en quatre périodes de travail (ferms) séparées par autant de périodes de repos (vacations); elle s'ouvrait le 8 octobre; le dernier terme commençait le mercredi après le dimanche de la Trinité et se terminait à une époque variable suivantles actes. (G.-R.-M. Ward., Oxford University Statutes, translated, t. [, p. 7, London, 1845). — (3) Demogeot et Montucci, De l’enseign., p.10. — (4) F. Guiïzot, Charles Ier et la Révolution,

À se fût agi de vétérans (1). Enfin « dès le commencement des troubles, elle lui avait envoyé plus de r0,000 livres sterling, tant des fonds de plusieurs collèges que des bourses des particuliers (2). »

Charles I ne manqua pas de tirer parti de dispositions aussi favorables. Après avoir fait d'Oxford son quartier général, il transforma par un édit du 1$ décembre le nouveau collège (collegium novum) en arsenal. Au commencement du mois de juin de l’année suivante, l’instruction militaire des étudiants était terminée, et les togati, distribués en cohortes, pouvaient être incorporés à l'armée du roi (3).

Mais les Sydenhams du comté de Dorset, aussi bien que le comté lui-même, avaient embrassé la cause du Par. lement. À défaut de preuves antécédentes, l’histoire des événements qui suivirent l’a surabondamment prouve. Vers le milieu de l’année 1644, la mère de Thomas Sydenham devait être assassinée en haine de la cause des Parlementariens, par un soldat de l’armée royale (4). François, lun de ses frères, major dans l’armée du Parlement, devait subir le même sort quelques mois plus tard (5). Quant à son frère aîné Guillaume, on ne peut ouvrir aucune des histoires de ce temps, sans trouver son nom mêlé à la plupart des événements politiques de

5e éd., t. 1, p. 383, Paris, 1854. — (1) Wood, Historia, lib. I, p. 353. — (2) Edward, comte de Clarendon, Hist. de la réb. et des guerres civ. d'Ang. depuis 1041 jusqu'au rétab. du roi Charles IT, t. Ill, p. 163, La Haye, 1704 — (3) Wood, Historia, lib. I, pp. 358-9. — (4) B. Whitelock, Memorials of the english affairs : or an historical account of what passed from the beginning of the Reign of King Charles the first to King Charles the second his happy Restauration, a new ed., p. 116, London, 1732. — (5) Latham (The Life, p. xvir) cite, à l’appui, le Registre des sépul-

LARIEE quelque importance, qui s’écoulèrent depuis le début de la guerre civile jusqu’à l’avénement de Charles IL (x). Dès le 16 avril 1643, il était nommé capitaine du chàteau de Sandford et de la garnison de Weymouth, dans l’armée du Parlement ; le 16 décembre il devint colonel d’un régiment de cavalerie de 500 hommes; le 28 juin 1644, avec le même grade, il prit sous ses ordres un régiment d'infanterie de 1000 hommes, avec le gouvernement de Weymouth ; puis il devint successivement gouverneur de l’île de Wight (juillet 1649), viceamiral de cette île et de Hampshire (la même année). Appelé au Parlement pour y représenter le comté de Dorset (1653),-il s’y montra partisan zélé de la politique d'Olivier Cromwell, et celui-ci, devenu Protecteur, le nomma commissaire de l’Echiquier et membre de son Conseil privé : le colonel Sydenham (ainsi le nomment les historiens de ce temps) fut désormais au nombre de ses favoris. En 1656, le Protecteur le nomma Grand- Maître des Forêts de l'ile de Wight. Deux ans après, il siégeait parmi les soixante Pairs du Parlement. À la mort d'Olivier Cromwell, le parti de l’armée, connu sous le nom de Wallingford-House avait élevé Richard son fils au protectorat, dans l'espérance de gouverner tout à sa fantaisie. Le colonel Sydenham était un des principaux

tures de Winford Eagle. — (1) Nous devons citer en particulier les auteurs suivants : Whitelock, op. cit., pp. 134, 403, 507, 631, 654, 666, 675, 678, 680, 685, 603 ; — Mémoires de Ludlow [publiés par F: Guizot], t. I, p. 170; t. U, pp. 226, 234, 255, 322, 426, 454, 460, 521,533, 535. Paris, 1823. — On trouve un bon résumé des états de services de G. Sydenham, dans : Wood, Athenæ, t. If, col. 841; — À general Dictionary historical and critical. by JB. Bernard, T. Birch, J. Lockman, t. 1X, p. 458, London,

chefs de ce parti : Richard durant les onze mois de son protectorat, lui continua les bonnes grâces de son père ; il l’appela à la Chambre, le nomma membre du Conseil d'Etat (mai 1659), puis membre de la Commission des Dix, prise dans le Conseil, et à qui fut confié le soin d’aviser aux moyens convenables de conduire les affaires et le gouvernement.

Or Thomas Sydenham partageait absolument le républicanisme de sa famille.

« C'était une tête ronde, dans une famille de têtes rondes (1). » Le privilège dont il fut l’objet à l’occasion de la visite de l’Université d'Oxford par les délégués du Parlement en 1648, était surtout la reconnaissance des services militaires rendus par son frère aîné à la cause des révoltés. Aussi est-il probable que lorsque, à Oxford, maîtres et écoliers s’exerçaient « pugna umbratili, sed ad seria ducenti (2), » Thomas s'était éloigné déjà de l'Université. L'histoire ne nous a légué de sa vie militaire que l’anecdote suivante publiée deux ans après sa mort, par André Browne qui l’avait « apprise de sa propre bouche; elle appartient au temps de ces luttes civiles où Thomas remplissait les fonctions de capitaine. Une nuit, retiré dans son logis, à Londres, il se préparait à se coucher; déjà même il avait quitté ses vêtements, lorsqu'un camarade ivre et furieux, un soldat, habitant sans doute le même logis, entra dans sa chambre, et saisissant d’une main le devant de la chemise de Thomas, de l’autre déchargea dans son sein un pistolet armé, mais, Ô merveille! sans lui faire aucun mal!

(1)H.-R.-F, Bourne, The Life of John Locke, t.I,p. 213. London, 1876. — (2) Wood, Historia, lib. I, p. 354.

Chose étrange : le bouclier si étroit que formait la main du soldat avait protégé la poitrine de Sydenham. Par un effet admirable de la providence divine, cette main chancelante, en saisissant la chemise, s’était placée dans une position telle que le tranchant de la main et tous les os du métacarpe formaient une ligne droite, du canon du pistolet à la poitrine de Thomas : ainsi la balle, ne déclinant ni d’un côté ni de l’autre, mais poursuivant son trajet droit au travers des os, avait perdu sa force en les forant, et était tombée à ses pieds (1). »

Ce fut encore à Londres, en 1645, qu'il survint à Sydenham un événement qui décida heureusement de sa vie, et qu’il nous a raconté. Son frère aîné, le colonel Sydenham était tombé malade; retiré à Londres, quartier-général de l’armée du Parlement, il avait fait appeler auprès de lui le docteur Thomas Coxe, médecin de cette armée. Thomas Sydenham rencontra celui-ci au cours d’une de ses visites : « Le hasard, » dit-il, « me mit en présence d’un homme très instruit et fort honnête, M. le docteur Thomas Coxe, qui donnait ses soins à mon frère; dès cette époque, il exerçait la médecine avec une grande notoriété. Cet homme, plein de bonté et d’une politesse exquise, me demanda avec intérêt à quelle profession j'allais me destiner, au moment de reprendre mes études. J'étais dans l'incertitude, et

(1) Andrew Browne, À vindicatory schedule concerning the new cure of Fevers… Edinburgh, 1691. — Le Dr John Brown y a découvert cette anecdote et l’a reproduite en 1858.(Voir Horæ subsecivæ.… new ed., First series, p. 234. Edinburgh, 1885). Elle avait été imprimée déjà, mais avec quelques variantes, par J.-C. Lettsom dans The Gentleman's Magazine, for August, 1801, p. 684; Lettsom l'avait trouvée dans une copie manuscrite de la Méthode de Syden-

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