VIF, DE TI10UVALDSEN. I
ne permettent à aucun œil profane d’v porter des repartis indiscrets. Les termes de ces lettres, si passionnés qu’ils soient, ne donnent d'autres témoignages compromettants que la preuve d’nn de ces amours ardents, d'où s’écliappenf , avec une évidente vérité, ces cris du cœur, ces élans de l’Aine qu’il ne faut pas aller chercher dans les liaisons vulgaires. « Avec quelle joie je me souviens des heures délicieuses où mon cœur s’est tout entier donné à mou cher Alberto, où sou cœur s’est également donné à moi ! » Ailleurs : « Notre amour est tout mon bonheur, je n’en souhaite aucun autre sur lu terre. » Puis euenre : « Ma dernière peusée, le dernier acte de ma vie, sera une prière pour vous. » El quand il fallut se séparer : « Pourriez-vous me quitter comme une indifférente? Cela serait impossible ! »
Thorvaldsen aimait aussi , et « pendant quelque temps il ne fut plus, dit M. Thiele, que le satellite de cet astre radieux d’amour. »
Cependant on lui écrivait d’Ecosse, en ce temps-là même, qu’on s'attendait à voir arriver prochainement le sculpteur et sa fiancée. Pauvre miss Mackenzie, comme elle était alors négligée! L’artiste donnait de mauvaises raisons pour expliquer la rareté et l’irrégularité de ses visites. Ces excuses furent d'abord acceptées. On a tant de peine à renoncer à son rêve de bonheur, on se trompe si facilement soi-même pour se rattacher à l’illusion qui charme !
Malheureusement, Thorvaldsen ne mettait pas beaucoup de mystère à sa conduite. L’objet de son amour demeurait précisément en face de la maison qu’habitait l’Ëcossaise, et la pauvre délaissée put voir l'artiste se rendre chaque jour chez su rivale ; elle put compter les heures de leurs tête-à-tête, et les mesurer aux longues heures de son triste abandon !
M iss Mackenzie supporta son chagrin en silence, elle but le calice sans se plaindre, cl ce fut un objet de compassion pour ceux-là mêmes qui n’auraient pas voulu la voir devenir la femme de l’artiste. Enfin, une grande dame anglaise, également liée avec l’une et avec l’autre, crut devoir intervenir et demander à Thorvaldsen une déclaration formelle de ses intentions. A la suite de cette entrevue, miss Mackenzie quitta Itnme le 5 mai 18K).
w; PREMIÈRE PARTIE.
De Florence, elle écrivit au sculpteur plusieurs lettres dignes et sérieuses, d’un accent vraiment touchant, dans lesquelles elle lui reprochait et lui pardonnait chrétiennement la légèreté de sa conduite. <> Si vous jouissez de tout le bien que je vous souhaite, dit-elle, vous aurez plus de bonheur que je n’aurais pu vous eu donner dans les jours les plus heureux de notre union. — Adieu ! »
Celle qui venait d’écrire ces lignes se rendit bientôt en Suisse, n’osant pas reparaître eu Angleterre, où son mariage avait été annoncé dans les gazettes.
A plusieurs années de là, en 1820, Thorvaldsen se trouvait à Home, dans une soirée. 11 feuilletait des albums et causait gaiement. Deux dames entrent dans le salon. Il reste muet et pâlit. L’une d’elles était miss Mackenzie. L’artiste disparut aussitôt.
Cependant, en 1837, miss Mackenzie revint encore à Home. De longues années s’ étaient écoulées et avaieut apporté quelque adoucissement à l’amertume de ce souvenir. Les démarches d’amis communs amenèrent une réconciliation complète, et il ne resta plus entre eux qu’une liaison fondée sur la simple amitié. Miss Mackenzie mourut à Home le 24 février 1840 \
8i nous revenons au temps qui nous occupe en ce moment, nous devons dire que Thorvaldsen fut vivement affecté du mal qu’il venait de faire à la pauvre tille, dont les lettres le touchèrent profondément. Ces regrets curent pour résultat de précipiter le démodulent de sa liaison avec la belle Viennoise, car cherchant à se dérober aux difficultés d’une situation fausse, il ne tarda pas à mettre à exécution son projet de voyage en Danemark. L’artiste quitta Home le 14 juillet 1810, pour retourner dans sa patrie.
Depuis cette époque, Thorvaldsen semble être libre de toute chaîne. Anna-Maria elle-même ne parait plus dans sa vie, et bien que nous manquions de documents précis à cet égard, nous sommes porté à croire qu’il s’était séparé d’elle avant de partir de Home. 11 lui assura d’ailleurs des moyens d’existence, et ne perdit pas de vue son enfant.
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