VIE DE TH OR VAL DS EN
Thorvaldsen modela en 1821 le buste du futur roi de Bavière, et en échange celui-ci lui promit son portrait. Avant le départ de son royal ami, le sculpteur lui douna, chez la signoru Buti, une grande fête d'artistes à laquelle le prince prit un vif plaisir. On peut en juger par la lettre qu’il écrivit dès son retour à Munich :
« N’ymphcnbourg, près do Munich, 15 mai 1821.
« Monsieur le conseiller d’Etat!... Non... ce n’est pas cela... Cher, bon et grand Thorvaldsen ! car les rois sont impuissants à donner ce que dit ce nom. Longtemps après que la gloire militaire, cette gloire sanguinaire, a cessé de faire son fracas, le nom du grand artiste vit encore, pur, sublime, béni du ciel, et ses œuvres immortelles engendrent éternellement d’autres œuvres.
a Les dernières heures que j’ai passées à Borne ont été embellies par la bonne fête que m’a donnée mon excellent Thorvaldsen. Mais les adieux n’en ont été que plus pénibles.
» Dites de ma part une foule de belles choses à l’excellente famille 1 Buti et à Nano. Ne m’oubliez pas auprès de la siguora Girometti, une vraie, très-vraie Domaine, ni auprès de l'aimable Moretta 1 .
depuis 1830. On connaît aussi sa liaison avec la belle Lola Montés. Rien que la favorite du vieux roi fit profession de libéralisme, son ingérence dans les a lia ires de l'État amena de nouvelles complications , et elle fut obligée de s’éloigner en février 18W. Le mois suivant (le 20 mars), le roi dut abdiquer en faveur de sou fils aîné Maximilien 11.
Le roi Louis, aujourd'hui octogénaire, s’occupe toujours de beaux-arts, et n’a pas cessé de proléger les artistes. On ne se souvient plus en Bavière que de la sage administration des finances pendant son règne, et l’on n’a pas oublié que c’est à ce prince qu’on doit le beau canal qui porte son notn, Ludwigskanal, et qui unit le Danube au Mein ; c'est aussi grâce à lui que la Bav ière a vu inaugurer le premier chemin de fer de l'Allemagne, celui de Nuremberg à Kurth, et Louis I" a reconquis depuis longtemps toute son ancienne popularité.
1 La lettre du prince est en allemand, sauf cette phrase : « Dite délia mia parte moite belle cose alla brava famiglia Ituli cd al Nano, e non dinicuticatemi presse la vera, la verissima Iloinana, la siguora Girometti, neppure presse Tamabilc Moretta. »
Même en allemand, le roi Louis a un style épistolaire à lui, et «pii est souvent aussi bizarre qu'original.
a J’ai fait le voyage en dix jours, pour que Rome me parût moins loin de chez moi. Je suis arrivé, et vous, hommes chéris et bons, vous êtes encore près de mon coeur.
a Je pars demain pour Würzbourg. Il se pourrait donc que mon portrait n’arrivât à Rome que l’hiver prochain. J’aime mieux que vous le receviez plus tard que de le recevoir en mauvaise condition, vous qui m’avez représenté vivant eu marbre, a Adieu, au revoir.
» LOUIS , prince royal , a faisant grand cas de mon Thorvaldsen. »
En 1822, le IG octobre, ce même prince lui écrit encore : e Cher bicn-aimé et grand Thorvaldsen, je suis très-aise d’apprendre que mon portrait peint vous est agréable. Quand vous le regarderez, rappelez-vous qu'il représente un homme qui, bien que sépare de vous par les Alpes et les Apennins, est cependant toujours près de vous par la pensée. »
Puis en finissant : <t Je souhaite vivement que le Niobide llionée soit restauré par vous, et qu'eusuite Adonis (le marbre) reçoive l' achèvement de votre main de maitre. Veuillez également ne pas oublier les bas-reliefs évangéliques 1 . Vous obligerez infiniment celui qui a pour vous la plus grande estime et l'affection la plus profonde. »
Ces hautes amitiés uc changèrent en rien le caractère de Thorvaldscn. Depuis son retour à Rome, il s’était remis à l’œuvre avec beaucoup de zèle, car il avait à exécuter non-seulement les importants travaux promis à sa patrie , mais encore ceux, non moins considérables, pour lesquels il venait de prendre des engagements en Allemagne. Le monument de Poniatowski, celui du prince Potocki, celui du feld-marèchal de Sehwarzenberg (demeuré pourtant à l’état d’ébauche), celui de Copernic, exigeaient un
1 Ces lias-reliefs doivent dire ceux que l'artiste entreprit de modeler en 1817 et <| ni représentent C Annonciation de fa Vierge et les Saintes Femmes au tombeau. Le prince voulait en placer les marbres dans une église qu'il se proposait dYle\er à Munich.
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vaste emplacement, et obligèrent Tliorvaldsen à installer encoie de nouveaux ateliers. Il avait du reste sous sa direction une véritable phalange d’élèves et de praticiens qui, suivant leurs talents, lui rendaient d'importants services ’. On ne s’étonnera pas qu’il ait dû appeler à son aide de nombreux auxiliaires, si l’on se rappelle que le inaitre travaillait en méiuc temps au Chris! , aux douze Afsôtres, au Sermon de saint Jean, à toutes ces grandes compositions, eu un mut, qui ornent aujourd’hui l’église de Notre-Dame à Copeuhague.
Chaque jour aussi amenait une commande nouvelle: tantôt c'était un buste, tantôt la reproduction de quelque œuvre antérieure. Il ne faut pas oublier non plus ces travaux spontanés, fruit d’une imagination féconde ou d’une fantaisie d'artiste.
La baronne de Keden, femme du ministre du roi de Hanovre à Home, lui écrit un jour : « La petite Albanaise dont je vous ai parlé chez le prince de Danemark vient d’arriver; elle sera chez moi jusqu'à quatre heures. Si vous désirez la voir, je me ferai un plaisir de vous la présenter. »
C’était une enfant de treize ans, d’une beauté extraordinaire, que le secrétaire de la légation de Hanovre avait vue en passant à cheval dans une rue d’Albano. Celle jeune fille, restée célèbre parmi les artistes, appartenait à une pauvre famille et se nommait Vittoria Cardoni. Tous les peintres, tous les sculpteurs, tentèrent de reproduire cctle beauté à la fois si pure, si admirable, et si étrange; mais, de leur commun aveu, personne n’y réussit pleinement, et Tliorvaldsen ne fut pus plus heureux que les autres. Cependant il se servit du joli buste qu’il modela d’après cette jeune
1 M. Thiele donne la liste de ceux qui le secondèrent à celte époque et dont quelques-uns devinrent eux-uiéuies des artistes renommés : Amadeo, Babone, Bardi. les frères Bienaitné, Bogazzi, Cali, Carlcsi, de Angelis, Ereole le Hongrois, Ferenezy, Ereund, Gaëti, Galli, Hermann (Joseph), Hofèr, Kautfmanu, Kessels, Landini. Lauuitz, I.eeh, Livi , Marchetti, Mareschalchi, Michclangvlo, Moglia, Moïse, Monti, Orlowski, Paccelli, Peltrich, Raggi , Hestaldi, Sauti, Schneider, Stephan te Hongrois , Tacca, Tanzi, les frères Tenerani, Varca, AYotff-
Voilà une phalange respectable déjà, bien qu’il se puisse faire que quelque nom soit oublié dans cette liste.
fille, pour une figure de femme qui fait partie du Sermon île saint Jean *.
Tliorvaldsen parait avoir été préoccupé de ses grands travaux religieux depuis sou départ de Copenhague : sur les débris d’uu portefeuille de voyage, on a retrouvé une foule de croquis, représentant des apôtres ou d'autres figures chrétiennes, soit que ces figures lui vinssent a l'imagination au moment même, soit qu'il en trouvât l’idée daus quelqu’une des œuvres étrangères observées durant son voyage.
A Rome il se livra ensuite à des études d’un ordre plus élevé, fit avec soin un grand nombre de dessins, et, dès les premiers mois de l’année 1821 , commença ses ébauches en argile. Après en avoir modelé plusieurs, il appela ses élèves à son aide : celui qui était désigné pour étudier une des figures prenait la petite ébauche eu terre, qui lui donnait le mouvement; il recevait des instructions précises pour le choix du modèle à faire poser, pour le jet de la draperie; le maitre venait surveiller, corriger le travail, le modifier, le reprendra, et c’est ainsi que tant de grands ouvrages pouvaient être menés d’ensemble avec une certaine rapidité.
Le Saint Paul avait été confié à un jeune artiste qui ne se trouva pas à la hauteur de celte mission , et le maître refit en entier le modèle. Uieuaimé l’alué, chargé d’étudier le Saint Pierre, avait mieux réussi à amener son ébauche au poiul voulu, (les deux apôtres sont incontestablement très-supérieurs à tous les autres.
Quand apres bien des essais Tliorvaldsen eut arrêté dans sa pensée l’altitude qu’il donnerait à son Christ, il admit Tcncruui à une certaine part de collaboration dans celte œuvre, mais uniquement pour étudier les détails de la figure. Plus lard, en modelant lui-même l'argile de grande dimension, le maître fut atteint d’une courbature, causée par la fraîcheur de l'atelier, et remit provisoirement la figure entre les mains de Tcnerani. Forcé d'interrompre un travail qui demandait une complète liberté d’action, il 11 e put cependant rester inactif, et il employa le temps
1 C’est la femme assise IJ tli lient un enfant.
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que dura celle indisposition à s’acquitter de sa promesse envers l’Académie des beaux-arts de Milan. Il composa le monument d'Appiani : le Génie de l’art chante la gloire du peintre, dont les Grâces déplorant la mort. Dès que Thorvaldscn fut rétabli , il reprit à lui seul la statue du (’.brist, dont il termina l'argile avec soin. Pendant ce temps, les Apôtres et le Sermon de saint Jean avançaient partiellement entra les mains de ses élèves 1 , de sorte qu’en 1822 cette œuvre complexe avait déjà fait de grands progrès , et qu'une pallie importante en avait été livrée au moulage.
Elle eut bientôt à subir les amères critiques de la jalousie; mais l’artiste parait ne pas s’en être inquiété. Encouragé par de sérieuses approbations, il écrivit à un ami :
« Mes récents travaux de grande dimension , notamment, le modèle de la statue colossale du Christ et ceux des apôtres saint Pierre et saint Paul ont eu le bonheur d’enlever les suffrages de tous les connaisseurs de cette ville. «
Thorvaldscn passant d’un travail à l’autre avec une remarquable liberté d’esprit, poursuivit en même temps ses ouvrages destinés à l’Allemagne; il allait de son Christ au monument de Poniatowski, du Saint Jean à la statue du prince Potocki, ou au monument de Copernic.
Pendant l’été de 1822, il trouva près de son atelier un vaste local , servant d’écurie au palais Barberini, dont le jour était excellent; il s’empressa d'en former ce qu’il appela son grand atelier , parce qu’il y réunit bientôt tous ses modèles d’importante dimension. Le Sermon de saint Jean-Baptiste y fut rassemblé tout entier, et l’on put dès lors en apprécier l'ensemble.
1 Rienaimé jeune, Tenerani jeune et Marelielli étaient chargés de saint Matthieu, de saint Thomas et de saint Jacques. Les autres apôtres étaient étudiés : saint Philippe, par Petlrich; saint Jacques, par ttienaimé jeune: saint Simon, par Emile Wolfif; saint Barthélemy, par Carlesi; saint André, par Joseph Hermann. Quant au saint Jean, exécuté par Paccetli, il fut laissé de côté et recommencé en 1821 par Marchetti. Celui de Paccelti fut plus tard modifié et servit à représenter le saint Thaddée, afin de compléter en tonte hâte les douze apôtres, quand l’artiste fut vivement sollicité d’envoyer sans délai tons les plâtres à Copenhague, parce qu'on voulait inaugurer la nouvelle église. Ces plâtres furent embarqués à Livourne en janvier 1828.
Si PREMIERE PARTIE.
En 1823, il composa aussi son premier Ange du baj>tcnu ,> .
Thorvaldsen était alors en possession complète de sa gloire. Il était meme sans rival à Rome, puisque les arts avaient perdu Canova en octobre 1822. Six mois après, le 23 mars 1823, peu s’en fallut qu’ils ne fissent une nouvelle perte : un accident faillit coûter la vie au sculpteur danois. Apres avoir comme d’habitude soupe chez la signora lluti, il était rentré chez lui avec le fils de cette dame, afin de lui prêter scs pistolets. L’enfant avait grande envie de prendre part, avec les autres garçons de son âge, aux jeux bruyants qui ont lieu à Rome le jour de Pâques. Pendant que l'artiste faisait partir la détente d’un des pistolets pour s’assurer qu’il n’était point chargé, le jeune Ruti se saisit de l’autre arme. Au même instant le coup partit et Thorvaldsen tomba frappe. La secousse avait été violente; heureusement la blessure ne fut point grave : deux doigts de la maiu gauche étaient atteints, mais la halle, après s’être amortie dans l’épaisseur des vêtements, avait rencontré une côte qui l’avait fait ricocher, puis elle était venue s’aplatir contre un bouton.
Thorvaldsen fut obligé de se soigner et de porter le bras en écharpe pendant quelques jours. Bientôt ses amis n'eurent plus qu’à célébrer le bonheur providentiel qui l’avait préservé; une grande tète fut donnée à cette occasion, et de nombreuses félicitations en prose et même en vers furent adressées à l'artiste.
Le sculpteur, qui jusqu'alors avait eu peu de relations avec les grands dignitaires de l’Eglise romaine, eut l'occasion d’être présenté par le prince de Danemark à l’illustre cardinal Ereole Cousalvi, cet habile adversaire de Napoléon 1 er , qui avait autrefois négocié le Concordat, et qui eut ensuite à porter le poids principal de la querelle entre la Papauté et l’Empereur.
Les Romains professaient une grande vénération pour Pie VII, et ils en avaient une presque égale et non moins méritée pour
1 II se proposait de l’offrir à l'église de Notre-Dame, car il n’avait rien été stipnlé sur ce point. Le marbre lui en ayant été commandé par lord Lucan, il l’exécuta, et fit un peu plus ta ni une nouvelle composition. Cette fois l’ange est agenouillé; c’est celui qui figure aujourd'hui dans l'église.
vu: UE T II ü K VA L USE N.
Consalvi. Quant au cardinal, il avait voue au Saint-Père une respectueuse et filiale affection; dès l'anncc 1822 il avait songé à élever un monument à la mémoire de Pie VII, bien que le Pontife vécût encore à cette époque. Le testament de Consalvi 1 porte eu effet :
« Considérant qu'il serait grandement inconvenant qu’un Pontife de tant de célébrité, qui a si bien mérité de l’Eglise et de l'Etat, comme Pie VII, n'eût point après sa mort (puisse Dieu prolonger scs jours!) un tombeau dans la basilique Vaticanc, comme semble l'indiquer la médiocrité des revenus qu’il laisse à ses neveux; mû par mon dévouement et mon attachement à sa Personne Sacrée, inspire par la reconnaissance que je lui dois comme premier cardinal de sa création, comblé des bienfaits de sa souveraine bonté, j’ai résolu de lui faire ériger un mausolée à mes frais dans la susdite basilique.
» Dans ce but, j'ai tâché de faire des économies sur les dépenses annuelles destinées à mon entretien, et de réunir une somme de vingt mille écus romains. Si je mourais avant Sa Sainteté, comme je le désire, mon héritier fiduciaire reste chargé de consacrer la somme fixée à l’érection de ce tombeau, dont l’exécution sera confiée au ciseau du célèbre marquis Canova, et, à son défaut, au célèbre chevalier Thorvaldseu, et, si celui-ci ne pouvait l’exécuter, à un des meilleurs sculpteurs de Home.
» L’inscription suivante sera gravée sur ce tombeau :
PIO VII, CRARAMONTIO , Ct.SINAT! , PONTIFICt MAX1MO,
HERCI LES, CARD1XALIS CONSALVI , ROMANES,
AB 1LLO CREATES.
u Le tombeau aura trois statues : sur l’urne, celle du Pape; aux deux cotés , celles des vertus, la Force et la Sagesse.
n Rome. 1" aoùl 1822.
« Signé : E. CARDINAL CONSALVI. «
1 Voir les Mémoires du cardinal Consalvi . publié:, par J. Créliueau-Jolv, I. I". ± édit., 1886. 11. flou.
I'ie VII précéda son fidèle ami dans la tombe, et ce fut une profonde douleur pour Consalvi, qui songea des lors à mettre à exécution le projet consigné dans son testament; mais Canova étant mort, il lit appeler Thorvaldscn. C’était au mois de novembre 182i. Lorsqu'on vint avertir l’artiste, il travaillait précisément à l’une de scs œuvres religieuses, i.linjr du bafitême ; surpris de ce message, il se rendit au palais habité par le cardinal; dès qu’il eut décliné son nom, il fut reçu avec de grands égards et conduit auprès de Son Eminence.
Thorvaldscn, qui avait de la vénération pour le prélat, fut tellement pénétré de l’honneur qu’il lui taisait en lui offrant d'exécuter le tombeau de Pie VII, que, malgré les immenses travaux dont il était déjà accablé, et avec sa témérité ordinaire sur ce point, il accepta sans hésiter. En revenant à son atelier, lui habituellement discret et réservé, il raconta joyeusement aux amis qu’il rencontra celte bonne fortune inouïe à scs yeux Le cardinal donnait certainement une haute preuve d’estime à l’artiste protestant, en le chargeant d'élever un monument dans Saint-Pierre de Rome au chef de la catholicité. Mais, à défaut de Canova, le sculpteur catholique, Consalvi n’avait trouvé aucun artiste qui pût être préfère à Thorvaldscn. Telle doit être l'interprétation à donner aux termes du testament , qui assigne un rôle subsidiaire au sculpteur danois.
Cette commande produisit une grande surprise à ltomc; les ennemis de Thorvaldscn en firent le motif de nouvelles et violentes attaques. Tout alla bien néanmoins tant que vécut le cardinal, et l'artiste n’eut pas à prendre souci de la cabale. 11 se mit à l’oeuvre, suivant les indications précises qui lui avaient été données, et dont il lui eût été difficile de s’écarter : il était alors admis par l'usage, fondé sur des précédents, qu’un monument en l'honneur d’un Pape décédé devait se composer du portrait du Pontife cl de deux figures allégoriques. Le monument devait nécessairement former une sorte de pyramide, afin de prendre place dans une de ces grandes niches
• Tliitïc.
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<(ui, dans l'intérieur de Saint- Pierre, sont destinées à recevoir de semblables ouvrages.
La première ébauche en terre glaise lut exécutée en janvier 1 821 1 . Le Pape est assis , il tient une palme à la main , et deux auges soutiennent au-dessus de sa tête une couronne étoilée. Cette composition ne fut pas acceptée, parce que ces deux attributs, la palme et la couronne d’étoiles, appartiennent aux saints, et que naturellement Pie Vil, qui venait de mourir, n'était pas canonisé.
Le cardinal mourut, le 21 jan\ ier 1821, à l’âge de soixante-sept ans, au milieu du deuil universel. 11 avait depuis longtemps placé au Mont -de- Piété de Home* les vingt mille écus destinés à l’érection du monument, et, grâce à ce dépôt, il ne pouvait être fait à l’artiste aucune difficulté pour le payement; mais l'envie et l'intolérance lui suscitèrent de nombreux ennuis, cl il u' était pas près de voir la lin des tourments que cette affaire devait lui causer.
Thorvaldsen lit une nouvelle esquisse. Cette fois, il représenta le Pape se démettant de toutes ses grandeurs comme souverain et comme pontife : il a déposé la tiare, et il est assis, accablé sous le poids de toutes ses souffrances, bien que la composition f Ci I louchante, elle ne pouvait convenir aux idées admises par l’ Eglise, et ce n'était pas ainsi que devait être représenté le Père des fidèles au moment de sa délivrance terrestre. Il fallut donc imaginer un troisième modèle.
Pendant que l'artiste s’occupait de ce travail, il avait aussi donné son attention au buste du Saint-Père, dont il avait étudié la figure; comme documents il possédait plusieurs bonnes peintures; un
1 I.e* doux premiers croquis qu’on retrouve do ce monument sont rapidement crayonnés, l’un au verso d’une lettre du 12 novembre 1822, le second au dos d onc autre lettre qui porte la date du 10 décembre. (Thielc.) Le Musée de Copenhague conserve uu grand nombre d’esquisses semblables parmi les papiers de l’artiste.
' Ce dépôt avait été fait quelques jours après sa première entrevue avec le sculpteur. Dans le document officiel qui le constate, Consalvi déclare la somme remise par une personne qui ne s’est pas nommée, sans doute parce qu’il lui répugnait de paraître faire publiquement parade de donateur. Mais la récente publication de son testament, dont nous avons reproduit plus haut ta dernière clause, nous a éclairé définitivement sur ce point.
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masque surtout lui fut d’une grande utilité. Il avait à peine eu le temps de commencer cette partie de son oeuvre au moment où mourut le cardinal.
Les nombreux amis de Consalvi souhaitèrent qu’une médaille fût huppée en l’honneur de l’illustre homme d’Iïtat; à cet effet, un comité se forma sous la direction de la duchesse de Devonshire et de l’ambassadeur du roi de Hanovre, le baron de Keden. La souscription, rapidement couverte de signatures, atteignit un chiffre si élevé, qu’apres qu’on eut fait frapper deux médailles, l’une de Girometti et l’autre de Ccrbara, il resta un excédant de sept cent soixante-quatre écus 1 . On n’hésita pas à venir trouver Thorvaldsen, cl on le pria de vouloir bien exécuter un monument en l’honneur du cardinal. L’artiste, heureux de pouvoir donner cette marque de pieux souvenir, s’en chargea sur-le-champ.
Le monument devait être élevé au Panthéon, où le cœur de Consalvi avait été déposé. A l'aide d’un buste appartenant à M. Torlonia, d’un portrait peint par Lawrence et de la médaille de Girometti, Thorvaldsen modela le buste, en se faisant assister des indications d’une personne qui avait vécu longuement et familièrement avec le cardinal. Il Ht ainsi une belle œuvre et un portrait ressemblant*.
L’érection du monument fut entravée par des difficultés imprévues; pour les faire lever, le baron de Itcdcu eut recours au Pape lui -même, et ee ne fut pas sans peine qu’on parvint à inaugurer le mausolée le 17 septembre 182-i.
Le sarcophage ne portant qu’une simple inscription, l’artiste trouva le monument insuffisant, et fit lui-même les frais d’un basrelief, pour lequel il imagina une composition qui en complétait la signification, l’n tics services les plus considérables rendus par le cardinal à la Papauté était sans contredit d’avoir, après d’habiles négociations au congrès de Vienne, fait recouvrer au Saint-Siège les provinces que lui avait enlevées le traité de Tolentino, en 1799.
> Thiele.
* Lu comité offrit à Thorvaldsen pour son marbre la somme de 440 écus, et les 324 écus restants furent employés à ]'.|<-<J II isi t ioil du smrojiha(;c.
VI K HE TIIOHVALMSK.V H!)
( '.es provinces sont figurées par des femmes à genoux devant Pie VII, qui les bénit; elles sont présentées au Souverain Pontife par le cardinal 1 .
I a‘ monument de Cnusnlvi fut donc achevé longtemps avant celui de Pie VII, qui demandait beaucoup plus d'étude et de travaux. Ce dernier n’était d'ailleurs pas négligé, et la troisième esquisse, qui parvint à mettre d’accord l'artiste cl les personnes chargées de suivre l’exécution des volontés du défunt cardinal, était terminée dès la tin de l’année 1821. Le Pape est revêtu de ses habits sacerdotaux; il est assis sur son siège pontifical; la lourde chape recouvre sou bras gauche; sa main droite est levée et bénit.
L'esquisse adoptée, Thorvaldsen acheva prudemment cette œuvre sans en parier *; quand la statue du Pape lut terminée, c’est-à-dire en 1825, on s’en occupa dans la ville. Ce fut l’occasion pour les envieux de s’élever contre l'ouvrage d'uu hérétique; mais l’artiste persista résolûmcut dans son travail et ne s’y consacra qu’avec plus d’ardeur. Les deux statues, la Force et la Sagesse, qui devaient accompagner celle du l'apc, étaient dessinées; Thorvaldsen les mit de suite entre les mains de ses élèves, pour eu faire les premières ébauches en relief, a Peu m’importent toutes ces cabales, disait-il à ses amis; le monument m'a été commandé , et je vous réponds que je le finirai. «
Par une coïncidence assez curieuse, au temps même où l'intolérance alimentait ces mesquines rivalités, eu 1825, on vint au nom d’uu couvent de capucins prier l’artiste de vouloir bien se charger
1 l'eu de temps après l’offre «pie Thorvaldsen lit de or bar-relief , il reçut à son tour, de la part du comité et des mains du baron de Keden, sou président, une coupe d'argent, ornée de médaillons frappés à l'effigie du cardinal, avec cette inscription gravée au milieu de guirlandes de vigne :
OU Of ICI DF.I. IIEFÜNTO CARD. CORSAI. VI A II.' AMICO A. THORYA l.DSF.N,
ROSI A Al. D. CGC. XXV.