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Parmi les admirateurs passion nés de Tliorvaldsen , se trouvait à Home une très-célèbre improvisatrice, nommée Itosa Taddei. On sait combien les Italiens aiment ces Académies poétiques, dans lesquelles s’exerce le talent de faconde d’orateurs de profession, de omni re sriltili et rptiùusdam aliis. Le sculpteur prenait aussi goût à ce spectacle, et Itosa Taddei l’ayant un soir prié d’assister à 1a réunion, tira précisément de l’urne, comme sujet d'improvisation, les progrès de la sculpture. L’artiste devint en quelque sorte la cible de l'éloquence de cette femme. Tout alla bien jusqu'au moment oi'i elle lui donna par inadvertance le nom de fils de Pieu (un figlio di Dio); alors la rumeur fut grande dans l’Assistance scandalisée, et l’orateur féminin eut besoin de toute sa présence d’esprit pour se tirer de ce mauvais pas. Itosa Taddei y parvint cependant , et, à la satisfaction générale, termina son pompeux discours par ccttc conclusion : « Si c’est eu Danemark que Thorvnldsen est né à la vie, c’est en Italie qu’il est né a l’art! a lieu commun qui eut un grand succès.
Tandis que Tliorvaldsen exécutait ses grands ouvrages religieux , ses travaux pour l’Allemagne exigèrent également de lui une constante attention.
Le monument du prince de Scliwarzenberg ne fut jamais exécuté, néanmoins les études auxquelles il donna lieu produisirent une œuvre intéressante : c’est un grand lion, qui devait être placé devaut le piédestal de la statue. Lorsqu’il lit le lion de Lucerne, l’artiste n’avait pas eu de modèle vivant; il fut plus heureux pour cette nouvelle composition, car à cette époque il y avait à Home, dans une ménagerie, un lion de haute stature et très-beau de formes, que l’artiste alla souvent étudier 1 .'
Quant au monument du duc de Lcuchtenbcrg, des difficultés de toute nature en retardèrent longtemps l'achèvement.
La duchesse 1 , veuve du prince Kugène de Beau harnais ( ex-viceroi d’Italie cl mort duc de I.cuchleuberg), avait chargé M. Léon de
1 I.e inotlclc en plâtre fut terminé en 1X25 et plus la ni exécuté en marbre. Ce marbre, le seul «pii existe, figure au Musée île Ctiponhagim.
1 La tltmlmsse éluil unir «lu prince Louis «le Etaviéie.
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K k'ii/.c , architecte intendant des bâtiments du mi de Bavière, de composée le projet du mausolée qu’elle voulait élever à la mémoire de son époux dans l’église de Saint-Michel de Munich. L’architecte lit non-seulement le plan général, mais il exécuta le dessin même du motif de sculpture, et, avec l'approbation de la duchesse, dés le 24 avril 1B24 il l’adressait à Thorvaldscn.
Bien qu’il 11 e convint guère à l'artiste d’accepter un plan aussi strictement tracé, il se chargea volontiers d’ exécuter un monument élevé à la mémoire d’un prince qui, par la noblesse de son caractère et la droiture de ses sentiments, est demeuré l’un des plus beaux types d'honneur que l’histoire nous ait laissés.
Le sculpteur déclara qu’il exécuterait lui-même la figure principale, tandis que le reste du travail serait confié à Tenerani; mais il demanda en même temps quelques modifications aux dessins de M. de Klcnze 1 . Après une correspondance assez laborieuse, on parut enfin s’clre mis d’accord ; l'artiste demeura ensuite si longtemps sans donner aueuue nouvelle de ce travail et sans même rétxmdrc aux lettres les plus pressantes, qu’on dut croire qu’il négligeait complètement de s’en occuper.
Le prince Louis , devenu roi de Bavière, eut occasion d’écrire à celte époque à Thorvaldscn. Il lui recommandait un jeune artiste de Munich, nommé fichwantlialer, qui depuis s’est fait une belle réputation 11 . Lu post-scriptum il ajoutait : « .le vous demande en grâce de prendre soin du monument de mon défunt beau-frère. Bien des amitiés à la bonne üuti. Mille saluti à Ion», anche al bravo Tenerani belle eosc délia parte mia. »
Ces instances 11 e purent décider Thorvaldscn à laisser de côté la statue de Poniatowski^ à laquelle il travaillait alors. Néanmoins,
1 II y a lieu «le penser que lout se serait assez facilement arrangé entre l'arcltilecle «s le sculpteur, si une troisième personne n'avait été chargée |>ar la duchesse d’aller trouver Thorvaldscn à Itoine.
M. de Klenzc et l'artiste virent avec déplaisir «'elle intervention, et eussent préféré se concerter directement. l)e celle ingérence d’un tiers résultèrent des tiraillements et «les lenteurs. (V. Tliiele.)
* l.e prince dv-sirait « i veinent que Schvvanlhalcr entrât dans l'atelier du maître eu qualité d'élève, et •. afin «pt’il le devint réellement, n C’est à cet artiste qu’on doit la statue «ado-sale de la /Invariti.
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en Hltciidaut <|uc le miiitrc prit eu main la figure principale, pour laipielle on lui avait envoyé un masque du due de Lciichlcnhcrg , Tenerani exécutait les autres parties de l’œuvre. Mais la duchesse, cpii n’en avait aucune nouvelle, finit par écrire elle-même à la date du 2(1 décembre 182(1 : « Au bout de près de trois années, pendant lesquelles vous n'avez pas songé à vous occuper du mausolée, je comprends l'impossibilité où vous êtes de remplir les clauses stipulées dans le contrat, et c’est avec un vit' chagrin que je renonce à l’idée de voir le monument élevé par voire main. »
Malgré le silence gardé par Thorvaldsen, l’artiste avait à cette époque commencé à s’occuper lui-même de la figure principale, et il l’avança si rapidement que l'achèvement de l’œuvre ne déqieudil plus que de Tenerani, qui était parti en voyage 1 . Thorvaldsen, qui avait pourtant de grands égards pour son élève favori, perdit patience et pénétra dans l'atelier du sculpteur absent. Une fois entré, il ne put se défendre de mettre la main à l’œuvre, et en peu de temps il l'eut achevée.
Tenerani était alors un artiste indépendant, travaillant dans son propre atelier. Lorsqu'il revint, il témoigna un vit mérontcnlcmeut de cet empiétement sur ses droits, et quelques personnes malveillantes ayant alimenté ce dissentiment, Thorvaldsen rerut 1 une sommation d’avoir il choisir un arbitre. Un procès s'engagea bientôt ; il dura près de deux ans, et se dénoua enfin devant les tribunaux romains pur une transaction judiciaire*.
A cette époque, le monument du duc de I.ciichlenliei'g était arrivé à Munich, où le sculpteur se rendit un peu plus lard pour eu surveiller l'installation.
1 En septembre 1827, l'artiste Ht savoir qu'il désirait recevoir le second versement stipulé. L'agent de la duchesse à Home écrivit aussitôt à Mitnirlt, toi celte bonne nouvelle causa une grande surprise. Ou fut cependant assez inquiet, car, tandis que Tborvaldsen avait travaillé sans donner signe de vie. il y avait lieu de craindre qu’il ne se fût écarté du plan convenu. I.a duchesse écrivit de nouveau, mais il est douteux qu’il fût encore temps à celle épique •le tenir compte de ses recommandations. (Tltiele.)
• Le 18 novembre 1827.
1 La transaction est du 29 octobre 1829. Thorvaldsen pava le même jour 1,000 écris à Tenerani contre la décharge de toute réclamation. (Tltiele.)
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Les travaux officiels pour lesquels 1rs artistes sont retenus dans un cadre tracé d’avance sont rarement ceux qu'ils exécutent avec le plus d’amour, quel que puisse être l’intérêt du sujet. Dés que Tliorvaldseu se sent moins entravé par ses engagements, il s’empresse de revenir aux ouvrages de son choix, qui deviennent un délassement pour sou esprit. C’est ainsi qu’en 1828 il commence une série de bas-reliefs connus sous le nom de Triomphes de l’Amour , qui représentent le dieu vainqueur des quatre éléments : la terre, l’air, l’eau et le feu. Ces compositions forment nn gracieux ensemble qui a été plusieurs fois répété en marbre.
Les violentes attaques auxquelles le monument d’Appiani a donné lieu il’ empêchent pas la ville de l’ise de s’adresser à Thorvaldsen lorsqu'elle veut élever, dans le Cauqio santo, un mausolée à la mémoire d'Andrea Yaeea Berlinghieri , célèbre oculiste qu’elle avait perdu depuis peu.
Tliorvaldseu n’a pas encore reçu la commande que déjà le bruit s’en est répandu, et que la jalousie des sculpteurs italiens se réveille île nouveau et avec plus d'intensité, ('.cite fois de véritables menaces lui sont adressées, et on le somme d’avoir à renoncer à ce travail au profit de quelque artiste indigène; mais il ne se laisse pas intimider par de pareils procédés, et quand la commande officielle lui est faite, il n’en met que plus d’empressement à l’ accepter. Une lettre d’un île ses amis, le chevalier Antonio l'iccolomini Itcllarti, de Sienne, datée du (i mars 1827, l’avait informé du succès de la souscription ouverte pour subvenir aux frais du monument. L’artiste convient de prendre pour sujet de son bas-relief Tohie rendant la nie à son père'. Cet ouvrage fut rapidement modelé*,
1 Tliorvaldseu avait demandé 2,(100 édis pour l'exécution d’un bas-relief et d’un médaillon. Le président du comité répondit, le 0 juillet IH20, «qu’il serait reconnaissant à l’artiste de vouloir bien réduire le prix, non pas que, eu égard à sa grande réputation, on ne dût reconnaître qu’il avait usé de beaucoup de discrétion, mais parce que les ressources dont on pouvait disposer étaient insuffisantes pour y faire face. «
Tliorvaldseu entra de bonne grâce dans les vues du comité, et, suivant ses habitudes désintéressées, réduisit de moitié le chiffra de sa demande.
2 Dès le mois d’août 182H les plâtres furent envoyés à l’ise, et les marbres furent terminés un au après.
VIE DE TIIORVAI.DSKX. lui
ol le médaillon lut exécuté d’après un portrait point par la veuve elle-même de Vacea.
I/érection du mausolée donna lieu à une polémique très-acerbe dans les petites feuilles de la Toscane. Thorvoldscn s’inquiéta peu de ees critiques malveillantes; ee qui troublait le plus son repos, c'étaient ses fonctions de président de l’Académie de Saint-Luc. Chaque jour les jalousies auxquelles il était en butte lui attiraient quelque nouveau déplaisir ; aussi vit-il arriver avec joie l’année 1828, époque à laquelle il allait, suivant le règlement, se démettre de cette charge, que du reste il ne se piquait pas de remplir avec zèle.
Ce fut donc avec une complète satisfaction qu’il prononça son discours de retraite, dans la séance solennelle du 2(i décembre. Il fut le même jour élu à l’ unanimité vice-président de la classe de sculpture; mais peu lui importait ce nouvel honneur, car à partir de ce jour, allégé du fardeau présidentiel, il ne se rendit plus à l’Académie. On lui signifia de véritables remontrances à ce sujet, lui déclarant que son absence prolongée n’était pas suffisamment canonitme (non bastantemente canonica); ees remontrances ne produisirent aucun effet, et l'artiste, au contraire, ne songea qu’à s'affranchir entièrement de liens devenus insup|>ortables à ses yeux. Il essaya même de faire accepter sa démission des fonctions de professeur; mais il fallut céder aux instances de l’Académie, qui par lettre officielle 1 le pria de conserver son titre au moins quelque temps encore.
Le roi de Bavière avait acheté la villa de Malte à ltome. Il vint y demeurer au commencement de l'année 1821), désirant passer encore quelque temps au milieu d'artistes et d'amis dans cette ville qui lui était si chère. Il se trouva tout à fiiit voisin de Thorvaldsen , et la dignité royale ne l'empêcha pas de reprendre ses anciennes habitudes de familiarité bienveillante.
Des les premiers jours de son activée à Boitte, il se rend à fa fameuse asleria de Itipn ili Gramb' , en compagnie dc.loseph Koch,
1 I I W| l|| -lit hlV 1831.
de Catel, de Thorvaldsen cl de quelques autres artistes, et il s’assied à son ancienne place, marquée d'une tuasse baïoque clouce sur la table. Le repas est d’une grande gaieté; on parle, on discute sur toutes choses, et la politique même n’est pas interdite, car on assure que dans un intiment d'extrême belle humeur, tous les convives se trouvent debout sur la table, choquant leurs verres et criant à tue-tête : « A bas dom Miguel 1 * * 1 »
Quelques jours après, le roi va surprendre Thorvaldsen dans son atelier, et, sans que le sculpteur s'y attende, il lui passe autour du cou la croix île commandeur de la couronne de Bavière, en disant : « C’est sur le champ de bataille qu’on honore le soldat; c’est à la place même où il a fait tant de grondes choses que l’artiste doit également recevoir la récompense de son mérite, a
Le prince venait souvent ainsi visiter le sculpteur; plus d’une fois Thorvaldsen, travaillant près de sa fenêtre ouverte, dans la casa Buti, s’entendit interpeller par un passant qui • l’invitait à dîner, et cette personne arrêtée sous la fenêtre de l’artiste était le loi de Bavière 4 .
Un autre personnage de haut rang était à Borne en même temps que ce monarque, mais avec infiniment plus d’apparat; c’était la grande-duchesse Hélène de Russie. Il y avait chaque soir fête à son palais; là toute la haute société venait faire cortège à cette princesse, d’une éclatante beauté, dont Thorvaldsen fut chargé de modeler le buste. L’artiste reçut à cette occasion la visite de la grande-duchesse, et composa une oeuvre qui lui valut d’unanimes éloges.
Un fait sans précédent dans la vie du sculpteur, c’est qu’il refusa, celte année- là, une commande. L’archiduchesse Marie- Louise, veuve de l’empereur Napoléon I rr , avait jierdu son second cikjux, le comte de Neipjierg, et elle voulait lui élever un mausolée
1 Un sait que le iluc de Lcuelitenbcrg, fils d’Eugène de Reaubarnais el
neveu du roi Louis, épousa doua Maria, tille de dom Pedro. Celte princesse devint reine de Portugal quand sou oncle dom Miguel perdit le Irène qu’il
avait usurpé.
» Tliiele
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dans l’église de Saint-Louis, à Panne. Elle Ht prier Tliorvaldsen de se charger du travail, mais l’artiste déclina cet honneur.
Par un concours de circonstances assez singulier, presque au même temps, il accepta d’un Ecossais, M. Alexandre Murray, la commande d’un buste colossal de Napoléon I er . Tliorvaldsen, qui n'avait jamais eu occasion de voir l’Empereur, s’entoura des documents nécessaires, statues, médailles, gravures, et il réussit à taire une oeuvre sévère, qui a moins le caractère d’un portrait que celui d’une apothéose. Le buste est supporté par uu aigle aux ailes éployées. L’artiste avait pu trouver cette disposition dans plusieurs bustes d'empereurs romains.
Admirateur fervent de l’antiquité, Tliorvaldsen était aussi ardent collectionneur d’objets d’art anciens : vases, pierres gravées, statuettes, camées, médailles. Ces collections, qui sont aujourd’hui renfermées dans son musée à Copenhague, y remplissent plusieurs salles du premier étage. A l’époque dont nous nous occupons en ce moment, des travaux de îépai-ation étant devenus nécessaires dans lu maison qu’il habitait, il jugea prudent île fermer tous les accès de son appartement, de telle sorte qu’on ne pouvait plus pénétrer chez lui que par le logement de la siguora ltuti. Cependant, il s'aperçut un jour qu'un nombre important de médailles lui avait été dérobé. Le désespoir du collectionneur fut tel que la colère lui lit perdre toute mesure, et qu’il commit l’imprudence de laisser planer des soupçons sur d’honnêtes gens dont il était entouré. Une instruction judiciaire devint nécessaire et amena bientôt la certitude que l’auteur du vol était un misérable auquel avait été donné le soin de tenir les livres de comptes de l’artiste '.
Dès que Tliorvaldsen eut l’espoir de retrouver ses médailles, sa colère s'apaisa ; il revint aux sentiments de douceur qui étaient le fond de sa nature, et fit lui-même des démarches pour arrêter les poursuites, ne voulant pas perdre le coupable. A quelque temps île là, il reçut par la fenêtre un pet il sac qui vint tomber au milieu île la chambre et qui contenait une partie des objets dérobés. Quant
1 Thiele.
à l'auteur du mchlit, il disparut de Rome. Ou Ht toutes les recherches possibles chez les marehands pour retrouver ce qui u'avait pas été restitué, mais ce tut sans succès, et Thorvaldseii en eut d'autant plus de regret que la plupart des pièces définitivement perdues appartenaient à son ami le professeur Driiudslcd, qui les avait déposées chez lui.
Cet incident, sans importance eu lui-même, produisit pourtant une fâcheuse impression sur l’esprit de l’artiste, auquel il inspira, comme nous aurons occasion de le voir plus tard , une débattre exagérée des hommes.
Appelé à Munich par le désir de surveiller lui-même les derniers arrangements d'installation qui devaient précéder l'inauguration du monument du duc de Leuehtcnberg, Thorvuldscn quitta Rome le 22 janvier 18130. Il partit en compagnie du comte de Vash, ambassadeur du roi de Prusse à la cour de Naples, et arriva le 14 février suivant dans la capitale de la Bavière. Maigre les modifications de détail que le sculpteur s’était permis d'apporter au projet primitif, la duchesse avait été tellement satisfaite de l' ensemble de l’œuvre, qu’elle l'avait déjà tait reproduire en lithographie, pour en distribuer les épreuves à tous les membres de sa famille.
A peine arrivé, l’artiste sc présenta au palais. Bien que le roi fût malade et retenu au lit depuis plusieurs jours, Thorvaldsen fut introduit tout de suite dans la cbnmbre à coucher du prince, auquel ou ménagea cette surprise. « Est-ce que je rêve? s’écria -t- il en le voyant. Suis-je bien éveillé? Thorvaldsen à Munich ! a Ce fut une effusion de joie, et pendant plusieurs semaines la cour et la ville furent en fête pour recevoir cet ami sur lequel on n’avait pas compté.
I.’inauguration du mausolée du duc de Lcuebtenberg devait avoir lieu le 20 février, veille de l’anniversaire de la mort du prince '. Mais le sculpteur ayant trouvé nécessaire d’apporter quelques changements à la partie architecturale, pour que le monument se présentât sous un meilleur aspect dans remplacement de l’église de
1 Mirli.iiul dit que le prince Eugène est mort le 21» lévrier. C’est nue erreur. Noir an Catalogue l'inscription que porte le mausolée.
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Saint-Michel (jui lui «‘lait réservé, diMuauda ([■■<" la cérémonie Fût retardée. D’après sou désir, clic fut remise au 12 mars suivant.
Le mausolée découvert fut bientôt en butte à quelques critiques peu bienveillantes ; en revanche il obtint les suffrages du plus grand nombre. Aucun juge de bonne toi ne contestera la beauté de la statue, non plus que l’exécution remarquable du groupe des deux génies, au marbre duquel Tborvaldsen avait lui-mème donné la dernière main.
Peu de temps après la révolution qui mit tin au gouvernement de la Restauration, l’artiste qui avait composé le triomphe d’Alexandre et !«• monument «In prince Eugène de Reauliarnais reçut une distinction flatteuse entre toutes, «pie nous sommes heureux d’avoir à mentionner. L’ambassadeur de France à Rome lui annonça qu’il venait d’être nommé officier de la Légion d’honneur 1 . « Cette distinction, écrit-il au sculpteur, n’est qu’une justice rendue au génie dont le ciseau, parmi tant de chefs -d’eeuvre, nous a reproduit et le triomphe du plus grand des compiérants dont l’histoire lasse mention, et les traits d’un guerrier célèbre que la France, dans ses temps de malheur, n'avait adopté «pic pour en porter immédiatement le d«‘uil. Cette statue du héros sers ira d<- palladium à la ville dont elle tait le plus noble ornement, et votre nom, sortant de la sphère dans laquelle vous vouliez le tenir enchaîné, se mêlera à ces hauts faits «pii émeuvent aujourd’hui tous les coeurs et tiennent le monde entier suspendu entre l'admiration et la crainte. »
Ce doit être vers l’époque de son voyage en Bavière que Tliorvaldsen eut à Florence une entrevue singulière avec Rartolini. Depuis longtemps d«jâ il avait eu occasion de connaître personnellement le célèbre sculpteur italien, dont la vie a été une lutte de tous les instants : lutte terrible contre la misère, jusqu’au jour où son beau talent fut enfin reconnu, et lutte non moins opiniâtre contre les persécutions incessantes de l'envie, lorsqu' il eut conquis sa grande position dans les arts.
Lorenzo Rartolini avait d’ailleurs une âme Irenijrée à toute
■ 1" mai 1851 .
P R F. M I K RF. PA R T I !..
épreuve, et le combat it'était point fait pour l'effrayer; son esprit indépendant n’avait nul souci de plaire, et son caractère se ressentait de ces habitudes presque batailleuses «jue les circonstances semblaient lui avoir imposées.
Il avait appris que Thorvnldsen était à Florence, et il s’attendait à recevoir une de ses pi'emières visites. Cependant l'artiste danois ayant tarde quelques jours à se présenter dans l’atelier de Dartolini, l’Italien considéra ce peu d’empressement comme une marque d’indifférence et connue un oubli des égards qu’on se doit entre confrères de grande renommée. Il en fut froissé à tel point qu'il enjoignit à ses élèves, dans le cas où Thorvaldscu se déciderait enfin à paraître, de lui déclarer qu’il était absent. Celui-ci vint en effet; on lui dit que le maître était sorti. Il insista et donna son nom; la réponse fut la même. « Mais il n’est pas posai b le que monsieur linrtnlini ne soit pas chez lui pour moi! Veuillez donc lui dire que c’est le chevalier Thorvaldsen qui le demande. «
Itartoliui se tenait dans un petit atelier placé à l'extrémité de la grande salle dans laquelle travaillaient ses élèves, et il entendait parfaitement le colloque. Irrité de l'insistance de relui dont il croyait avoir à se plaindre, il entrouvrit sa porte, et passant la tête : « Non, monsieur, je n’y suis pas pour vous! » lui cria-t-il; et il referma la porte 1 .
L’artiste, qui avait coutume d’être reçu avec tant d’empressement et tant d’égards partout où il se présentait , se retira stupéfait de cette scène étrange, «pii lui apparut comme une inexplicable excentricité et dont il ni' sut peut-être jamais la cause.
1 Celle iinecilotr nous a é I é r.ippnitee par M. Daniel Ramie, qui la tenait ilirrcti'iuent tic Rariolini, avec lequel il se trouva assez tou;; temps à Florence ilans les rapports d'une complète intimité.
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