CHAPITRE SEPTIÈME
Vive» attaques à propos du tombeau d'Appiani. — Monuments du prince de .Scbwarxenberg et du dur de Leuehtenberg. — Le roi de Bavière à Borne. — La grande -duchesse Hélène. — Marie-Louise. — Buste de Napoléon. — Médailles dérobées A la collection de Thorvaldsen. — Voyage h Munich. — Harloliiii.
L’histoire du mausolée dePieVII nous a entraîné un peu loin, et nous devons revenir à l'époque où Thorvaldsen était encore dans le feu de l’exécution de ses grands ouvrages religieux , auxquels venaient s’ajouter tnutd’autres travaux considérables. Nous avons vu comment il avait modelé le monument d’Appiani, qui fut inauguré à Milan.
I.e comité de cette ville adressa au sculpteur 1 de chaleureux remcrcimciits , accompagnés de deux exemplaires de la médaille
1 A oùi 18-2(1.
!Xi PREMIÈRE PARTIE.
commémorative frappée à f occasion de la ceremonie. Néanmoins , cette œuvre fut bientôt critiquée amèrement , et l’Estensore di Milano ' fit paraître un article empreint d’une telle malveillance que les amis de l'artiste s’empressèrent de lui écrire des lettres de félicitation. Parmi les témoignages de sympathie qui, à cette occasion, arrivaient de tous côtés, nous devons une mention spéciale à celui du bottier Anselme Itonglietli, auquel Thorvaldsen se montra très-sensible. Cet homme, habile dans son métier, était fort épris de sculpture, et dès l’année 1811) il s’était trouvé eu rapport avec le maître. Celui-ci, tenant en grande estime tout artisan qui excelle dans sou état, faisait beaucoup de cas du maestro bottier, dont il parlait souvent, et qu’il considérait comme uu ami. Il lui avait laissé les moules de ses pieds, et le marchand n’oubliait pas d'expédier de temps eu temps quelque nouveau chef- d’œuvre de sa façon.
Itonghetti écrivait plusieurs fois par an à l’artiste, et il ne manqua pas de le taire à l’occasion du monumeut d'Appiani; il envoya en même temps une paire de bottes d’un nouveau style, dites ronghettines , qui furent accueillies avec le plus grand plaisir. I.a réponse encadrée de Thorvaldsen fut appendue dans la boutique, et le sculpteur ayant fait don à Itonghetti d’un buste de lord Byron, ce buste fut placé dans le magasin, en regard d’un ouvrage de Marchetti*.
‘ R septembre.
* Konghctti avait un profond sentiment de la dignité personnelle, ainsi que toutes ses lettres en font ldi; comme la plupart des Italiens, il ne manquait pas de Hnesse, et il avait une hante idée de sa propre valeur. Un jour uu dandy parisien, se trouvant dans la nécessité de renouveler sa chaussure à Milan, se présenta dans la boutique et commit l’imprudence d’exprimer tout haut son regret d’en être réduit à une pareille extrémité. I.e bottier sentit le rouge lui monter au front; il dissimula néanmoins le ressentiment qu'il éprouvait d’une telle blessure laite à son amour-propre, et dit humblement que, dans la crainte de ne pas réussir du premier coup, il n’exécuterait «l’abord qu’une des deux hottes . d’après latpiclle, corrigée au lassoin, serait faite la seconde. La première fut nue véritable merveille eu sou genre, et elle combla tellement de joie le dandy, qu’il accourut pour en exprimer sa satisfaction. « Monsieur fera faire la seconde à Paris, s lui répomlit d’un tou déilaigueux le bottier, qui tenait sa vengeance.
Thorvaldsen >e plaisait à cumuler celle anecdote, «pii p«*iut si bien le caractère de Ronghelti.