‹ ThorvaldsenChapitre 2 sur 207 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Sjis*.iiirf de Tlioi-valdsen. — Dépositions naturelles de l'enfant pour la sculpture. — Ses études à l'Académie de Copenhague. — Se» premier» succès. — Départ pour l'Italie. — Voyage. — Arrivée à Home.

Quand sur la tomlio d’un grand artiste rj nel- *| lies années écoulées onl pacifié 1rs esprits et ramené à une juste mesure uu l’admiration ou la rivalité, les contemporains remplissent un devoir de prévoyance en recueillant les faits ipii concernent l’homme célèbre dont le souvenir est encore vivant dans la mémoire des ? m personnes au milieu desquelles il a vécu.

Ou sait de quelle utilité sont pour l'histoire de l’art les biographies que nous a laissées Vasari. Loin de penser à entreprendre un travail aussi considérable, qui embrasse plusictii's générations de peintres illustres, nous nous sommes limité à l’étude de la vie et de l’o uvre d’un seul artiste. Mais, sur ce point circonscrit, nous n'avons négligé utiemie recherche, soit auprès des personnes qui onl connu le maille, soit auprès de celles qui pouvaient savoir quelque particularité sur son existence ou sur ses ouvrages; nous avons tout recueilli, jusqu'au moindre détail, dans I espoir que

L KSPKHOKK.

I» K EM If: lu: PARTI K.

les documents ainsi rassemblés seront un jour utiles à ceux qui écriront rhistoire des arts pendant la même période. D’ailleurs toute physionomie de grand homme a un caractère d'originalité qui en rend l’étude digne d'attention, eu dehors de l'intérêt qui s’attache aux œuvres du génie.

Le sculpteur dont nous nous sommes proposé de raconter la vie et de décrire les ouvrages a joué un rôle considérable dans le grand mouvement de rénovation qui a commencé avec Mengs et Winckelniann et s'est développé pendant les dernières années du dix -huitième siècle et la première moitié du dix -neuvième avec David, Canova et Bartolini.

Albert ou Bcrtel 1 Thorvaldscn naquit à Copenhague le 19 novembre 1770*. Son père, Gottskalk Thorvaldscn, était un pauvre

1 Bcrtel est en danois un équivalent familier du nom d'Albert. L’enfant fut toujours appelé Bcrtel par scs parents et par scs camarades, et jusque dans sa vieillesse ses amis les plus intimes lui conservèrent ce noin, sous lequel il est devenu populaire.

* Les biographes ne sont pas d’accord sur l’année de )a naissance de Thorvaldsen. Les uns donnent 1771 , d'autres 1772. Mais l’artiste lui-même a toujours dit qu’il était né en 1770; c'est cette date qui est adoptée avec raison par M. Thiele, son biographe danois, et, après lui, par Nagler, dans le Nouveau dictionnaire universel des artistes, ainsi que par Miehaud, dans la Uioy rapide universelle. C’est donc par une faute typographique évidente que David d’Angers, dans une lettre bien remarquée, qui a paru en I8ii, indique 1770. Quant au jour précis, il donne lieu à de nouvelles erreurs ; Miehaud veut que ce soit le 9 novembre; M. de Loménie, dans sa Galerie des contemporains illustres, par un homme de rien , fixe le 20; pour adopter le 10, Nagler s’en rapporte à M. llasle, qui de sou côté n'avait fait que s’en fier à sou vieil ageuda. M. llaste était un respectable magistrat, ami «l’enfance de l’artiste, et qui, dans sa jeunesse, avait coutume de noter la date «le naissance de ses camarades. Interrogé par M. Thiele à ce sujet, il a supposé que le renseignement inscrit sur son agenda lui avait été donné par la mère de Thorvaldsen. Ce «pii nous parait une raison définitive pour nous y tenir, c’est la certitude qu’en Danemark, le sculpteur avait coutume «le fêter son anniversaire à cette date avec ses amis. Mais voici bien une antre difficulté : ce ne sont point, comme pour Homère, sept villes qui se disputent l’honneur d’avoir vu naître Thorvaldscn, «’C sont deux îles et la pleine mer. En effet, tandis que des biographes lui finit voir le jour en Islatule, David d’Angers (ou plutôt M. Charles Blanc, qui lui a prêté sa plume), de l.oménic et Miehaud prétendent , suivant nue antre tradition, que sa mère l’aurait mis an monde pendant la traversée «le Rejkjaviek à

Vit; DE TIIORVALDSEN.

artisan scuJpteiir en bois; sa mère, Karen Gronlund, était fille d’un paysan jutlandais *. La science artistique de Gottskalk se bornait à tailler assez grossièrement des figures destinées à orner la proue des vaisseaux marchands. Ces travaux suffisaient bien juste à faire vivre la famille dans une situation de fortune trèsmédiocre; mais ils donnèrent à Y esprit de Bcrtel sa première direction. Tout jeune encore, il aidait son père, et, tant bien que mal, il commençait à sculpter le bois. l)e vieux charpentiers, vivants il y a peu d’années, se rappelaient parfaitement ce bel enfant aux yeux bleus, aux cheveux blonds, qui souvent venait trouver son |>ère dans les chantiers du ]>ort, à Copenhague. Nul ne l’avait vu sans éprouver pour lui une vive sympathie.

Copenhague. Celte version offrirait sans doute plus d'agrément au récit, mais elle est inexacte, ainsi que nous l'a affirmé l’ami et le biographe de l'artiste. Thorvaldsen est né à Copenhague, dans la maison de Store Grtinnegade qui porte aujourd’hui le numéro 7 et qui était autrefois désignée par le numéro de quartier 256. M. Thiele a eu l'obligeance de nous y conduire.

1 Si l’on s’en rapporte aux savants annalistes de l’Islande (John Lspolin, Annales islandaises ), le sculpteur aurait pu s'enorgueillir d'une origine aussi ancienne qu'illustre. Ils fout, en effet, remonter sa généalogie jusqu'au huitième siècle, car, suivant leurs tables, les ancêtres connus de l’artiste descendraient d'IIarald llildetand, roi de Danemark, que des guerres civiles obligèrent d’abandonner sa patrie pour se réfugier d’abord en Norvège et plus lard en Islande. Là un des descendants de ce prince, Olaf Paa, devint un chef puissant, renommé dans les sagas de Landol et chaulé par les bardes, qui vantent sa générosité et son goût pour les arts. Ce chef, qui vivait au douzième siècle, sculptait lui-même sur bois; de son temps, il jouit d’une grande célébrité, et son nom est encore connu dans les pays du Nord. Olaf revivrait donc eu quelque sorte, à sept siècles d’intervalle, dans la personne de Tliorvaldscn. Ces origines si reculées sont pourtant beaucoup moins légendaires qu’on ne pourrait le croire, car l'Islande est le pays classique des généalogies, et celles qui ne remontent pas au delà du huitième siècle ne paraissent pas discutables aux savants du Nord. Quoi qu’il en soit, il est certain qu’au quatorzième siècle vivait dans l’Islande méridionale un homme riche et considéré dans le pays, Odd Petersen, dont la famille et les descendants ont presque tous occupé des positions honorables dans la magistrature islandaise. L'un d’eux, Thorvald Gottskulksen, pasteur de Myklahyc, n'ayant qu'une médiocre fortune, envoya ses deux fils à Copenhague. Le premier, Ari, mis en apprentissage chez un orfèvre, mou rut jeune. Le second, Gottskalk, qui avait quelque aptitude pour la sculpture sur bois, trouva de l’occupation dans les chantiers de# constructeurs de navires. A vingt-sept ans il se maria, et c'est lui «pii fut le |»ère de Rertcl. (V. Thiele.)

<i PREMIERE PARTIE.

, Bertcl était en effet d’un caractère doux et timide. Voici une anecdote de son enfance que nous a racontée le piété Andersen, l’un des amis les plus intimes de ses dernières années.

Il jouait un jour avec d’autres garçons de son âge sur la grande place Royale de Copenhague, où se trouve la statue équestre de Christian V foulant aux pieds de son cheval le monstre de l'Envie 1 '. Ses malicieux camarades surprenant Bertcl en contemplation naïve devant cette statue, moitié de gré, moitié de force, le hissèrent sur le cheval, et se sauvèrent. Ce pauvre enfant, tout confus, demeura immobile, comme le royal cavalier, et c’était vraiment un sjieetacle comique de le voir, avec son bonnet de coton rouge , chevaucher en si illustre compagnie. Mais les gendarmes vinrent à passer, qui, en vrais gendarmes, s’empressèrent de conduire provisoirement au piste de police non les auteurs, mais la victime du méfait.

Le petit Bcrtel avait des dispositions précoces pour la sculpture. Ilien que Cottskalk manquât lui-mème de toute éducation artistique, il eut la sage pensée de cultiver sérieusement chez son fils une aptitude qui flattait sa tendresse paternelle. Sans doute l’honnête artisan ne prévoyait pas les glorieuses destinées «pie l’avenir réservait à Thorvaldsen ; mais son bon sens lui faisait comprendre qu’avec quelque connaissance du «Icssin le fils pourrait un jour faire mieux que le père. L’enfant fut donc envoyé, à l’âge de onze ans, à l’école gratuite de l’Académie royale des beaux-arts, et dans l’espace de deux années il fit des progrès si marqués , qu’il fut bientôt en état «le prêter un concours prêcicux à Gottskalk , «font les ouvrages se firent «lès lors remarquer par un dessin moins incorrect et par riulelligcucc «le la forme. Le jeune artiste éclairait de ses faibles lumières le travail de l’artisan.

Cc|iendant Bertcl ne montrait pas une aptitude égale pour toutes les branches d’étude, surtout pour celles qui ne se rapportaient pas directement à l'objet «le sa vexation. On rapporte «pie, pendant les six premières années qn’il passa à IV-cole de Charlol-

1 C«.lte statue, qui «talc «le I <>HH , est l.i'iniv maniérée «In seul pleur Alirahain- (ésar L'Amoureux.

VIE r»E T II OR VA LDSEN.

tenborg, il parut si |R'li zélé que l’aumôuier Ilciyer, lorsque vint le tenq>s de la première communion, le mit au dernier rang du catéchisme, le considérant comme à peu près dépourvu des connaissances les plus élémentaires. Mais à la même époque avait lieu la distribution des prix de l’Académie, et Bcrtcl obtenait en récompense de son application la petite médaille d'argent. Les journaux de Copenhague en firent mention, et le nom du lauréat fut remarqué par le maître du catéchisme, qui interpella sou élève : « Thorvaldscn, serait-ce votre frère qui \ ient de remporter un prix à l’Académie? » L’écolier se redressa, rouge de surprise : « C’est moi, monsieur l’aumônier, u L’ecclésiastique, qui s'était habitué à juger Bcrtcl comme un élève sans valeur, est fort étouué par cette révélation. Sur l'heure il change de ton avec lui : u Monsieur Thorvaldscn , lui dit-il, veuillez passer au premier rang. » A ce mot de Monsieur, reniant fut tout ému. Le professeur employa désonnais cette formule, «pii faisait à Bcrtcl une situation à part dans la classe, et celui-ci en demeura tellement louché, que l’impression qu’il en ressentit resta toujours profondément gravée dans son souvenir. Parvenu à un âge avancé, entouré de toute la considération dont un artiste ait jamais joui, comblé d’honneurs, le maître disait souvent à ses amis, lorsqu’il venait à reporter sa pensée vers ses jeunes années, qu’il n'avait jamais depuis savouré la gloire avec autant de délices que le jour où elle avait fait si violemment bondir son cœur d’écolier.

Thorvaldscn avait dix-sept ans (1787) lorsqu’il remporta ce premier succès. Loin de concevoir une idée exagérée de son mérite, il ne travailla qu’avec plus d’ardeur. Calme, sérieux, réservé même, il parlait peu, et ses camarades pouvaient difficilement le distraire lorsqu’il avait pris ses crayons et s'était mis à l’étude.

Nous avons dit que sou père le destinait à devenir l’associé de scs modestes travaux. Lejeune homme cédait volontiers à l’impulsion paternelle; souvent encore il portait nu chantier le dîner de l’artisan, et tandis que celui-ci prenait quelques instants de repos, Bcrtcl s’emparait du ciseau et terminait, eu la corrigeant, la figure commencée.

Deux ans après (1789), il remporta un nouveau prix : un basrelief, l'Amour au repos, lui valut la grande médaille d’argent . Alors Gotlskalk jugea que son fils était assez instruit pour se consacrer complètement à la carrière qu'il devait suivre. Bertel était disjM>sé à se conformer à ces désirs; mais le jteintre Abildgaard, qui avait dirigé le jeune artiste dans ses études à l'Académie, avait reconnu en lui de trop sérieuses qualités pour l’abandonner à un métier iudiguc de son talent naissant. H avait voué à Thorvaldscu une affection véritable, et, tandis que scs camarades pressaient leur condisciple de rester parmi eux, le professeur alla trouver Gottskalk. Ils curent quelque peine à s’entendre. Iæ père avait rêvé pour son fils, s'il le gardait près de lui, un état modeste sans doute, mais dans lequel il croyait avoir l'assurance de le voir gagner convenablement sa vie. Une carrière plus élevée, où il ne pouvait plus le suivre, c’était à ses yeux l’inconnu avec tous ses dangers; sa tendresse s’en effrayait.

Pourtant il fut décidé que le jeune homme partagerait son temps en deux moitiés à peu près égales, l’une réservée aux études académiques qui devaient mettre un fonds de connaissances solides au service de ses instincts d’artiste, l’autre consacrée au labeur qui fait vivre. Avec ses parents il habita une petite maison d’Aabenraa, et trouva le moyen de satisfaire à la fois sou père 1 et Abildgaard.

Dès cette époque, Bertel ébauchait des bas-reliefs et sculptait en pierre des figures de ronde bosse. Son premier ouvrage digne de mention est un médaillon de la princesse de Danemark, fait en 1790, d’après une mauvaise peinture, car le jeune artiste n’avait pu qu’entrevoir cette princesse à sou passage. Ce portrait

1 Eue grande horloge de bois, léguée il y a quelques années au Musée de Tliorvaldsen et que l’on voil aujourd'hui dans la salle où se trouve l'ameublement du sculpteur, est un ouvrage de ce temps. Le jeune homme travailla également avec son père à l'écusson des armes de Danemark placé au-dessus de la porte de la pharmacie du roi. Une ceuvro plus artistique est celle qu’ils exécutèrent conjointement pour le eliüteau de Frédéricsbcrg, résidence d’été du souverain : ce sont quatre lions placés autour du rond-point qui précède l’entrée des jardins.

VIE DE THORV.U.DSEN. Ü

eut néanmoins beaucoup de succès, et la ressemblance était si frappante, que le mouleur qui acheta le modèle en débita un nombre considérable d'exemplaires.

Thorvaldscn travaillait ordinairement sur les dessins d’autres artistes, et surtout d’après ceux de son maître Abildjpaard. Une femme tenant, un téleseo|>c, placée sur le fronton de l’édifice de la Douane, a été exécutée d'après un dessin du peintre Nicolas Wolff.

De tout artiste de valeur les moindres essais sont à noter, parce qu'ils sont les tâtonnements d’un esprit qui cherche sa voie. C’est pour ce motif que nous mentionnerons quelques-uns des ouvrages du jeune sculpteur qui ne mériteraient pas autrement de prendre place dans l’énumération de ses travaux. En effet, l’Amour au renos, qu’un religieux respect a fait conserver dans le musée du maitre 1 , n’est que l’œuvre d’un écolier heureusement doué. I .’ Académie possède les autres bas -reliefs pour lesquels Thorvaldscn a obtenu ses premières récompenses. C’est d’abord Héliodore chassé ilu temple.

Bertel s’était préparé au concours en même temps que d’autres jeunes {;ens, ses amis. Dans et; but, ceux-ci se réunissaient une fins par semaine, et s'exercaient en commun à composer des sujets tires le plus souvent de l’Ancien et du Nouveau Testament. Tandis que ses camarades discutaient, Thorvaldscn , plus disposé à l’action qu’au discours, modelait déjà sa terre, ou même sa mie de pain, et avant que les autres eussent trouvé la solution du problème, il avait achevé son modèle. Ce trait est caractéristique; il montre la tournure d’esprit de l’artiste, qui, toute sa vie, applique plutôt qu’il ne discute les théories qui lui paraissent justes. Nous verrons, en effet, qu’il n’a laissé aucun travail écrit pour dire son sentiment en matière d’art : rien dans ses lettres, qui sont d'ailleurs fort rares, ne laisse supposer qu’il ait jamais eu la préoccupation d’ex|mser des principes. Ses idées, il les a traduites en marbre, et c’est avec le ciseau, jamais avec la plume, qu’il a exprimé l’éner(;ie de scs convictions.

1 Ce bas-relief est placé dan* les galeries du sim--sol .

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A l'époque ilont nous nous occupons, il était d’ailleurs loin de se sentir encore maître de lui-même, et, par suite de la timidité naturelle de son caractère, qui le portait à douter de scs propres forces, il ne dissimulait pas à ses condisciples la crainte que lui iuspirad la pensée du prochain concours. Ceux-ci avaient hui par eu faire un sujet de raillerie.

Cependant, le 1 er juin 1791 , il se présente comme les autres, et, le sujet donné, il monte en loge. Mais à peine y est-il installé que, saisi de frayeur, il s’esquive par un escalier dérobé. Sur le point île prendre la clef des champs, il rencontre un professeur de l’école, qui le gourmande doucement, et par quelques bonnes paroles l’encourage à rentrer en loge. Le jeune homme, un peu honteux de son escapade, obéit, et se mit au travail avec tant d’ardeur, que dans l’espace de quatre heures il acheva l’esquisse de Y Hcliodore chassé du temple, qui lui valut lu petite médaille d’or. Dans les deux mois suivants, il l’exécuta en marbre.

Quand on examine aujourd'hui cet ouvrage, on a peine à comprendre que Thorvaldsen en puisse être l'auteur : ce bas -relief, par ses qualités comme par ses défauts, est en désaccord complet avec l’œuvre du sculpteur. Mais les maîtres débutent bien souvent dans la carrière en suivant les traditions de l’école. L’inexpérience de la jeunesse ne leur permet pas encore d'agir autrement; et ce n’est que lorsqu'ils se sont fait remarquer par quelque travail conforme au goût du jour, que, forts de leurs premiers succès, ils peuvent, en s’affranchissant des entraves, trouver eux-mêmes leur propre voie.

Dans Y Hcliodore, la composition manque de sobriété; la scène est confuse, les personnages n’ont pas une allure franche et naturelle : mais l’ouvrage est accommodé aux idées de l’époque, et l’exécution montre assez de talent chez le jeune artiste pour attirer l’attention des contemporains. Le ministre d l.lal , M. Délier de Iteventlow, remarqua ce bas -relief et le lit mouler. Il assura Thorvaldsen de ses bonnes dispositions, et se mit à la tète d’une souscription organisée par le peintre \ Vol If dans le but de procurer au sculpteur les loisirs nécessaires au complément de scs études.

VIE DE TIIOnVALDSEN. Il

On souhaitait qu'il appliquât son talent naissant à des sujets de l'antiquité païenne.

C’est alors que liertcl composa Priant demandant à Achille le rnrfts d’Hector Thorvaldsen a plus tard traité le même sujet, mais avec un tout autre accent. Il est curieux de comparer l’essai de jeunesse avec l’ouvre magistrale de l’âge mûr.

La première composition est banale : un vieillard s’agenouille, un jeune homme le relève avec bonté, Itien d'ailleurs n'indique, à première vue, ni quels sont les personnages, ni ce qu’il y a de dramatique dans l’action.

Quelle grandeur, au contraire, et quelle énergie dans la seconde! Ce vieillard, c’est Priant, c’est le malheureux père d’Hector; ce guerrier, c’est Achille, assis, le regard fixe, le sourcil froncé; on sent bouillonner dans son cœur cette terrible colère chantée par le poète. Se laissera-t-il loucher par la pitié, ou repoussera -t- il cette immense douleur d’un père? Les compagnons du héros attendent le démodulent avec anxiété. Et pour produire un effet aussi saisissant, l’artiste n’a pas recours à des attitudes forcées : la composition est simple, et la pose de tous les personnages est naturelle.

Pourtant la première oeuvre de l’élève n'était pas absolument dépourvue de mérite. On rapporte que l’évêque Frédéric Monter, homme de goât et esprit éclairé, eu fut satisfait à ce point, qu'il prédit que Thorvaldsen deviendrait un des grands sculpteurs de son siècle. Comparé à 1 ' Iléliodore , le Priant dénotait un progrès important ; il se faisait surtout remarquer par un certain degré de simplicité et de naturel. On peut comprendre dès lors comment l'étude de l’antiquité donnera dans la suite au talent de l’artiste sa véritable direction.

A la même époque, Thorvaldsen modela un autre bas-relief de plus petite dimension, Hercule et Oinji/ia/e.

1 Cet ouvrage a été donné comme souvenir par Thorvaldsen , an moment de son départ pour Home, à l'un de ses camarades, le graveur Latide. l’Ius tard, il fut acheté pur le gouvernement danois et placé dans la collection de l’Académie.

Mais ce fut en 1793 qu’il s'engagea dans une lutte sérieuse, dont le résultat devait eu grande partie décider de son avenir. S’il obtenait la grande médaille d’or, il acquérait le droit de voyager pendant trois ans avec une pension de l’Académie. En se présentant cette fois au concours, il n'était pas soutenu par une confiance présomptueuse, mais il n’avait plus d'appréhension. Saint Pierre guérissant le paralytique lui valut le grand prix '.

Des biographes ont représenté Thorvaldsen à cette époque comme dépourvu de toute instruction. Il est évident que cette assertion est exagérée. I.es professeurs de l’Académie avaient coutume de donner à leurs élèves , comme sujets d’études, les o uvres les plus sérieuses de la sculpture ou du dessin; et dans le Saint Pierre on reconnaît déjà les traces d’une imitation et d’une sorte de réminiscence des compositions de Itaphael. Plus tard, tous les travaux religieux du sculpteur porteront l'empreinte de son admiration pour le grand peintre, de même que ses statues ou ses bas- reliefs recevront, dans les sujets païens, une sorte de reflet de l'antiquité grecque. Toutefois il est juste de dire que l’artiste, en dehors des connaissances spéciales acquises dans son art, ignorait tout ce qui ne s’y rapportait pas directement ; la littérature et l’histoire étaient presque lettres closes pour lui, et toute sa vie il ne fut rien moins qu’un lettre.

La pension attachée au grand prix de sculpture, et qui devait ■icrmettrc au lauréat de voyager pendant trois ans, n’étant point disponible, Thorvaldsen attendit à Copenhague. Pour lui permettre de continuer ses études, l'Académie lui accorda une subvention pendant deux années. Il se trouva ainsi dans une position relativement bonne, parce qu'en outre il trouva l'occasion d’être chargé de quelques travaux. H dessina des vignettes pour des éditeurs 1 ; il enseigna l’art de modeler à un certain nombre de personnes riches, et donna aussi des leçons de dessin. 11 fil même plusieurs portraits, la plupart dessinés sur parchemin et légèrement coloriés*.

1 Ce bas-relief figure A f Académie.

* Thalle , de I laslc ; Coules du Nonl, de Suliut; Essais eu prose, de Itabbcek.

1 On a retrouvé tj iK'l(|ues- uns de ces portraits. M. Tlticlc posvède une petite

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