‹ ThorvaldsenChapitre 8 sur 207 · VIE DE TROUVAI. DS EN · texte numérisé non relu

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ressemblants que l’on possède : un peu froid, mais finement touché, il donne une idée très-exacte de la physionomie de Thorvaldsen à l’âgc de (piarante ans.

En 181-4 l’artiste composa le bas-relief de Nessus et Déjanire, et il reprit le sujet de F Autour vaini/ueur , dont une composition antérieure ne l’avait pas satisfait. Une petite statue, F Amour enfant , et celle de la jeune Gcorgina Russell, datent du même temps.

A l’année 1815 se rapportent quatre bas-reliefs d’une haute importance : F Atelier de Fulcain, où se trouvent groupés près du dieu, Vénus, l’Amour et Mars; la belle composition, Achille et Priam, dont nous avons déjà parlé, oeuvre grande et savante, et, à notre avis, le chef-d’œuvre de Thorvaldsen ; enfin, les deux médaillons si célèbres, l’Aurore et la Nuit. Ce dernier fut, dit-on, conçu dans une nuit d’insomnie, et exécuté en un jour. C’est d'ailleurs une œuvre vraiment inspirée : la déesse des ombres, lancée dans l’espace avec une légèreté infinie, s’envole, emportant dans ses bras ses deux enfants, le Sommeil et la Mort. L’Aurore est un pendant; c’est aussi une œuvre remplie de grâce, mais elle n’a pas la même valeur que le médaillon précédent. Il y a entre ces deux ouvrages toute la distance qui sépare de l’inspiration subite, irrésistible, l’effort ingénieux et réfléchi. Ces deux compositions, très-appréciées des connaisseurs, acquirent promptement une grande faveur dans le public; elles furent gravées sur pierres fines et sur coquilles, moulées en plâtre et en pâte, reproduites en un mot sous toutes les formes.

Tandis que ces deux bas-reliefs augmentaient encore la réputation de Thorvaldsen à Rome, et que les Italiens eux-mêmes, malgré leur jalousie instinctive contre les étrangers, ne pouvaient lui refuser leurs éloges, quelques-unes de scs œuvres, et surtout uue belle série de dessins envoyés à l’Exposition de Copenhague, attiraient plus que jamais sur le sculpteur l’attention de scs compatriotes. Le roi Frédéric VII, qui régnait alors en Danemark, avait tort peu de connaissances en matière d’art. Nature franche et loyale, il ne chercha pas à prendre les apparences d’un rôle qu’il sentait ne

pas convenir à la tournure de son esprit, et il laissa volontiers ce soin et cet honneur à son fils, le prince Christian -Frédéric. La capitale n'était pas encore sortie des décombres dans lesquels le bombardement de 1807, par les Anglais, l’avait laissée, et il restait beaucoup à réédifier. Le prince, malgré l’insuccès de sa première démarche, était si désireux d’obtenir de Tliorvaldsen un concours dont il comprenait toute l’importance, qu'il était prêt à tenter tous les efforts pour parvenir à son but. Il engagea donc vivement les amis de l’artiste à joindre leurs prières aux siennes, et le sculpteur reçut presque en même temps plusieurs lettres pressantes , dans lesquelles on lui exposait l’estime que tout le monde à Copenhague faisait de son talent, et combien le secours de ses lumières était nécessaire. On lui disait en même temps qu’il 11 e serait pas digne de lui d’eu priver sa patrie.

« Il est encore souvent question de toi et de tes ouvrages (lui écrit son ami le professeur Brôndsted , à la date du 2 décembre 1815) , non-seulement parmi le petit nombre des personnes qui ont réellement l’amour et la connaissance de l’art , mais encore dans deux autres publics, dont les jugements, bien qu’au fond peu dignes d’estime et quelquefois tout à fait réeusablcs, ont cependant de l’importance, à cause de l’influence prépondérante qu’ils exercent sur la vie sociale. J’entends par ces deux publics, la foule, et ce qu’on appelle communément le beau monde ou la noblesse. Les opinions de cette classe 11 e sont souvent ni grandes ni nobles, comme une longue expérience l’a démontré. Je dois pourtant leur rendre cette justice, que, dans ces derniers temps, on a parlé de toi partout avec un enthousiasme qui m’a fait un vif plaisir, ainsi qu’à tes autres amis, quoiqu’il nous ait été facile de voir que cette admiration ne prenait sa source ni dans des idées justes de l’art en général, ni dans des appréciations bien nettes de ton génie et de ton mérite en particulier. »

La lettre du professeur Briindsted sc terminait par ccttc phrase : « Bref, la conclusion de tout ceci est que fit dois venir, pour le pays autant que pour l’art et pour toi-mème. « Cela était vrai, et Tliorvaldsen le comprit. Mais bien tpi’il crtt le désir sincère de

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faire profiler sa pairie des connaissances qu'il avait acquises en matière d'art, il fut forcé de remettre cette satisfaction à une époque ultérieure. Pour exécuter les commandes qui surgissaient de tous côtés, il venait précisément de donner une nouvelle extension à ses travaux. Au pied des hautes terrasses du palais Barkcrini, à l’angle de la place et de la ruelle Vicolo délie Colonncttc, il avait remarqué trois bâtiments continus, bordant un jardin, et qu’il trouvait tout à fait à sa convenance pour y établir trois ateliers 1 . Il s'y installait au moment où on l'appelait à Copenhague, et c’est là qu’il vécut de longues années, composant des œuvres nouvelles, et les faisant répéter par scs élèves. Il ne put donc que répondre une lettre d’excuses au prince de Danemark, alléguant les nombreux engagements pris et l’obligation d’y satisfaire, et promettant en même temps de ne plus en contracter de nouveaux, afin de pouvoir se rendre aux vœux de ses concitoyens dès le printemps de l’année suivante. Mais differentes circonstances imprévues P empêchèrent de réaliser ce projet, qu’il ne mit definitivement à exécution qu'au mois de juillet 1819.

Cette période du séjour de Thorvaldsen à Rome fut encore féconde en grandes productions. En 1816, il modela une nouvelle statue d ' Hébè , variation de celle qu’il avait composée dix ans auparavant. Le sein droit de la première est nu; la seconde, plus richement drapée dans son chiton, a les seins également couverts, et tout dans son maintien respire la grâce pudique. Il fit aussi un nouveau Ganytnèile . Le premier présente la coupe pleine, le second verse d’une amphore le nectar des dieux.

C’est dans le eonrs de la même année que fut terminée la l'énus, cette belle et noble figure que l'artiste a si longuement étudiée, et pour laquelle il a successivement employé plus de trente modèles. Le maitre laissa de côté son premier essai de 1805, dont il n'avait pas été satisfait, et il consacra (mis années d’un travail assidu à l’achèvement de cette nouvelle figure, l’un de ses ouvrages les plus soignés. Cette statue fut souvent reproduite : les première excni-

1 Thielc.

plaircs en marbre furent exécutés pour lord Lucan, la duchesse de Dcvonshire, et un peu plus tard pour sir Henry La bouchère. M. Tliielc rapporte qu’ils coururent de grands dangers avant d’arriver en Angleterre, aux lieux de leur destination. C’est ainsi que le marbre de la duchesse de Dcvonshire fut brisé au bras gauche, lors du débarquement ; et pour dissimuler cette rupture, on a paré d’un bracelet d’or le bras de la statue. Cet exemplaire est au château de Chatswortli. Quant au marbre de lord Lucan, il fil naufrage sur les eûtes d’Angleterre avec le navire qui le portait. Mais « Vénus Astarté, fille de l'onde amère », sortit de nouveau du fond des eaux , grâce aux efforts que l’on fit pour la sauver. Elle était intacte! Enfin la statue, impatiemment attendue par sir Henry Labouchèrc, était arrivée à bon port. Déjà le bras puissant de la grue l’enlevait du navire, lorsque le câble se rompit, et la lourde caisse passa au travers des écoutilles pour tomber pesamment à fond de cale. Par bonheur la cargaison se composait de blé, et la déesse fut encore une fois préservée. Cérès avait sauvé Vénus.

En même temps qu’il achevait la félins, Thorvaldscu exécuta cette célèbre restauration des marbres d’Egine qui lui fit, et a bon droit, parmi les savants autant d’honneur que scs belles productions |>ersonnellcs. Ce n’était pas en effet une entreprise vulgaire «pic celle d’un travail de cette nature, et il fallait une grande science de l’art grec pour se mesurer avec les difficultés qu’il présentait. Mais nous avons vu (pie Thorvuldscn possédait une intelligence admirable de cet art, et il l’a prouvé cette fois mieux (pie jamais, car il est douteux cpi’on eût trouvé aucun autre artiste en étal de résoudre ce problème d’une façon aussi satisfaisante.

On sait que ces marbres avaient été découverts en 1811 dans l’Ile d’Eginc par le baron de Haller, Cockcrell, Fonder et Liukh. lis ornaient autrefois le fronton d’un temple consacre à Jupiter Panhellénicn. En 1812, le prince de llavière les acheta, au prix de 1 50,000 francs, et c’est lorsqu'ils furent transportés à Home (pie Thorvaldscu fut chargé de les restaurer : un grand nombre de fragments, des membres entiers, manquaient. L'artiste, en homme (pii sait, comprit toute l'importance de la tâche qu’on lui imposait;

VIF. DE TIIOB VAI.DSEX

aussi n’est-ce qu'avec une certaine répugnance qu’il en accepta la responsabilité; mais, une fois à l’œuvre, il se passioitua pour ce travail, qui devint son occupation favorite. Afin d’y procéder plus sûrement, il loua sur le Corso un local assez vaste pour pouvoir disposer tous ces fragments, recomposer le fronton, en étudier l’ensemble et suppléer avec précision aux lacunes, eu conservant dans toute sa pureté le style semi-hiératique de l’œuvre. Tborvaldsen n'employa pas plus d’une année à l’acliéveiueut de cette restauration, l.es statues étaient eu marbre de Paras, et il apporta le plus grand soin à assortir la teinte des morceaux refaits, de façon à tromper, ou peu s’eu faut, un œil exercé, fl arrivait souvent que quelqu'un des nombreux curieux dont l’atelier recevait chaque jour la visite, lui demandait quelles étaient les parties modernes. «Je 11 e saurais le dire, répondait en riant le sculpteur; j'ai négligé d’y faire des marques, et je 11 e m’en souviens plus. Voyez si vous pouvez les reconnaître vous-même. « Malheureusement les fragments rapportés de ce magnifique fronton , que possède la Glyptothcque de Munich, se distinguent aujourd’hui au premier coup d’œil par la différence de couleur; la teinte du marbre moderne, si soigneusement assortie, devait en effet se modifier à l'air, taudis que celle du marbre antique était désormais immuable.

L’année suivante, en 1817, Tborvaldsen produisit, outre un marbre de l 'Amour vainqueur modelé en 1811, une Bacchante connue sous le nom de la Danseuse, le buste de Lord Byron, un Jeune berger avec son chien, un groupe de Ganymède et l’Aigle, et une statue de l’Espérance. D’après le poète Andersen , dans le Conte de ma vie , Tborvaldsen aurait rapporté en ces termes son entrevue avec l’auteur de C hilde- Harold : « C’est à Home que j’eus à faire la statue de lord lîyron. Quand ce noble personnage vint poser dans mon atelier, il s’assit en face de moi, et aussitôt il affecta un air étrange et tout à fait différant de sa physionomie naturelle. « M y lord, lui dis-je, veuillez rester assis tranquillement; mais, je vous en prie, ne prenez pas un air si désolé. « — « C’est l’expression qui caractérise mou visage, » répliqua Byron. — ” Vraiment! a dis-je, et, sans m'embarrasser de celle prétention, je me mis à travailler à mou

idée. Quand le buste fut terminé , tout le inonde trouva qu’il était d'une ressemblance frappante; mais le lord en fut peu satisfait. «Cette fi(;urc n’est pas la mienne, dit-il, j’ai l’air bien plus malheureux que cela. » Car il voulait obstinément avoir l’air malheureux ! a On voit que la nature naïve de Tkorvaldscn avait peine à comprendre cette immense infortune d’imagination. Le génie de ces deux hommes était profondément opposé, comme la trace que chacun d’eux a laissée dans l’histoire de l'art est divergente.

Le groupe de Ganymède et l’Aigle, celui du Jeune berger avec un chien et la statue de l ' Espérance portent l’empreinte de l’étude assidue que pendant toute une année l’artiste venait de faire des hginètes, et ces ouvrages ont une sévérité de style particulièrement remarquable. Tandis que Tliorvaldscn travaillait au Ganymède , le modèle qui posait alors pour cette figure, modèle dont les formes étaient d'une pureté presque exceptionnelle, étant allé s’asseoir dans un coin de l’atelier, prit une attitude si heureuse, que le sculpteur en fut frappé. 11 conçut alors la composition du Jeune Berger , auprès duquel il a placé sou chien favori Teverino. Quant à la statue de l’Espérance, c’est une œuvre tout à fait archaïque. Un marbre réduit en a été érigé plus tard sur la tombe de la baronne de Uumboldt.

Plusieurs Académies avaient déjà fait au sculpteur danois l’honneur de l’accueillir dans leur sein; au mois de septembre 1817, celle des beaux-arts «le Pérouse lui adressa un diplôme d ’ Accademico di merito, et il devint membre de celle de Carrare le 13 février 1818. La restauration des marbres d’Egine avait aussi valu a Thorvaldsen le titre de membre «le l’Académie romaine d’archéologie.

On rapporte que l’artiste se promenant un jour sur le Corso, vit un portefaix assis sur une borne dans une attitude à la fois naturelle et singulière «pii le frappa vivement. Suivant son habitude, il en prit un rapide croquis sur son album, et ce croquis lui donna le mouvement «lu Mercure, l’une de ses meilleures créations, terminée l’année suivante '. Plusieurs marbres ont été exécutés de cette belle et sévère composition.

VIE DE TIIOR VALDSEN.

L’ élégante statue de la princesse Baryatinska est de la même année. Tliorvaldsen a su conserver à ce portrait toute l'aristocratique distinction du modèle et sou allure britannique (la princesse était Anglaise), sans pour cela s’écarter de la sévérité et de la pureté du style antique. Cette statue est, à notre avis, dans tout l’œuvre de l'artiste, la plus belle représentation d’une figure contemporaine. Par suite de diverses circonstances le marbre, morceau d’une très-bonne exécution, est demeuré dans l'atelier de Tliorvaldsen, d'où il a passé enfin dans son musée.

Jésus donnant à saint Pierre les clefs du paradis , qu'on voit en marbre dans la chapelle du palais Pitti à Florence, a été modelé à la même époque, et c’est aussi pendant cette période que fut achevé le groupe des Trois Grâces. La première ébauche en avait été faite en 1817, et le maître avait confié à son élève Tcnerani le soin d’étudier séparément chaque figure pour l’amener au point. Ce premier travail achevé, Tliorvaldsen prit seul en main l’ouvrage et le termina entièrement; plus tard, il composa une répétition assez différante du premier groupe. Bien qu’elle ait obtenu d’éminents suffrages, nous ferons des réserves sur le mérite de cette œuvra, dont ni l’une ni l’autre variation ne nous satisfait réellement. Quant au petit Amour qui figure dans toutes deux , il fut justement apprécié, et il en existe, dit-on, plus de douze marbres séparés.

1 La slatuc avait été commandée par le prince ltaryaliiiski pour le prix de 3, 000 écus romains, dont il pava un tiers d'avance. Ci; seigneur étant mort, Tliorvaldsen négligea de s'informer de l’adresse de la princesse, qui mourut plusieurs années après, ayant tout à fait oublié sa statue. Le Hls réclama le portrait de sa mère, offrant de payer le complément du prix. Mais à cette é|MMpie le Musée de Copenhague, déjà mis en possession de la riche succession de l'artiste, ne crut pas devoir se dessaisir d'une œuvre aussi précieuse. La somme versée fut restituée au jeune prince, pour lequel M. Bissen exécuta une copie en marbre.

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