APOLLON
mille et se nommait Vittoria Cardoni. Tous les peintres, tous les sculpteurs, tentèrent de reproduire cette beauté à la fois si pure, si admirable , et si étrange; mais, de leur commun aveu, personne n’y réussit pleinement, et Thorvaldsen ne
VIE DE THORVALDSEN.
fut pas plus heureux que les autres. Cependant il se servit du joli buste qu’il modela d’après cette jeune fille, pour une figure de femme qui fait partie du Sermon de saint Jean (i).
Thorvaldsen paraît avoir été préoccupé de ses grands travaux religieux depuis son départ de Copenhague : sur les débris d’un portefeuille de voyage, on a retrouvé une foule de croquis, représentant des apôtres ou d’autres figures chrétiennes , soit que ces figures lui vinssent à l’imagination au moment même, soit qu’il en trouvât l’idée dans quelqu’une des œuvres étrangères observées durant son voyage.
A Rome il se livra ensuite à des études d’un ordre plus élevé, fit avec soin un grand nombre de dessins , et , dès les premiers mois de l’année 1821, commença ses ébauches en argile. Après en avoir modelé plusieurs, il appela ses élèves à son aide : celui qui était désigné pour étudier une des figures prenait la petite ébauche en terre, qui lui donnait le mouvement; il recevait des instructions précises pour le choix du modèle à faire poser, pour le jet de la draperie; le maître venait surveiller, corriger le travail, . le modifier, le reprendre, et c’est ainsi que tant de grands ouvrages pouvaient être menés d’ensemble avec une certaine rapidité.
Le Saint Paul avait été confié à un jeune artiste qui ne se trouva pas à la hauteur de cette mission ,
(i) C’est la femme assise qui tient un enfant.
et le maître refit en entier le modèle. Bienaimé l’aîné, chargé d’étudier le Saint Pierre, avait mieux réussi ; avec un vrai talent il avait amené son ébauche au point voulu. Ces deux apôtres sont incontestablement très-supérieurs à tous les autres.
Quand, après bien des essais, Thorvaldsen eut arrêté dans sa pensée l’attitude qu’il donnerait à son Christ, il admit Tenerani à une certaine part de collaboration dans cette œuvre, mais uniquement pour étudier les détails de la figure. Plus tard, en modelant lui-même l’argile de grande dimension, il fut atteint d’une courbature, causée par la fraîcheur de l’atelier, et remit provisoirement la figure entre les mains de Tenerani. Forcé d’interrompre un travail qui demandait une complète liberté d’action, il ne put cependant rester inactif, et il employa le temps que dura cette indisposition à s’acquitter de sa promesse envers l’Académie des beaux-arts de Milan. Il composa le monument d’Appiani : le Génie de l’art chante la gloire du peintre, dont les Grâces déplorent la mort. Dès que Thorvâldsen fut rétabli, il reprit à lui seul la statue du Christ,, dont il termina l’argile avec soin. Pendant ce temps, les Apôtres et le Sermon de saint Jean avançaient partiellement entre les mains de ses élèves (i), de sorte qu’en 1822 cette œuvre com-
(i) Bienaimé jeune, Tenerani jeune et Marchetti étaient chargés de saint Matthieu, de saint Thomas et de saint
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plexe avait déjà fait de grands progrès, et qu’une partie importante en avait été livrée au moulage.
Elle eut bientôt à subir les amères critiques de la jalousie ; mais l’artiste paraît ne pas s’en être inquiété. Encouragé par de sérieuses approbations, il écrivit à un ami :
« Mes récents travaux de grande dimension, notamment le modèle de la statue colossale du Christ et ceux des apôtres saint Pierre et saint Paul, ont eu le bonheur d’enlever les suffrages de tous les connaisseurs de cette ville. »
Thorvaldsen passant d’un travail à l’autre avec une remarquable liberté d’esprit, poursuivit en même temps ses ouvrages destinés à l’Allemagne ; il allait de son Christ au monument de Poniatowski, du Saint Jean à la statue du prince Potocki , ou au monument de Copernic.
Pendant l’été de 1822, il trouva près de son atelier un vaste local , servant d’écurie au palais Barberini, dont le jour était excellent; il s’em-
Jacques. Les autres apôtres étaient étudiés : saint Philippe, par Pettrich; saint Jacques, par Bienaimé jeune; saint Simon, par Émile Wolff; saint Barthélemy, par Carlesi; saint André, par Joseph Hermann. Quant au saint Jean, exécuté par Paccetti, il fut laissé de côté et recommencé en 1824 par Marchetti. Celui de Paccetti fut plus tard modifié et servit à représenter le saint Thaddée, afin de compléter en toute hâte les douze apôtres, quand l’artiste fut vivement sollicité d’envoyer sans délai tous les plâtres à Copenhague, parce qu’on voulait inaugurer la nouvelle église. Ces plâtres furent embarqués à Livourne en janvier 1828.
pressa d’en former ce qu’il apf>ela son grand atelier , parce qu’il y réunit bientôt tous ses modèles d’importante dimension. Le Sermon de saint Jean-Baptiste y fut rassemblé tout entier , et Ton put dès lors en apprécier l’ensemble.
En 1823, il composa aussi son premier du baptême (i).
Thorvaldsen était alors en possession complète de sa gloire. Il était même sans rival à Rome, puisque les arts avaient perdu Canova en octobre 1822. Six mois après, le 23 mars 1823, peu s’en fallut qu’ils ne fissent une nouvelle perte : un accident faillit coûter la vie au sculpteur danois. Nous trouvons le récit de cet événement dans une lettre de Léopold Robert à son ami le peintre Navez, lettre datée de Rome, 2 avril 1823 (2) :
« 11 faut que je te conte, mon cher, un événe-
(1) Il se proposait de l’offrir à l’église de Notre-Dame, car il n’avait rien été stipulé sur ce point. Le marbre lui en ayant été commandé par lord Lucan, il l’exécuta, et lit un peu plus tard une nouvelle composition. Cette fois l’ange est agenouillé ; c’est celui qui ligure aujourd’hui dans l’église.
(2) Nous devons la communication de cette lettre à la parfaite bienveillance de M. Feuillet de Conches, qui a bien voulu la détacher à notre profit de sa riche collection d’autographes. — Navez, élève, comme Léopold Robert, de Louis David, était né à Charleroy, le 16 novembre 1787; il y est mort il y a quelques années. Talent sérieux et classique, mais de peu d’élan, il a beaucoup produit. En dernier lieu, il fut directeur du Musée de peinture de Bruxelles et de l’Académie des beaux-arts. Il compte parmi les plus assidus correspondants de Léopold Robert.
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ment qui a surpris tout le monde et qui tient du miracle. M. Thorvaldsen a failli être tué d’un coup de pistolet. La matinée du samedi saint, il était chez lui. Le petit bonhomme de la maison (i) était entré pour lui demander ses pistolets pour s’amuser. Tu te rappelles sans doute le tapage que l’on fait dans Rome au moment de la Résurrection. M. Thorvaldsen prend les pistolets, et, ne se rappelant pas s’ils étaient chargés , en veut faire partir un par la fenêtre , mais il n’était pas chargé. Pendant ce temps, le gamin prend l’autre , il a l’imprévoyance de faire la même chose que M. Thorvaldsen, sans faire attention que l'arme était dirigée contre lui. Le coup part : la balle l’atteint à l’endroit du cœur même, traverse sa redingote, son gilet, sa chemise et le gilet de flanelle, s’arrête sur les côtes, en faisant une légère meurtrissure. Mais ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que la balle a passé entre deux de ses doigts qu’elle a atteints assez fortement. La force du coup le renversa sur son canapé. Il se crut d'abord atteint mortellement. Ne s’étant pas aperçu de sa blessure à la main, la première chose qu’il fit fut de la porter sur l’endroit qu’il croyait atteint. Le sang qui sortait de sa main couvrit toute sa chemise, et ne contribua pas peu à lui faire croire qu’il n’avait plus que quelques heures à vivre. Mais il fut bientôt détrompé. Je te demande si
(i) Le jeune Buti.
cela ne tient pas du miracle? Il y en a que l’on cite qui ne sont pas plus étonnants. Il aurait suivi de bien près Canova ! »
Thorvaldsen fut obligé de se soigner et pendant quelques jours de porter le bras en écharpe. Bientôt ses amis n’eurent plus qu’à célébrer le bonheur providentiel qui l’avait préservé; une grande fête fut donnée dans ce but, et de nombreuses félicitations en prose et même en vers lui furent adressées.
Le sculpteur, qui jusqu’alors avait eu peu de relations avec les grands dignitaires de l’Eglise romaine, eut l’occasion d’être présenté par le prince de Danemark à l’illustre cardinal Ercole Consalvi, cet habile adversaire de Napoléon I", qui avait autrefois négocié le Concordat, et qui eut ensuite à porter le poids principal de la querelle entre la Papauté et l’Empereur.
Les Romains professaient une grande vénération pour Pie VII, et ils en avaient une presque égale et non moins méritée pour Consalvi. Quant au cardinal, il avait voué au Saint-Père une respectueuse et filiale affection; dès l’année 1822 il avait songé à élever un monument à la mémoire de Pie VII, bien que le Pontife vécût encore à cette époque. Le testament de Consalvi (i) pone en effet :
« Considérant qu’il serait grandement incon-
(i) Voir les Mémoires du cardinal Consalvi, publiés par J. Crétineau-Joly , t. I"’, 2* édit., 1866. H. Plon.
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venant qu’un Pontife de tant de célébrité, qui a si bien mérité de l'Église et de l’État, comme Pie VII, n’eût point après sa mort (puisse Dieu prolonger ses jours !) un tombeau dans la basilique Vaticane, comme semble l’indiquer la médiocrité des revenus qu’il laisse à ses neveux; mû par mon dévouement et mon attachement à sa Personne Sacrée, inspiré par la reconnaissance que je lui dois comme premier cardinal de sa création, comblé des bienfaits de sa souveraine bonté, j’ai résolu de lui faire ériger un mausolée à mes frais dans la susdite basilique.
» Dans ce but, j’ai tâché de faire des économies sur les dépenses annuelles destinées à mon entretien, et de réunir une somme de vingt mille écus romains. Si je mourais avant Sa Sainteté, comme je le désire, mon héritier fiduciaire reste chargé de consacrer la somme fixée à l’érection de ce tombeau, dont l’exécution sera confiée au ciseau du célèbre marquis Canova, et, à son défaut, au célèbre chevalier Thorvaldsen, et, si celui-ci ne pouvait l’exécuter, à un des meilleurs sculpteurs de Rome.
» L’inscription suivante sera gravée sur ce tombeau :
PIO VII, CHIARAMONTIO , CÆSENATI, PONTIFICI MAXIMO, HERCULES, CARDINALIS CONSALVI , ROMANUS,
AB ILLO CREATÜS.
» Le tombeau aura trois statues : sur Turne,
celle du Pape; au.x deux côtés, celles des vertus, la Force et la Sagesse.
• Rome, I"' août 1822.
)) Signé : E. cardinal Consalvi. »
Pie VII précéda son fidèle ami dans la tombe, et ce fut une profonde douleur pour Consalvi , qui songea dés lors à mettre à exécution le projet consigné dans son testament. Canova étant mort, il fit appeler Thorvaldsen. C’était au mois de novembre 1824. Lorsqu’on vint avertir l’artiste, il travaillait précisément à l’une de ses œuvres religieuses, l'Ange du baptême; surpris de ce message, il se rendit au palais habité par le cardinal; dès qu’il eut décliné son nom, il fut reçu avec de grands égards et conduit auprès de Son Éminence.
Thorvaldsen fut tellement pénétré de l’honneur que lui faisait le cardinal, lorsqu’il entendit ce prélat lui offrir d’exécuter le tombeau de Pie VII, que, malgré les immenses travaux dont il était déjà accablé, et avec sa témérité ordinaire sur ce point, il accepta sans hésiter. En revenant à son atelier, lui habituellement si discret et si réservé, il raconta joyeusement aux amis qu’il rencontra cette bonne fortune inouïe à ses yeux (i). Le cardinal donnait certainement une haute preuve d’estime à l’artiste protestant, en le chargeant
(0 Thiele.
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VIE DE THORVALDSEN.
d’élever un monument dans Saint-Pierre de Rome au chef de la catholicité. Mais, à défaut du sculpteur catholique Canova , Consalvi n’avait trouvé aucun artiste qui pût être préféré à Thorvaldsen. Telle doit être l’interprétation à donner aux termes du testament, qui assigne un rôle subsidiaire au sculpteur danois.
Cette commande produisit une grande surprise à Rome; les ennemis de Thorvaldsen en firent le motif de nouvelles et violentes attaques. Néanmoins, tant que vécut le cardinal, tout alla bien, et il n’y eut pas lieu de prendre souci de la cabale. L’artiste se mit à l’œuvre, suivant les indications précises qui lui avaient été données, et dont il lui eût été d’ailleurs difficile de s’écarter, car il était alors admis par l’usage, fondé sur des précédents, qu’un monument en l’honneur d’un Pape décédé devait se composer du portrait du Pontife et de deux figures allégoriques. La disposition de l’ensemble était même commandée par l’emplacement réservé aux mausolées dans les chapelles de Saint- Pierre.
La première ébauche en terre glaise fut exécutée en janvier 1824 (i). Le Pape est assis, il tient une
(i) Les deux premiers croquis qu’on retrouve de ce monument sont rapidement crayonnés, l’un au verso d’une lettre du 12 novembre 1823, le second au dos d’une lettre qui porte la date du 10 décembre. (Thiele.) Le Musée de Copenhague conserve un grand nombre d’esquisses semblables parmi les papiers de l’artiste.
palme à la main, et deux anges soutiennent audessus de sa tète une couronne étoilée. Cette composition ne fut pas acceptée, parce que ces deux attributs , la palme et la couronne d’étoiles , appartiennent aux saints , et que naturellement Pie VII, qui venait de mourir, n’était pas canonisé.
Le cardinal mourut le 24 janvier 1824, à l’âge de soixante-sept ans, au milieu du deuil universel. Il avait depuis longtemps placé au Mont-de- Piété de Rome (i) les vingt mille écus destinés à l’érection du monument, et, grâce à ce dépôt, aucune difficulté pour le payement ne pouvait être faite à l’artiste; mais l’envie et l’intolérance lui suscitèrent de nombreux ennuis, et il n’était pas près de voir la fin des tourments que cette affaire devait lui causer.
Thorvaldsen fit une nouvelle esquisse. Cette fois , il représenta le Pape se démettant de toutes ses grandeurs comme souverain et comme pontife : il a déposé la tiare, et il est assis, accablé sous le poids de toutes ses souffrances. Bien que la composition fût touchante, elle ne pouvait con-
(i) Ce dépôt avait été fait quelques jours après sa première entrevue avec le sculpteur. Dans le document officiel qui le constate, Consalvi déclare la somme remise par une personne qui ne s’est pas nommée, sans doute parce qu’il lui répugnait de paraître faire publiquement parade de donateur. Mais la récente publication de son testament , dont nous avons reproduit plus haut la dernière clause , nous a éclairé définitivement sur ce point.
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venir aux idées admises par l’Eglise, et ce n'était pas ainsi que devait être représenté le Père des fidèles au moment de sa délivrance terrestre. Il fallut donc imaginer un troisième modèle.
Pendant que l’artiste s’occupait de ce travail, il avait aussi donné son a,ttention au buste du Saint-Père, dont il avait étudié la figure. Comme documents il possédait plusieurs bonnes peintures, mais un masque surtout lui fut d’une grande utilité. Cette partie de l’œuvre était à peine commencée quand mourut le cardinal.
Les nombreux amis de Consalvi souhaitèrent qu'une médaille fût frappée en l’honneur de l’illustre homme d’Etat; à cet effet, un comité se forma sous la direction de la duchesse de Devonshire et de l’ambassadeur du roi de Hanovre, le baron de Reden. La souscription, rapidement couverte de signatures, atteignit un chiffre si élevé, qu’après qu’on eut fait frapper deux médailles, l’une de Girometti et l’autre de Cerbara , il resta un excédant de sept cent soixante-quatre écus (i). On n'hésita pas à venir trouver Thorvaldsen, et on le pria de vouloir bien exécuter un monument. L'artiste, heureux de pouvoir donner cette marque de pieux souvenir , s’en chargea sur-le-champ.
Le monument devait être élevé au Panthéon, où le cœur de Consalvi avait été déposé. A l’aide d’un buste appartenant à M. Torlonia, d’un por-
(i) Thiele.
trait peint par Lawrence et de la médaille de Girometti, Thorvaldsen modela le buste, en se faisant assister des indications d’une personne qui avait vécu longuement et familièrement avec le cardinal. Il fit ainsi une belle oeuvre et un portrait ressemblant (i). .
L’érection du mausolée fut entravée par des difficultés imprévues; pour les faire lever, le baron de Reden dut avoir recours au Pape lui-même, et ce ne fut pas sans peine que l’inauguration put avoir lieu le 17 septembre 1824.
Le sarcophage ne portant qu’une simple inscription, l’artiste trouva l’œuvre insuffisante, et fit lui-même les frais d’un bas-relief , pour lequel il imagina une composition qui en complète la signification. Un des services les plus considérables rendus par Consalvi à la Papauté était sans contredit d’avoir, après d'habiles négociations au congrès de Vienne , fait recouvrer au Saint-Siège les provinces que lui avait enlevées le traité de Tolentino, en 1799. Ces provinces sont figurées par des femmes agenouillées devant Pie Vil, qui les bénit; elles sont présentées au Souverain Pontife par le cardinal (2).
(1) l.e comité offrit à Thorvaldsen pour son marbre la somme de 440 écus, et les 324 écus restants furent employés à l’acquisition du sarcophage.
(2) Peu de temps après l’offre que Thorvaldsen fit de ce bas-relief, il reçut à son tour, de la part du comité et des mains du baron de Reden, son président, une coupe d’ar-
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VIE DE THORVALDSEN. 14.S
Le monument de Consalvi fut donc achevé longtemps avant celui de Pie VII, qui demandait beaucoup plus d’étude et de travail. Ce dernier n’éiait d’ailleurs pas négligé, et la troisième esquisse, qui parvint à mettre d’accord l’artiste et les personnes chargées de suivre l’exécution des volontés du défunt cardinal, était terminée dès la tin de l’année 1824. Le Pape est revêtu de ses habits sacerdotaux ; il est assis sur son siège pontifical; la lourde chape recouvre son bras gauche; sa main droite est levée et bénit.
L’esquisse adoptée, Thorvaldsen acheva prudemment cette œuvre sans en parler (i); quand la statue du Pape fut terminée, c’est-à-dire en 1825, on s’en occupa dans la ville. Les envieux s’efforcèrent de soulever à ce propos une sorte de conflit religieux ; mais le maître persista résolûment dans son travail. Les deux statues, la Force et la
gent, ornée de médaillons frappés à Teffigie du cardinal, avec cette inscription gravée au milieu de guirlandes de vigne :