‹ Thorvaldsen sa vie et son óeuvreChapitre 13 sur 189 · ROM A M. D. CCC. XXV · texte numérisé non relu

ROM A M. D. CCC. XXV

Le sculpteur donna plus tard cette coupe à sa fille. (Thiele.)

(i) Bienaimé fut chargé d’en faire un modèle colossal. Le buste était achevé déjà par Thorvaldsen, qui l’avait longuement étudié. La tête dut être chargée de la tiare, et les vêtements pontificaux eux-mêmes furent confiés à l’artiste, pour qu’il eût plus de facilité à exécuter les draperies. Aussi les visiteurs trouvèrent-ils pendant quelque temps la porte de l’atelier fermée.

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Sagesse, qui devaient accompagner la figure principale, étaient dessinées; il les mit aussitôt entre les mains de ses élèves, pour en faire les premières ébauches en relief. « Peu m’importent toutes ces cabales, disait-il à ses amis; le monument m’a été commandé, et je vous réponds que je le finirai. »

Par une coïncidence assez curieuse, au temps même où ces mesquines rivalités tentaient de se faire une arme de l’intolérance, en iSzS, on vint au nom d’un couvent de capucins prier l’artiste de vouloir bien se charger de l’érection d’une croix avec ornements et inscriptions, sur la place dite des Capucins, à côté de la place Barberini. Au point de vue de l’art, c’était un ouvrage bien peu digne du talent d’un maître; mais Thorvaldsen, devinant sans doute le parti qu’il pouvait tirer de cette circonstance, accepta volontiers, et il mit tant d’empressement à satisfaire ses nouveaux clients, que bientôt la croix fut solennellement érigée (i). Répondre ainsi à ses adversaires était plus habile que discuter. N’accepter aucune rétribution pour ce travail, c’était en outre user d’un procédé généreux bien fait pour toucher le cœur des bons moines, qui eux aussi peut-être, en rusés capucins, avaient finement calculé les chances et pressenti la possibilité d’élever ainsi leur croix à peu de frais. Quoi qu’il en soit, la libéralité du

(1) 20 avril 1825.

VIE DE THORVALDSEN.

sculpteur est consignée sur le devis même des dépenses. On y lit : « Tutto èconchiuso! S. Francesco è un gran santo! Saremo quattro benefattori. Il cavalière Thorvaldsen, benefattore, s’incarica dell’ esecuzione, etc. »

Cependant le mausolée de Pie VII n’était pas achevé , et les défenseurs de Thorvaldsen pensaient eux-mêmes qu’il ne mettait pas tout l’empressement convenable à terminer une telle œuvre. Les jaloux en tiraient parti pour incriminer sa lenteur comme un manque de respect envers la mémoire du Saint-Père. La vérité est que l’artiste, accablé de travaux, ne pouvait s'occuper exclusivement de cet ouvrage ; mais de honteuses lettres anonymes furent écrites (i), et la puissance de la cabale fit douter un instant de l’érection du monument dans Saint-Pierre. Néanmoins deux faits inattendus firent échouer les tentatives hostiles.

Canova était mort président de l’Académie de Saint- Luc, et le peintre d'histoire Camuccini avait après lui occupé cette fonction honorifique : aux termes du règlement, il devait, après trois années, être remplacé par un sculpteur. La supériorité de son talent appelait Thorvaldsen au fauteuil présidentiel. Ses amis déclaraient hautement que ce serait une honte pour l’Académie de ne pas le nommer; tandis que ses adversaires, pleins d’irrésolution, faute d’avoir un concurrent sérieux à

(i) Voir Thiele, vol. Il, chap. xn.

lui opposer, répondaient pourtant qu’il y aurait un véritable scandale à revêtir de telles fonctions un artiste qui n’était pas catholique.

Quel que dût être le résultat de la lutte, ce débat ne pouvait tourner qu’à l’honneur du sculpteur : fùt-il même repoussé pour des considérations étrangères à l’art, son mérite était tout à fait hors de cause. Aussi n’y songeait-il que pour rire avec ses amis de l'extrême embarras du parti opposé. La majorité lui était d’ailleurs acquise au sein de l’Académie, mais il se présentait une dithculté assez sérieuse, même aux yeux des personnes qui défendaient ses intérêts A raison de ses fonctions, le président de l’Académie doit, en certaines circonstances solennelles, assister officiellement aux cérémonies du culte catholique, et l’on se demandait ce que penserait le gouvernement pontifical si en pareil cas l’artiste protestant était appelé à représenter l’Académie.

On Jugea prudent de soumettre l’affaire au Saint-Père. « Est-il douteux qu’il soit le plus grand sculpteur que nous ayons aujourd’hui à Rome? » demanda Léon XII. « Le fait est incontestable », répondit-on. « Le choix ne peut donc être incertain, et il doit être nommé président. Seulement, il v aura tels moments où il verra qu’il doit être indisposé. » Les paroles du Souverain Pontife levèrent tous les scrupules; le 16 décembre 1825, Thorvaldsen fut élu, à la majorité des suffrages, président de l’-Académie de Saint-

VIE DE THORVALDSEN.

Luc pour la période ordinaire de trois années; et il reçut la décoration pro merito, attachée à ce titre.

La décision libérale de Léon XII était d’un bon augure pour l’érection du monument de Pie VII ; mais une démarche personnelle du Pape eut une fwtée encore plus significative. Le Souverain Pontife, désireux de voir le mausolée de son prédéce.sseur, annonça qu’il se rendrait à l’atelier du président de l’Académie. C’était en quelque sorte une approbation officielle. 11 vint en effet, et l’on rapporte que, s’étant par hasard arrêté devant le bas-relief les Ages de l’Amour , il goûta la finesse ingénieuse de cette composition profane.

Ce bas-relief avait été modelé pendant la semaine sainte, en 1824. Durant plusieurs jours, les ateliers avaient été fermés, suivant l’usage, et l’artiste avait profité de cette circonstance pour reposer son esprit de ses grands travaux, en se donnant la distraction d’une création gracieuse. Il po.ssédait depuis longtemps un gros bloc de Carrare dont il projetait de faire un vase, et les Ages de l’Amour furent destinés, dans le principe, à orner le contour de ce vase. La fameuse peinture de Stabies, la Marchande d’ Amours , lui en avait donné la première idée ; dans le bas-relief de Thorvaldsen , c’est Psyché qui remplit le rôle de la marchande, et elle distribue les Amours suivant l’âge de ceux qui viennent à elle. Cette charmante composition eut un immense succès et fut reproduite tant de

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fois, que le sculpteur n’eut pas toujours le loisir d’en surveiller d’assez près les différents exemplaires (i).

Malgré la visite de Léon XI 1 , le monument de Pie VII demeura encore longtemps en main avant d’étre achevé. Des difficultés matérielles en retardèrent d’ailleurs l’érection. En novembre i83o, l’artiste fut appelé pour examiner soigneusement l’emplacement; mais comme il avait ignoré que le cercueil du Pontife dût être déposé dans le mausolée, il avait fait un faux calcul de la profondeur (2), qui changeait toutes les conditions de la perspective. Ce n’est pas tout : la hauteur de l’arcade ayant été inexactement indiquée, toute l’économie des proportions par rapport à la figure principale allait se trouver détruite. Les efforts de l’artiste tendirent à rétablir l’équilibre général, et, dans ce travail d’ajustement, il fut entraîné à ajouter deux nouvelles figures , deux anges placés à la droite et à la gauche du Pontife (3).

(1) Plus tard, il s'étonna lui-même de la grande diffiérence qu’il trouva entre une des répétitions et le modèle primitif. Le premier marbre, qui est un bas-relief ordinaire, a été exécuté pour M. Labouchère. Cet Anglais se trouvait à Rome et pressait Thorvaldsen d’achever la statue de Vénus qu’il lui avait commandée.

(2) Il fallait en effet que la profondeur fût en rapport avec la longueur du cercueil.

(3) Thorvaldsen, qui tenait à ne pas laisser le monument incomplet, modela ces deux anges avec une promptitude incroyable, et mit provisoirement les plâtres à la

VIE DE THORVALDSEN. i5i

Il ne fallut rien moins que l’habileté du maître pour surmonter ces difficultés , et c’est ainsi qu’après bien des tracas , bien des traverses de toutes sortes, fut enfin érigé à Saint-Pierre de Rome, en i83i, le monument du pape Pie VII, commandé sept ans auparavant par le cardinal Consalvi.

place que devaient occuper les marbres. Ceux-ci ne furent achevés qu’un peu plus tard. (Thiele.)

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l’amour chez bacchus.

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