‹ Thorvaldsen sa vie et son óeuvreChapitre 23 sur 189 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Lci théories de Wiiickelmann et Tliorvaldsen. — Les figures de force ; Jason, Mercure, Vulcain , Hercule. — Les figures de jeunesse: Bacchus, Ganymède, l’Amour, Apollon, Adonis. — Les figures de déesses : Vénus, les Trois Grâces, Psyché , Hébé. — La statue de la Jeune Danseuse et celle de l’Espérance. — Les Eginètes.

Les ouvrages de Winckelmann, qui devaient exercer une influence si considérable sur la direction des arts, restèrent pendant assez longtemps presque étrangers aux artistes. Les principes exposés par le savant ne furent d’abord appréciés que des archéologues; mais lorsque peu à peu ils se furent frayé un chemm au delà de ce cercle restreint, ils amenèrent une complète révolution dans les idées. David, à son retour d’Italie, le.s

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importa en France, où ils furent accueillis d’autant plus facilement que l’étude des institutions républicaines de la Grèce et de Rome était en faveur, et qu’une grande vogue était assurée à tout ce qui les rappelait, soit dans les formes politiques, soit dans les arts. Canova , génie souple et facile, s’appropria une certaine apparence de l’art antique; il devint bientôt le sculpteur le plus célèbre non -seulement de l’Italie, mais de l’Europe ; et l'estime qu’on faisait de son talent s’accrut encore, quand à son tour l’Empire évoqua les souvenirs de la Rome des Césars.

Telle était la situation, lorsque Thorvaldsen arriva en Italie; mais il ne faut pas croire que l’artiste n’ait fait que céder à l’entraînement des idées dont il se trouva comme enveloppé; lorsqu’il s’arrêta tout d’abord devant les plus beaux, les plus sévères monuments de l’art grec, un sentiment personnel le guidait ; et s’il entra dans le mouvement général, ce fut pour y prendre un rôle à part et que lui seul a rempli.

Les circonstances lui furent d’ailleurs favorables, A peine le jeune Danois fait-il les premiers pas dans la voie où il est appelé à s’illustrer, qu’il rencontre un fervent disciple de Winckelmann. Sans doute il dut beaucoup moins aux sages conseils de cet ami qu’à la rectitude de sa propre intelligence, mais sa confiance dans les lumières de Zoëga eut pour première conséquence de le fortifier dans ses goûts personnels. Vivement

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encouragé par le savant archéologue dans son admiration enthousiaste pour le grand style de la statuaire antique, Thorvaldsen s’abandonna sans hésitation comme sans réserve à son penchant, et marcha résolument dans la direction qui devait le conduire au complet développement de son talent.

A Rome il trouvait un vaste champ ouvert à l’investigation, et d’innombrables modèles pour ses études; en dépit du temps destructeur, des guerres civiles, des invasions des barbares, des dévastations, Rome était restée l’héritière de l’antiquité. Les fouilles poursuivies en Italie, puis les explorations poussées jusqu’en Grèce, ajoutaient chaque jour de nouvelles riches.ses à toutes celles que l’on possédait déjà.

Avant de songer à produire aucun ouvrage original, Thorvaldsen s’efforça de se pénétrer du style des artistes grecs, et, les « œuvres de force » l’attirant de préférence, il prit pour modèle de sa première copie importante l’un des Dioscures du Monte Cavallo, \e, Pollux , qu’il exécuta avec une sorte de respect religieux. « L’émotion reçue doit se transformer en nous-même, dit avec raison madame de Staël; et plus cette émotion est vraie, moins elle inspire une servile imitation. i> Thorvaldsen nous fournit une preuve de la justesse de cette observation. Sous l’impression profonde de l’étude du Polltix, il produisit le Jason , statue qui frappe tellement par la fierté de l’allure et la

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sévérité du style, qu’on a peine à croire qu’elle marque le début d’un jeune artiste.

« Lorsque Jason parut, dit Pindare (i), tout le peuple fut frappé d’étonnement. Il croyait voir Apollon, Bacchus ou Mars. » Canova avait pris V Apollon pour type de son Thésée; voulant représenter Jason, Thorvaldsen choisit la figure plus mâle du dieu Mars. Le héros porte encore les longs cheveux flottants, tels qu'il les avait, au dire du poëte, lorsqu’il entra pour la première fois dans Athènes : ses cheveux s’échappent de son casque en touffes bouclées; ses formes appartiennent à d’âge viril; sa noble attitude rappelle celle d’Hercule dans une mosaïque antique de la villa Albani (2).

Les Grecs donnaient plus d’expression et de mouvement aux héros qu’aux dieux. Suivant leurs principes, la sérénité sublime de la Divinité ne souffrait pas d’être altérée; mais il était permis à l’artiste d’animer davantage les figures humaines. « Dans la représentation des héros, c’est-à-dire des hommes auxquels l’antiquité attribuait la plus haute dignité de notre nature, les anciens allèrent jusqu’aux limites de la divinité, mais sans passer outre et sans confondre la diffé-

(1) Pythiques, IV.

(2) Découverte en 1 760 et rapportée dans les Monumenti , n* 66.

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rence délicate de ces deux natures (i). » Le Jason est Inapplication de ce précepte.

Les figures des dieux répondaient chez les Grecs à des idées préconçues; l’imagination admirablement équilibrée de ce peuple n’enfanta pas des monstres, comme en ont produit la plupart des Orientaux idolâtres, elle enfanta au contraire des beautés parfaites et surhumaines bientôt admises par le dogme. Ces figures expriment la pensée non pas seulement dans le visage, mais, pour ainsi dire, de la tête aux pieds. Lorsque Thorvaldsen représenta les divinités , il dut se conformer à la tradition grecque en adoptant le type consacré de chacune d’elles, et en se soumettant aux procédés d’épuration des sculpteurs de l’antiquité (2). Mais il s’est efforcé en même temps de ne pas perdre de vue la nature, et l’on peut constater dans la plupart de ses statues une étude anatomique très-scrupuleuse faite sur le modèle vivant.

Thorvaldsen , en suivant avec une sage mesure

(1) Winckelmann, t. II, liv. iv, chap. n.

(2) « Comme les anciens, dit Winckelmann, s’étaient élevés par gradation de la beauté humaine jusqu’à la beauté divine, ce dernier degré fut réservé à la beauté par excellence. » Et il ajoute plus loin : a Le procédé de faire d’un héros un dieu s’opère plus par suppression que par addition, c’est-à-dire il se fait en retranchant graduellement les angles trop équarris et trop prononcés par la nature, jusqu’à ce que la forme soit portée à une telle finesse d’exécution qu’il paraisse que l’esprit seul y a opéré, u

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le système de déification des formes humaines, a composé dans son Mercure une œuvre mêlée d’idéal et de réel. Cet ouvrage, un des plus beaux morceaux de la sculpture moderne, pourrait figu-

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