MERCURE
rer sans trop de désavantage auprès des statues antiques. « Mercure Argiphonte (i), dit avec
(i) C'est-à-dire meurtrier d’Argus.
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raison Nagler, est le plus heureux choix des belles formes de la nature dans Tâge de trente ans. Il tient au caractère et à la proportion du fameux héros grec désigné par la qualification de Gladiateur combattant. » Pour créer une telle œuvre, Thorvaldsen a commencé en effet par copier la nature, et nous avons dit que la pose même de la figure lui avait été donnée par un portefaix qu'il vit par hasard sur le Corso. Le portefaix est devenu dieu, grâce au choix exquis des formes, épurées avec une discrétion intelligente sans cesser d’être vraies, grâce enfin à la noblesse qui caractérise l’expression du visage : ce n’est pas la ruse humaine, c’est l’intelligence divine que reflètent le front et le regard de Mercure. L’action, ou, pour parler plus exactement, la préparation à l’action, est suffisante pour donner du mouvement et de la souplesse au torse et aux membres; mais elle est sobre, et révèle un dieu qui peut agir avec puissance et sans effort.
Dans la statue de Mars, les muscles sont accentués davantage; il convenait de donner au dieu de la guerre un aspect de force extérieure plus prononcé que chez Mercure. Pourtant ces deux divinités offrent les caractères de la jeunesse combinés avec ceux de la virilité : Mars et Mercure sont imberbes, et leurs cheveux courts et frisés retombent sur le front.
La statue de Vulcain appartient à Tâge de
SECONDE PARTIE
complète virilité (i). On sait que les Grecs prêtaient aux divinités de cet âge un caractère en quelque sorte immuable, à ce point qu’on peut les reconnaître aux traits consacrés de leur visage, au jet de la chevelure et de la barbe. Le visage de Vulcain est empreint de cette calme rudesse qui convient au forgeron fils de Jupiter; on retrouve chez lui la forte barbe et l’épaisse chevelure du roi des immortels; sa tête est recouverte du pileus des artisans; sa tunique, suivant le mode consacré pour ce dieu sans cesse occupé à un dur labeur, est détachée sur l’épaule droite et laisse la poitrine découverte. L’attitude générale de cette figure rappelle beaucoup celle d’un Hephæstus qu’on voit sur un autel du Vatican (2).
Quant à la statue à' Hercule , on ne saurait la juger sévèrement, si l’on se rappelle que Thorvaldsen était dans sa soixante-treizième année lorsqu’il l’a modelée. Cet ouvrage est certainement inférieur aux précédents, bien qu’il ait encore le caractère de grandeur qu’imprime la main d’un maître.
Les sculpteurs grecs voyaient dans Hercule deux figures différentes. L’une, c’est le héros obligé de déployer la force de son bras pour combattre les brigands et les monstres ; encore
(1) Quelquefois, mais plus rarement, les artistes anciens ont représenté Hephæstus sous les traits de la jeunesse.
(2) Rapporté par M. Theil, dans son Dictionnaire.
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retenu sur la terre par ses travaux, il est représenté avec des muscles saillants. L’autre, au contraire, c’est le demi-dieu ; partageant désormais les jouissances et le repos des immortels, il montre un corps dégagé de toutes les saillies trop accentuées qui révèlent les combats de la vie terrestre. C’est ainsi que l’Hercule Farnèse exprime le héros, tandis que celui du Belvédère révèle le dieu (i).
Thorvaldsen a voulu représenter l’Hercule homme; il ne l’a pas montré dans l’éclat de la plus belle jeunesse, comme les Grecs l’avaient fait quelquefois, avec des traits qui font presque douter de son sexe , et tel que « sa beauté ressemble à celle que la complaisante Glycère exigeait d’un jeune homme pour qu’il fût digne de ses faveurs. » Il lui a donné au contraire des formes robustes et même lourdes; on comprend plutôt le poids du colosse que sa force; la main qui tient la massue ne semble pas la .saisir avec vigueur. La tête ne rend pas bien non plus celle de l’Hercule dompteur des monstres, auquel les Grecs ont toujours donné un front bas, avec des cheveux durs et drus venant se rabattre sur le devant, comme pour rappeler les poils qui se trouvent entre les cornes du taureau (2).
(i) Winckelmann, t. II, liv. iv, chap. n. [î) Winckelmann, t. II, liv. iv, chap. iv.
SECONDE PARTIE
Parmi les figures traitées par Thor-
valdsen, nous remarquerons celles de Bacchus, deGanymède, de l’Amour, d’Apollon et d’Adonis, qui offrent des caractères très-distincts.
Chez les Grecs, la beauté de Bacchus est mixte; elle procède des formes combinées des deux sexes , et paraît empruntée parfois à la nature des eunuques (i).
Les artistes anciens, qui ont toujours représenté ce dieu au temps de sa jeunesse, ont arrondi ses membres au point de leur donner une élégance féminine, et développé ses hanches presque à l’égal de celles d’une femme. On sait du reste que, suivant la fable, Bacchus a été élevé en fille.
C’est en s’inspirant de cette tradition que Thorvaldsen a donné tant de délicatesse efféminée à son Bacchus. Le dieu s’appuie avec nonchalance sur un tronc d’arbre, et tourne la tête, par un mouvement de molle langueur, vers la coupe qu’il va porter à ses lèvres. Son front est couronné de pampres, et ses cheveux, relevés ensemble, sont noués sur le sommet de la tête, suivant l’usage des femmes, pour retomber sur les épaules par une disposition qui n’appartient qu’aux dieux Apollon et Bacchus. 11 y a quelque chose de moelleux et de coulant dans les contours, une souplesse voluptueuse dans le mouvement du torse. Le ventre arrondi et les hanches saillantes
(i) Winckelmann, t. II, liv. iv, chap. iv.
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ŒUVRE DE THORVALDSEN.
se rapprochent de la nature féminine; les muscles et les rotules, qui s’accusent à peine, sont ceux des jeunes garçons.
Ganymède ne présente plus ce mélange de formes; c’est un adolescent remarquable par la délicatesse de ses membres, l’effacement des saillies musculaires, la souplesse et la rondeur des chairs. Ses hanches n’ont pas le développement de celles de Bacchus; le fils de Tros réunit les beautés diverses que la nature peut donner à de jeunes garçons. C’est ainsi qu'il paraît dans les statues de Thorvaldsen et dans le groupe où l’artiste l’a représenté accroupi devant Jupiter métamorphosé en aigle; le jeune Troyen remplit pour la première fois son rôle d’échanson du dieu, et le regard de l’aigle fait pressentir la cause prochaine des rancunes de Junon. Ce groupe, d’un grand style, est savamment équilibré et d’une excellente exécution.
Le Ganymède n’est qu’une expression de la beauté humaine idéalisée. Pour figurer l’Amour, l’artiste devait, suivant le principe des Qrecs, tendre vers un but plus élevé, vers un idéal divin. L’Amour victorieux a toutes les grâces de l’adolescence, jointes à une délicatesse excessive. Bien que ses formes aient encore quelque chose de la beauté mixte du Bacchus, elles ont plus d’élévation et de pureté, et révèlent un dieu d’un ordre supérieur. Le vainqueur des immortels et des hommes, appuyé sur son arc, regarde
la pointe d'une de ses flèches avec une expression de malice et de fierté presque cruelles.
Dans le groupe de l’Amour et Psyché, les formes du dieu sont fermes et sveltes ; elles pro-
cèdent plus directement de la belle nature. Cette composition est un chef-d’œuvre de grâce vraie et de simplicité; en puisant aux mêmes sources que les maîtres grecs , le sculpteur s’est peut-être
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plus rapproché d’eux qu’il n’aurait pu le faire par la simple imitation de leurs ouvrages, et il a donné à ses figures toute l’originalité de son talent personnel. Psyché reste pensive devant la coupe d’immortalité; elle hésite à la porter à ses lèvres, elle n’ose encore affronter cet immense inconnu. L’.\mour l’exhorte avec une tendre persuasion , et sourit doucement à la naïveté de la jeune fille. Il y a dans cette œuvre quelque chose de supérieur à la beauté des formes , c’est la délicatesse extrême du sentiment et de l’idée philosophique. En représentant l’Amour et Psyché, Canova s’était borné à grouper deux beaux corps dans un mouvement de tendresse et de molle langueur; Thorvaldsen a fait plus, il a exprimé une pensée.
La figure d’Apollon marque chez les Grecs le plus haut degré de beauté idéale, dont l’expression complète brille d’un éclat divin dans l’Apollon du Belvédère. A notre avis, Thorvaldsen n’a pas atteint cet idéal qu’il a cherché. Les formes de son Apollon se rapprochent en effet de la beauté mixte du Bacchus, divinité moins noble; la figure manque de cette distinction de contours dont peut se passer Apollon gardien des troupeaux chez Admète, mais qu’il convient de conserver toujours au dieu du Parnasse.
Adonis ne devait pas être déifié; le sculpteur n’a eu d’autre préoccupation que de copier avec art la beauté naturelle et de donner à sa figure une attitude simple et antique.
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SECONDE PARTIE
Son Adonis est un Jeune homme dans le complet épanouissement des formes masculines, étudiées avec une scrupuleuse vérité sur les plus beaux modèles vivants; il a encore toutes les grâces de la jeunesse, mais sans aucune recherche qui puisse altérer la pureté ou compromettre la noble simplicité de la figure. Cet ouvrage, qui offre quelque analogie d’aspect avec l'Apollon Saiiroctone de l’antiquité, est d’ailleurs tout à fait original dans son exécution. Thorvaldsen a emprunté aux Grecs le dessin parfait de la tète, le jet de la chevelure, le calme de l’attitude, l’équilibre savant du modèle; mais la physionomie pensive du jeune berger et l’étude passionnée de la nature ajoutent au marbre l’empreinte personnelle de l’artiste. 11 n’est pas de voyageur visitant la Glyptothèque de Munich qui n’ait été vivement impressionné non-seulement par Pélégance et le style sévère de cette œuvre , mais aussi par le sentiment profond dont elle est animée.
Si nous poursuivons la même étude comparative sur les figures de femmes traitées par Thorvaldsen, nous verrons encore l’artiste, élève des Grecs et pénétré de leurs principes, appliquer avec un génie indépendant les préceptes qui ont guidé ces maîtres.
Les Grecs, en exprimant la beauté des formes des déesses, ne semblent pas s’étre préoccupés
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des mêmes distinctions que dans celles des dieux et des héros (i). Le visage de chaque déesse conserve un caractère propre, mais le corps, d’ailleurs habituellement drapé, ne laisse le plus souvent discerner d’autres variétés dans les formes que celles qui résultent d’âges différents.
Vénus et les Grâces partagent le privilège à peu près exclusif d’être représentées nues, et encore aurait-on presque le droit d’affirmer que dans les premiers temps de l’art grec les artistes ne se sont pas permis cette licence. La Vénus de Milo, qui appartient à la plus belle époque de l’antiquité, n’est pas entièrement dépouillée de ses vêtements.
Lorsqu’il modelait sa Vénus, Thorvaldsen ne pouvait pas connaître la statue découverte à Milo en 1820, et aussitôt après apportée à Paris. Mais il avait dû étudier la Vénus de Médicis, celle du Capitole et celle de Troas, et il paraît s’être inspiré de la beauté plus juvénile de la première. 11 n'a pas donné à sa figure cette attitude d’embarras pudique qui caractérise les trois statues antiques; cependant il n’est rien dans la beauté sévère de la Vénus victorieuse du sculpteur danois qui puisse susciter une pensée équivoque. L’admiration qu’elle impose est celle qu’auraient pu ressentir les philosophes, pour qui « l’Amour est comme le collègue de la Sagesse (2). » Déjà la
(1) Winckelmann.
(2) Tà aofîa îtapéSpou; IpuTa;. Euripide, Médée, v. 843.
SECONDE PARTIE
déesse reprend de la main gauche le vêtement qu’elle avait déposé sur un tronc d’arbre pour paraître devant Paris. Le bras droit se rapproche du corps par un mouvement gracieux, mais qui manque un peu d’ampleur; la main tient la pomme, prix de la victoire. La tête, légèrement inclinée, exprime la fierté satisfaite et la sérénité divine dans le triomphe.
Dans ses figures de femmes, Thorvaldsen n’a généralement pas donné un large développement à la poitrine. On le remarque dans sa Vénus, dont les contours se continuent avec une délicatesse admirable; le mouvement des hanches, des cuisses et des jambes est gracieux, sans afféterie ; les pieds et les mains sont exécutés avec une finesse extrême.
Thorvaldsen nous semble moins heureusement inspiré dans le groupe des Trois Grâces. Le type de beauté féminine adopté par lui n’est pas celui que les Grecs avaient presque toujours choisi dans la nature, et qui montre un corps à la fois puissant et délicat. En s’efforçant d’idéaliser ses figures, l’artiste a fini par les rendre grêles. La physionomie exprime l’innocence de la jeunesse, et le sein virginal se termine par une extrémité d’une délicatesse achevée, mais les contours peu développés de la partie inférieure du corps donnent une certaine sécheresse à l’ensemble, dont le profil se dessine en lignes presque anguleuses.
Pour observer le précepte de Mengs, qui veut
qu’un groupe affecte toujours la forme pyramidale, l'artiste a dû incliner la tête et le torse de deux de ses figures; la troisième, au contraire, se tient droite, et il y a de la roideur dans son
attitude. Les trois sœurs se présentent, l’une de face, les deux autres de profil; aucune n’est donc vue de dos. Cette ordonnance n’a pas permis à l'artiste de charmer les regards par la vue simultanée du corps féminin sous tous ses aspects; Jean
3o4 seconde partie.
Goujon, Raphaël, la plupart des sculpteurs de l’antiquité (i), paraissent avoir été préoccupés de la disposition contraire, qui ménage aux yeux une plus complète satisfaction.
Malgré de nombreux éloges et de hautes approbations, puisque ce groupe a exalté jusqu’au lyrisme d’un roi (2), Thorvaldsen ne fut sans doute pas lui-même pleinement satisfait de son œuvre, car en 1842 il exécuta un nouveau modèle, différent du premier. Mais la perfection à laquelle il n’avait pu atteindre aux plus beaux temps de son talent, il n’y parvint pas davantage dans sa vieillesse, et le second ouvrage nous paraît même inférieur au premier.
Pourtant le sculpteur s’est efforcé de donner plus d’abandon à la figure du milieu, dont il a modifié l’attitude : cette fois le pied droit seul pose à terre , tandis que le pied gauche est soulevé. Le mouvement un peu cherché de la seconde déesse est changé aussi. Pour faire disparaître le profil anguleux de la partie inférieure du corps , l’artiste a présenté de trois quarts, presque de face, la figure de droite, qui se trouve ainsi ne pas offrir une suffisante variété d’aspect avec la
(1) Voir Sénèque, Debeneficiis, I, 3.
(2) Le roi Louis de Bavière a composé un poème dans lequel il célèbre avec enthousiasme les Trois Grâces de Thorvaldsen et critique vivement celles de Canova. (Nagler.)
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figure du milieu. Enfin, malgré la sagesse des intentions qui recommande cette nouvelle tentative, le groupe de 1842, quelque soigneusement fini qu’il soit encore, est moins bon que le premier sous le rapport de la délicatesse du travail. Dans les deux compositions, on peut également reprocher aux déesses le manque d’ampleur dans les formes.
Un corps svelte et délicat convient tout à fait à l’extrême jeunesse de Psyché. Cette charmante figure a été traitée deux fois par Thorvaldsen : d'abord dans le groupe dont nous avons déjà parlé; ensuite, dans une jolie statue qui représente la douce victime des rancunes de Vénus rapportant des enfers la boîte mystérieuse que lui a remise Proserpine. Elle s’est arrêtée pensive ; la draperie est tombée au-dessous des hanches, laissant nu tout le haut du corps. Par un mouvement de naïve curiosité, la jeune fille porte la main droite au couvercle de la boîte; mais elle hésite. On ne peut rien imaginer de plus délicat; c’est une création gracieuse qui n’a rien de recherché.
Hébé a été représentée deux fois aussi par l’artiste. La jeune déesse est vêtue d’un double chiton ; dans le premier modèle, le vêtement détaché sur l’épaule laisse nu le sein droit; la draperie est élégante et sobre. Mais cette nudité du sein fut considérée comme une faute, et dix ans plus tard Thorvaldsen, modelant une répétition variée de cette première statue, couvrit entièrement la poi-
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trine, pour mieux exprimer la grâce pudique qui convient à la déesse de la jeunesse.
Nous ne terminerons pas Texamen de ces figures de femmes sans dire un mot d’une charmante statue, celle d’une toute jeune fille dont la tunique glissant sur le bras droit laisse voir un sein à peine naissant. Par un mouvement naïf elle relève les deux côtés de sa robe et commence à danser; ses cheveux sont rassemblés et noués simplement sur le sommet de la tête. Cette composition est pleine de légèreté et de fraîcheur ; c’est une œuvre bien personnelle, où l’artiste a mis toute l’originalité de son talent.
La statue de V Espérance est au contraire un ouvrage entièrement archaïque, une imitation savante et voulue de l’art grec le plus ancien. L’attitude de la déesse est impassible; d’une main elle présente une fleur prête à répandre sa semence , de l’autre elle tient un pan de sa longue tunique, mouvement conforme à la tradition antique. Le jet sévère des draperies sous lesquelles le corps est discrètement mais puissamment accusé, la placidité du visage, admirable par la pureté des traits, la chevelure dont les longues boucles retombent sur les épaules, le front ceint d’un large bandeau formant diadème, tout dans cette composition rappelle le prototype hiératique admis par l’antiquité grecque (i), et révèle les études approfon-
(i) Brôndsted décrit ainsi les figures imitées par Thor-
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dies que, peu de temps avant de la modeler, l’artiste avait dû faire pour réparer les célèbres marbres d’Egine.
Les marbres d’Egine qui ornaient le fronton du temple de Jupiter Panhellénien paraissent en effet appartenir à une période de transition et se rattacher à deux époques : dans la première, toute hiératique, les figures sont immobiles, comme celle de la statue de l’Espérance ; dans la seconde, sans perdre de leur gravité, elles empruntent à la vie humaine, quand elles la représentent, un certain mouvement et une plus grande variété. C’est ce qui a fait dire à un critique que « les statues d’Egine tiendraient encore au dogme par l’immobilité du visage, tandis qu’elles entreraient
valdsen et qu’il suppose être des Grâces et des Heures: « Le temple d’Éginc, dit-il , avait pour acrotères, au-dessus de la pointe du fronton , un grand Heuron exécuté soigneusement en marbre et recouvert de peintures, entre deux petites figures de femmes, placées un peu plus bas, audessus de la pente de la bordure, sur de petits piédestaux. Ces petites statues couvertes tenaient d’une main une fleur, tandis que de l’autre elles saisissaient le bout de leur vêtement. Je suis porté à prendre ces quatre petites figures des deux frontons pour les deux plus anciennes Heures, Thallo et Karpo, et pour les deux plus anciennes Grâces, Auxo et Hégémone (Comp. Pausan., IX, 35, i); enfin plus bas, aux extrémités du fronton, il y avait des griffons très-bien formés, dont on a trouvé, dans les fouilles de i8it, des fragments assez considérables pour justifier la restauration supérieurement exécutée parThorvaldsen. » {Voyages en Grèce, 2' livraison, note de la page i5tj. Paris, Didot, i83o.)
SECONDE PARTIE
déjà dans Part par le mouvement des membres. Les héros grecs et troyens seraient dieux par la tête et athlètes par le corps (i). »
Le travail assidu auquel Thorvaldsen se livra pendant toute une année sur les marbres d’Egine, cette lutte corps à corps, si l'on peut s’exprimer ainsi, avec l’antiquité grecque elle-même, eurent une influence considérable sur le complet développement de son talent. On voit plus directement la trace de cette étude savante dans les œuvres créées peu de temps après l’épOque à laquelle l’artiste s’y est adonné : la statue de l'Espérance, celle du Jeune Berger au chien, et le groupe de Ganymède avec l’Aigle.
(i) M. Wa-rdox, Musées d’Allemagne.
MORCEAU DE LA FRISE le Triomphe d'Alexandre.