VÉNUS
bras gauche, lors du débarquement; et pour dis-
rcine Victoria et conseiller de la couronne au conseil privé. Il fut élevé à la dignité de pair, sous le titre de lord Taunton. C'est lui qui figure avecThorvaldsen dans le basrelief d'Homère ; la ressemblance était, dit-on, parfaite.
simuler cette rupture, on a paré d’un bracelet d’or le bras de la statue (i). Cet exemplaire est au château de Chatsworth. Quant au marbre de lord Lucan, il fit naufrage sur les côtes d’Angleterre avec le navire qui le portait. Mais « Vénus Astarté , tille de l’onde amère », sortit de nouveau du sein des eaux, grâce aux efforts que l’on fit pour la sauver. Elle était intacte ! Enfin la statue, impatiemment attendue par M. Labouchére, était arrivée à bon port. Déjà le bras puissant de la grue l’enlevait du navire, lorsque le câble se rompit, et la lourde caisse passa au travers des écoutilles pour tomber pesamment à fond de cale. Par bonheur la cargaison se composait de blé, et la déesse fut encore une fois préservée. Gérés avait sauvé Vénus.
En même temps qu’il achevait la Vénus, Thorvaldscn e.xécuta cette célèbre restauration des marbres d’Egine qui lui fit, et à bon droit, parmi les savants , autant d’honneur que ses belles productions personnelles. Entreprendre un travail de cette nature et le mener à bien n’était pas une tâche vulgaire, et pour aller au-devant de telles difficultés, il fallait une grande science de l’art grec. Thorvaldsen possédait cet art, il en avait une intelligence admirable, et il l’a prouvé cette fois mieux que jamais, car il est
(i) La même statue est aussi fracturée aux chevilles, qu’on a dû, pour ce motif, entourer d’anneaux.
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douteux qu'on eût trouvé aucun autre artiste en état de résoudre le problème avec une telle sûreté.
On sait que ces marbres avaient été découverts en i8 I I dans l’île d’Egine par le baron de Haller, Cockerell, Forster et Linkh. Ils ornaient autrefois le fronton d’un temple consacré à Jupiter Panhellénien. En 1812, le prince de Bavière les acheta , au prix de 1 5o,ooo francs, et c’est lorsqu’ils furent transportés à Rome que Thorvaldsen fut chargé de les restaurer ; un grand nombre de fragments, des membres entiers, manquaient. L'artiste, en homme qui sait, comprit toute l’importance de la tâche qu’on lui imposait, et il n’en accepta d’abord la responsabilité qu’avec une certaine répugnance; mais, une fois à l’œuvre, il se passionna pour ce travail, qui devint son occupation favorite. Afin d’y procéder plus sûrement, il loua sur le Corso un local assez vaste pour pouvoir disposer tous les fragments, recomposer le fronton , en étudier l’ensemble et suppléer avec précision aux lacunes, en conservant dans toute sa pureté le style semi-hiératique de l’œuvre. Thorvaldsen n’employa pas plus d'une année à l’achèvement de cette restauration. Les statues étaient en marbre de Paros, et il apporta le plus grand soin à assortir la teinte des morceaux refaits, de façon à tromper, ou peu s’en faut, un œil exercé. Il arrivait souvent que quelqu’un des nombreux curieux dont l’atelier recevait chaque
Jour la visite, lui demandait quelles étaient les parties modernes. « Je ne saurais le dire, répondait en riant le sculpteur; j’ai négligé d’y faire des marques, et Je ne m’en souviens plus. Voyez si vous pouvez les reconnaître vous-même. » Malheureusement les fragments rapportés de ce magnifique fronton , que possède la Glyptothèque de Munich, se distinguent aujourd’hui au premier coup d’œil par la dilférence de couleur; la teinte du marbre moderne, si soigneusement assortie, devait en effet se modifier à l’air, tandis que celle du marbre antique était désormais immuable.
L’année suivante, en 1817, Thorvaldsen produisit, outre un marbre de V Amour vainqueur modelé en 1814, une Bacchante connue sous le nom de la Danseuse, le buste de Lord Byron, un Jeune berger avec son chien, un groupe de Ganymède et l’Aigle, et une statue de l’Espérance. D’après le poète Andersen , dans le Conte de ma vie, Thorvaldsen aurait rapporté en ces termes son entrevue avec l’auteur de Childe- Harold : « C’est à Rome que J’eus à faire la statue de lord Byron. Quand ce noble personnage vint poser dans mon atelier, il s’assit en face de moi, et aussitôt il affecta un air étrange et tout à fait différent de sa physionomie naturelle. « Myjprd, lui dis-je, veuillez rester assis tranquillement; mais. Je vous en prie, ne prenez pas un air si désolé. » — « C’est l’expression qui caractérise mon visage », répliqua Byron. — « Vraiment! »
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dis-je, et, sans m’embarrasser de cette prétention, je me mis à travailler à mon idée. Quand le buste fut terminé, tout le monde trouva qu’il était d’une ressemblance frappante; mais le lord en fut peu satisfait. « Cette figure n’est pas la mienne, dit-il. j’ai l’air bien plus malheureux que cela. » Car il voulait obstinément avoir l’air malheureux ! » On voit que la nature naïve de Thorvaldsen avait peine à comprendre cette immense infortune d’imagination. Le génie de ces deux hommes était profondément opposé, comme la trace que chacun d’eux a laissée dans l’histoire de l’art est divergente.
Le groupe de Ganymède et l’Aigle, celui du Jeune berger avec son chien , et la statue de l’/Tspérance, portent l’empreinte de l’étude assidue que pendant toute une année l’artiste venait de faire des Eginètes, et ces ouvrages ont une sévérité de style particulièrement remarquable. Tandis que Thorvaldsen travaillait au Ganymède , le modèle qui posait alors pour cette figure, modèle dont les formes étaient d’une pureté presque exceptionnelle, étant allé s’asseoir dans un coin de l’atelier, prit une attitude si heureuse, que le sculpteur en fut frappé. Il conçut alors la composition du Jeune Berger, auprès duquel il a placé son chien favori Teverino. Quant à la statue de l’Espérance, c’est une œuvre tout à fait archaïque. Un marbre réduit en a été érigé plus tard sur la tombe de la baronne de Humboldt.
Plusieurs Académies avaient déjà fait au sculpteur danois l’honneur de l’accueillir dans leur sein; au mois de septembre 1817, celle des heaux-
LA PRINCESSE BARYATINSKA.
arts de Pérouse lui adressa un diplôme d'Accademico di merito, et il devint membre de celle de Carrare le i3 février 1818. La restauration des marbres d’Égine avait aussi valu à Thorvaldsen
VIE DE THORDVALDSEN. 8y
le titre de membre de l’Académie romaine d’archéologie.
On rapporte que l'artiste se promenant un jour sur le Corso, vit un portefaix assis sur une borne dans une attitude à la fois naturelle et singulière qui le frappa vivement. Suivant son habitude, il en prit un rapide croquis sur son album, et ce croquis lui donna le mouvement du Mercure, l’une de ses meilleures créations, terminée l’année suivante (i). Plusieurs marbres ont été e.xécutés de cette belle et sévère composition.
L'élégante statue de la princesse Baryatinska est de la même année. Thorvaldsen a su conserver à ce portrait toute l’aristocratique distinction du modèle et son allure britannique (la princesse était Anglaise), sans pour cela s’écarter de la sévérité et de la pureté du style antique. Cette statue est, à notre avis, dans tout l’œuvre de l’artiste, la plus belle représentation d’une figure contemporaine. Par suite de diverses circonstances (2), le marbre.
(2) La statue avait été commandée par le prince Baryatinski pour le prix de 3, 000 écus romains, dont un tiers lut payé d'avance. Ce seigneur étant mort, Thorvaldsen négligea de s’informer de la demeure de la princesse, qui mourut plusieurs années après, ayant tout à fait oublié sa statue. Le tils réclama le portrait de sa mère, olVrant de payer le complément du prix. Mais à cette époque le Musée de Copenhague, déjà mis en possession de la riche succession de l'artiste, ne crut pas devoir se dessaisir d’une œuvre aussi précieuse. La somme versée fut restituée au
morceau d’une très-bonne exécution , est demeuré dans l’atelier de Thorvaldsen , d’où il a passé enfin dans son Musée.
Jésus donnant à saint Pierre les clefs du paradis, qu’on voit en marbre dans la chapelle du palais Pitti à Florence, a été modelé à la même époque, et c’est aussi pendant cette période que fut achevé le groupe des Trois Grâces. La première ébauche en avait été faite en 1817, et le maître avait confié à son élève Tenerani le soin d’étudier séparément chaque figure pour l’amener au point. Ce premier travail achevé, Thorvaldsen prit seul en main l’ouvrage et le termina entièrement; plus tard, il composa une répétition assez différente du premier groupe. Bien qu’elle ait obtenu d’éminents suffrages, nous ferons des réserves sur le mérite de cette œuvre, dont ni l’une ni l’autre variante ne nous satisfait réellement. Quant au petit Amour qui figure dans toutes deux, il fut justement apprécié, et il en existe, dit-on, plus de douze marbres séparés.
jeune prince, pour lequel M. Bissen exécuta une copie en marbre.
ClKiCfüUV,
LE NID d’amours.