‹ Thorvaldsen sa vie et son óeuvreChapitre 5 sur 189 · PSYCHÉ · texte numérisé non relu

PSYCHÉ

héréditaire de Danemark saisit ce prétexte pour écrire à Thorvaldsen et le presser de se fixer, au moins temporairement, à Copenhague (i). Chris-

(i) Voici la lettre du prince à Thorvaldsen. Elle lui fut

tian-Frédéric mettait beaucoup de zèle à protéger les arts, et s’efforçait autant qu’il dépendait de lui de les faire prospérer dans son pays. La lettre du

remise par le baron de Schubart, qui avait été faire un voyage à Copenhague :

« Monsieur le professeur et chevalier,

» Il vous sera peut-être agréable de recevoir ces lignes d’un compatriote qui vous estime beaucoup et qui sait apprécier votre mérite. C’est pourquoi je profite de cette bonne occasion pour vous faire mes compliments les plus chaleureux.

» Le goût que j’ai pour les arts, l’empressement que je mets à les propager dans mon pays, m’inspirent naturellement le désir de voir et de connaître le premier artiste de sa profession et de son temps.

» Des travaux vous attendent ici. Vous aurez les moyens d'y déployer votre riche et féconde activité. Vous pourrez et vous voudrez certainement rendre service à l’Académie, qui a vu avec joie vos premiers progrès dans la carrière des arts, et qui s’est empressée d’admettre dans son sein un homme capable d’exercer une action aussi heureuse sur les artistes débutants.

« L’Italie aujourd’hui est à peine ce que vous l’avez connue. La patrie est toujours la même. Peut-être trouverez-vous aussi que la lumière des arts a acquis de l’éclat chez nous. Q.ue ne gagnerait-elle pas avec votre concours!

» Mais je ne veux pas employer la persuasion. Je m’en rapporte à vos propres sentiments pour tout ce qui regarde l’accomplissement de mes souhaits les plus chers en qualité de Danois et de président de l’Académie des beaux-arts.

» M. le baron de Schubart, chambellan de Sa Majesté, qui veut bien se charger de cette lettre, vous remettra un échantillon de ce marbre blanc qu’on vient de découvrir en Norvège, et dont on attend ici sous peu un gros bloc. Il sera suivi de plusieurs autres que vous aurez à votre disposition, et je ne doute pas que, pendant le temps que vous séjournerez au milieu de nous, vous ne soyez à même

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prince n’était pas la seule qui sollicitât l'artiste , également appelé par ses amis. 11 eût cédé de grand cœur, et il avait même fait quelques préparatifs préliminaires de voyage, lorsqu’il fut décidément retenu à Rome par une commande d'une importance tout à fait exceptionnelle.

L’Académie de France à Rome venait de recevoir l’ordre de faire orner avec une grande magnificence le palais du mont Quirinal. On annonçait la prochaine visite de l’empereur des Français; le temps pressait, et les travaux commencèrent aussitôt. L’architecte Stern, qui les dirigeait, offrit à Thorvaldsen, en lui laissant le choix des sujets, de composer les bas-reliefs destinés à former la frise d'une des plus vastes salles. Le sculpteur entreprit de représenter VEntrée d’ Alexandre le Grand dans Babylone. C’est une des plus considérables et des plus importantes de ses œuvres; il

d'cxccuter des sculptures en marbre. Regardez cela comme une raison de plus pour hâter votre retour, et ne croyez pas que je veuille renfermer votre activité dans des limites qui seraient trop restreintes pour vos talents. Vous serez toujours libre d'aller chercher des inspirations dans ces contrées heureuses qui vous possèdent à présent. Je ne vous demande que quelques jours de votre vie au service de la patrie.

» Je suis avec considération. Monsieur le professeur, votre aft'ectionné,

» Christian-Frédéric,

« Prince de Danemark et de Norvège.

» Copenhague, ce 20 décembre 181 1. »

s’y mit avec beaucoup d’ardeur, et il n’avait pas de temps à perdre, puisque cet énorme travail devait être terminé dans l’espace de trois mois. S’attachant avant tout à donner un style large à sa composition, il renonça forcément à apporter aux détails tout le soin désirable, et ceux qui venaient regarder de prés n’en concevaient pas une opinion favorable tout d’abord; mais la frise devait être placée à une assez grande hauteur pour que le fini de l’exécution ne fût qu’une question secondaire. Dès qu’un morceau était sorti de ses mains, il prenait en toute hâte, sur l’argile, un moule perdu (i), d’où l’on ne pouvait tirer qu’un seul exemplaire. Malgré tant de zèle et d’empressement, la frise ne fut complète qu’au mois de juin 1812; mais lorsque les parties en furent réunies et placées à la hauteur voulue, elle surpassa de beaucoup ce qu’en attendaient les amis euxmêmes de Thorvaldsen ; les imperfections de l’exécution disparaissaient, pour ne laisser voir qu’une composition harmonieuse, et qui rappelait heureusement les admirables frises de l’antiquité.

Avant que les morceaux du Triomphe d’Alexandre fussent enlevés de son atelier, Thorvaldsen , suivant le conseil de l’architecte Mailing, en prit un moule d’après lequel fut coulé un nouveau plâtre. Il pensait, en effet, que le roi de Danemark serait sans doute bien aise de posséder

(1) Thiele.

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VIE DE THORVALDSEN.

un exemplaire de cette composition, qui pouvait servir de décoration à la salle des chevaliers du nouveau palais. C’e.st d’après ce plâtre qu’il exécuta plus tard le premier marbre commandé par Napoléon I", et qu’on suppose avoir été destiné au temple de la Gloire, aujourd’hui l’église de la Madeleine, à Paris (i). Une somme de trois cent vingt mille francs lui avait été allouée; la moitié seulement en était payée lorsque les revers de la fortune conduisirent le conquérant à l’ile d’Elbe. Le gouvernement des Bourbons ne mit aucun zèle à encourager l'achèvement d’une œuvre destinée à glorifier le nouvel Alexandre, et l’artiste rit des démarches auprès de plusieurs cours, offrant de vendre la frise à celle qui lui donnerait la somme nécessaire pour la terminer. Mais il ne réussit auprès d’aucun souverain , et ce fut un simple particulier, un amateur riche d’ailleurs, le comte de Sommariva, qui en fit l’acquisition au prix de cent mille francs.

Plusieurs critiques avaient été adressées à la première œuvre, un peu hâtive. Thorvaldsen tint compte de celles qui lui parurent fondées; il reprit sa composition avec le plus grand soin , et changea d'abord l’attitude de la figure principale : Alexandi;e sur son char avait une pose trop théâtrale; l’artiste la corrigea heureusement, et apporta encore plusieurs modifications de détail aux autres parties

(i ) Thiele.

de la frise. Tandis qu’il travaillait à ce marbre, il modela pour le gouvernement danois un nouvel exemplaire en plâtre, car, au vif regret de l’artiste, l’état des finances du Danemark, ne permettait pas alors de plus grands frais, et ce ne fut que plus tard qu'il eut la satisfaction de l’exécuter en marbre pour ses compatriotes. 11 fut amené par ces différentes répétitions à remanier, on peut le dire, toute son œuvre, et les Romains en furent tellement épris, qu'ils donnèrent ù Thorvaldsen le surnom un peu singulier de patriarche du bas-relief (i).

Le 1 2 février 1 8 1 2 , le sculpteur avait été nommé membre de l’Académie impériale de Vienne. Bien que le Triomphe d’Alexandre exigeât de lui un travail constant, il entreprit cependant cette même année plusieurs autres grands ouvrages. Le discours prononcé le 26 juin par Napoléon , à l’occasion de la conférence générale de Varsovie, donna lieu d’espérer le rétablissement du royaume de Pologne, et le gouvernement national polonais voulut élever un monument pour perpétuer un tel souvenir. Les paroles de l’Empereur furent gravée; sur une table de marbre, et l’architrave surmontant cette table dut être supportée par deux cariatides, qui furent commandées à Thorvaldsen. Mais ces deux morceaux eurent un sort semblable à celui du Triomphe d' Alexandre ; l’artiste étant tombé malade, ne put les terminer a.ssez promp-

(i) Nagler.

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tement, et lorsque l’œuvre fut accomplie, il n’y avait déjà plus de Pologne! Ces figures furent acquises plus tard par le gouvernement danois, et placées de chaque côté du trône royal à Christiansborg.

En i8i3, aux mois de juin et de juillet, Thorvaldsen, atteint assez fortement d’un nouvel accès de la fièvre maligne dont il avait déjà souffert plusieurs fois, fut obligé d’interrompre ses travaux. A la même époque, le baron de Schubart se disposait à se rendre aux eaux de Lucques avec la baronne sa femme, dont la santé était profondément altérée, et il écrivit à Thorvaldsen, le priant avec instance de venir le joindre à Montenero pour aller ensemble à Lucques. C’était de toute manière une heureu.se occasion pour l’artiste, et ses amis le pressèrent vivement d’en profiter; la jalouse Anna-Maria elle-même ne fit point de résistance, car elle comprit que Thorvaldsen avait sérieusement besoin de repos. Celui-ci était plus que jamais retenu dans ses liens par la naissance d’une fille, objet de sa vive tendresse. Il se décida néanmoins à lai.sser la mère et l’enfant aux soins d’une famille italienne avec laquelle Anna-Maria était liée intimement : Angelo Crema.schi , marchand de curiosités, .sa femme et ses deux filles.

.Ayant mis ses affaires en ordre (i) et pris quel-

(i) Restait à pourvoir au sort de scs deux chiens, Perrucca et Teverino. On sait l'attachement de Thorvaldsen

ques dispositions pour ses ateliers, il partit pour Montenero, et de là, en compagnie du baron et de la baronne, il se rendit à Lucques, où il trouva tous les plaisirs de la vie des eaux. Sa réputation lui valait des égards flatteurs de tous, et plus particuliérement les attentions de jeunes et jolies femmes, auxquelles il était surtout sensible. Thorvaldsen était devenu tout à fait homme du monde , et, quand il le voulait, il tenait parfaitement sa place dans la société la plus choisie. La grandeduchesse de Toscane, qui prenait alors les eaux à Lucques, lui fit un accueil si bienveillant, que le bruit s’en répandit au delà de la ville. Rien, d’ailleurs, ne permet de supposer qu’il ait eu auprès d’elle plus qu’un succès d’artiste; mais la princesse l’ayant ensuite appelé à Florence, dans l’intention de lui confier des travaux considérables, la renommée fit courir une foule de versions sur ce fait tout simple en lui-méme, et la nouvelle en étant venue jusqu’à Rome, amena, comme on pense, une grande agitation dans la maison de la signora Cremaschi. Le conseil féminin en tira les conclusions les plus exagérées, au point que l’inquiétude fit, dit-on, tourner le lait de la jalouse Anna-Maria (i).

pour ces animaux. Un ami dans lequel il avait toute confiance et qui devint depuis un artiste célèbre, le sculpteur Rodolphe Schadow, consentit à les prendre chez lui. (Thiele.)

(i) Thiele.

VIE DE THORVAI.DSEN.

Au mois de décembre, Thorvaldsen rentra tranquilkment à Rome, bien rétabli par un repos de quelques mois; et il se réjouissait d’apprendre, par les lettres qu’il recevait de Montenero, que la baronne de Schubart ressentait également l’effet salutaire des eaux, lorsqu’au mois de février 1814 il fut tout à coup informé, par une lettre du baron , que cette excellente femme venait de succomber après une très-courte maladie. Il en éprouva une vive douleur. La baronne était, en effet, une personne modeste autant que distinguée; sans ostentation , elle se plaisait à rendre service aux artistes, et elle avait toujours été pour Thorvaldsen en particulier une protectrice aimable et une véritable amie. Le sculpteur', ayant à cœur de donner un pieux témoignage de sa reconnaissance envers la défunte, se mit à l’œuvre aussitôt, et modela un bas-relief dans lequel le mari eSt représenté cherchant à rappeler son épouse à la vie, tandis que le génie de la mort en éteint le flambeau.

Au moment même où Thorvaldsen venait de perdre celle qui avait été sa meilleure amie, un jeune homme nommé PietroTenerani, qui devait être un jour son élève le plus remarquable, entrait dans ses ateliers. Tenerani était neveu d’un certain Pietro Marchetti, marbrier de Carrare, qui fournissait habituellement au maître les blocs de marbre nécessaires à ses travaux.

Un jeune peintre danois, Eckersberg, vint à Rome à la même époque, et Thorvaldsen lui prêta

un bienveillant appui. Le peintre fut bientôt l’ami du sculpteur, dont il fit le portrait, l’un des plus ressemblants que l’on possède : un peu froid , mais finement touché, il donne une idée très-exacte de la physionomie de Thorvaldsen à l’âge de quarante ans.

En 1814 l’artiste composa le bas-relief de Nessiis et Déjanire , et il reprit le sujet de l’Amour vainqueur, dont une composition antérieure ne l’avait pas satisfait. Une petite statue, V Amour enfant , et celle de la jeune Georgina Russell, datent du même temps.

A l’année 18 1 5 se rapportent quatre bas-reliefs d’une haute importance : l'Atelier de Vulcain, oü se trouvent groupés près du dieu, Vénus, l’Amour et Mars; la belle composition, Achille et Priam, dont nous avons déjà parlé, œuvre grande et savante, et, à notre avis, le chef-d’œuvre de Thorvaldsen; enfin, les deux médaillons si célèbres, l'Aurore et la Nuit. Ce dernier fut, dit-on, conçu dans une nuit d’insomnie, et exécuté en un jour. C’est d’ailleurs une œuvre vraiment inspirée : la dées.se des ombres, lancée dans l’espace avec une légèreté infinie, s’envole, emportant dans ses bras ses deux enfants, le Sommeil et la Mort. L'Aurore est un pendant; c’est aussi une œuvre remplie de grâce, mais elle n’a pas la même valeur que le médaillon précédent. 11 y a entre ces deux ouvrages toute la distance qui sépare de l’inspiration subite, irrésistible, l’etîort

VIE DE THORVALDSEN.

ingénieux et réfléchi. Ces deux compositions, trèsappréciées des connaisseurs, acquirent promptement une grande faveur dans le public ; elles furent gravées sur pierres fines et sur coquilles, moulées en plâtre et en pâte, reproduites en un mot sous toutes les formes.

Tandis que ces deux bas-reliefs augmentaient encore la réputation de Thorvaldsen à Rome, et que les Italiens eux-mémes, malgré leur jalousie instinctive contre les étrangers, ne pouvaient lui refuser leurs éloges, quelques-unes de ses œuvres, et surtout une belle série de dessins envoyés à l’Exposition de Copenhague, attiraient plus que jamais sur lui l’attention de ses compatriotes. Le roi Frédéric VI, qui régnait alors en Danemark, avait fort peu de connaissances en matière d’art. Nature franche et loyale, il ne chercha pas à prendre les apparences d’un rôle qu’il sentait ne pas convenir à la tournure de son esprit, et il laissa volontiers ce soin et cet honneur à son cousin, le prince Christian - Frédéric. La capitale n’était pas encore sortie des décombres dans lesquels le bombardement de 1807, par les Anglais, l’avait laissée, et il restait beaucoup à réédifier. Le prince, malgré l’insuccès de sa première démarche, était si désireux d’obtenir de Thorvaldsen un concours dont il comprenait toute l’importance, qu’il était prêt à tenter tous les etforts pour parvenir à son but. Il engagea donc vivement les amis de l’artiste à joindre leurs prières aux siennes.

et le sculpteur reçut presque en même temps plusieurs lettres pressantes, dans lesquelles on lui exposait l’admiration que tout le monde à Copenhague professait pour son talent, et combien le secours de ses lumières était nécessaire. On lui disait en même temps qu’il ne serait pas digne de lui d’en priver sa patrie.

cc II est encore souvent question de toi et de tes ouvrages (lui écrit son ami le professeur Brôndsted , à la date du 2 décembre 18 1 5), non-seulement parmi le petit nombre des personnes qui ont réellement l’amour et la connaissance de l’art, mais encore dans deux autres publics, dont les jugements, bien qu’au fond peu dignes d’estime et quelquefois tout à fait récusables, ont cependant de l’importance, à cause de l’influence prépondérante qu’ils exercent sur la vie sociale. J’entends par ces deux publics, la foule, et ce qu’on appelle communément le beau monde ou la noblesse. Les opinions de cette classe ne sont souvent ni grandes ni nobles, comme une longue expérience l’a démontré. Je dois pourtant leur rendre cette justice, que, dans ces derniers temps, on a parlé de toi partout avec un enthousiasme qui m’a fait un vif plaisir, ainsi qu’à tes autres amis, quoiqu’il nous ait été facile de voir que cette admiration ne prenait sa source ni dans des idées justes de l’art en général, ni dans des appréciations bien nettes de ton génie et de ton mérite en particulier. »

La lettre du professeur Brôndsted se terminait

par cette phrase : « Bref, la conclusion de tout ceci est que tu dois venir, pour le pays autant que pour Part et pour toi-même. » Cela était vrai , et Thorvaldsen le comprit. Mais bien qu’il eût le désir sincère de faire profiter sa patrie des connaissances qu’il avait acquises en matière d’art, il fut forcé de remettre cette satisfaction à une époque ultérieure. Pour exécuter les commandes qui surgissaient de tous côtés, il venait précisément de donner une nouvelle extension à ses travaux. Au pied des hautes terrasses du palais Barberini, à l’angle de la place et de la ruelle Vicolo delle Colonnette, il avait remarqué trois bâtiments contigus, bordant un jardin, et qu’il trouvait tout à fait à sa convenance pour y établir trois ateliers (i). Il s’y installait au moment où on l’appelait à Copenhague, et c’est là qu’il vécut de longues années , composant des œuvres nouvelles, et les faisant répéter par ses élèves. Il ne put donc répondre qu’une lettre d’excuses au prince de Danemark, alléguant les nombreux engagements pris et l’obligation d’y satisfaire, et promettant d’ailleurs de ne plus en contracter de nouveaux, afin de pouvoir se rendre aux vœux de ses concitoyens dès le printemps de l’année suivante. Mais des circonstances imprévues l’empêchèrent de réaliser ce projet, qu’il ne mit définitivement à exécution qu’au mois de juillet 1819.

i i) Thicle.

Cette période du séjour de Thorvaldsen à Rome fut encore féconde en grandes productions. En 1816, il modela une statue d'Hébé, variante de celle qu’il avait composée dix ans auparavant. Le sein droit de la première est nu; la seconde , plus richement drapée dans son chiton, a les seins voilés, et tout dans son maintien respire la grâce pudique. Il fit aussi un nouveau Ganymède. Le premier présente la coupe pleine, le second verse d’une amphore le nectar des dieux.

C’est dans le cours de la même année que fut terminée la Vénus, cette belle et noble figure que l’artiste a si longuement étudiée, et pour laquelle il a successivement employé plus de trente modèles. Le maître laissa de côté son premier essai de i8o5, dont il n’avait pas été satisfait, et consacra trois années d’un travail assidu à l’achèvement de cette nouvelle figure, l’un de ses ouvrages les plus soignés. Cette statue fut souvent reproduite : les premiers exemplaires en marbre furent exécutés pour le lord Lucan, la duchesse de Devonshire, et un peu plus tard pour M. P. C. Labouchère (i). M. Thiele rapporte qu’ils coururent

(i) M. Pierre-César Labouchère, Hollandais et alors chef de la maison Hope et O*, d’Amsterdam , avait épousé une tille de sir Francis Baring, baronnet; il était ainsi beaufrère de M. Alexandre Baring, depuis lord Ashburton. Son fils, M. Henry Labouchère, aujourd’hui propriétaire de la Vénus, fut pendant plusieurs années ministre de la

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de grands dangers avant d’arriver en Angleterre, aux lieux de leur destination. C’est ainsi que le marbre de la duchesse de Devonshire fut brisé au

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