VIE D E T II OU VA LDSEN
Saint-Michel qui lui étaii réservé, demanda que la cérémonie fût retardée. D'après son désir, elle fut remise au 12 mai s suivant.
Le mausolée découvert fut bientôt en huile à quelques critiques peu bienveillantes; en revanche il obtint les suffrages du plus grand nombre. Aucun juge de bonne foi ne contestera la beauté de la statue, non plus que l'exécution remarquable du groupe des deux génies, au marbre duquel Thorvaldsen avait lui-même donné la dernière main.
Peu de temps après la révolution qui mit fin au gouvernemenl de la Restauration, l'artiste qui avait composé le triomphe d'Alexandre et le monument du prince Eugène de Beauharnais reçut une dis tinction flatteuse entre toutes, (pie nous sommes heureux d'avoir à mentionner. L'ambassadeur de France à Rome lui annonça qu'il venait d'être nommé officier de la Légion d'honneur'. « Cette distinction, écrit-il au sculpteur, nesl qu'une justice rendue au génie dont le ciseau, parmi tant de chefs -d'oeuvre, nous a repro duit et le triomphe du plus grand des conquérants dont l'histoire lasse mention, et les traits d'un guerrier célèbre que la France, dans ses temps de malheur, n'avait adopté que pour en porter immé diatemenl le deuil. Cette statue du héros servira de palladium à la ville dont elle la il le plus noble ornement, cl votre nom, sortant de la sphère dans laquelle vous vouliez Le tenir enchaîné, se mêlera à ces bauls faits qui émeuvent aujourd'hui tous les cœurs el tiennent le monde entier suspendu cuire L'admiration el la crainte, n
Ce doit être vers l'époque de son voyage en Bavière que Thorvaldsen cul à Florence une entrevue singulière avec Bartolini. Depuis longtemps déjà il avaii eu occasion de connaître personnellement le célèbre sculpteur italien, dont la \ ie a été une lutte de tous les instants: bille terrible contre la misère, jusqu'au jour où son beau lalenl lui enfin reconnu, cl lutte non moins opiniâtre contre les persécutions incessantes de l'envie, lorsqu'il eut conquis sa grande position dans les arts.
Lorenzo Bartolini avaii (railleurs nue aine trempée à toute
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10f> PREMIÈRE PARTIE.
éprouve, et le combal n'était point fait pour l'effrayer ; son esprit indépendant n'avait nul souci de plaire, et son caractère se ressentait de ces habitudes presque batailleuses <pie les circonstances semblaient lui avoir imposées.
Il avait appris que Thorvaldsen était à Florence, et il s'attendait à recevoir une de ses premières visites. Cependant l'artiste danois ayant tardé quelques jours à se présenter dans l'atelier de Bartolini, l'Italien considéra ce peu d'empressement comme une marque d'indifférence et comme un oubli des égards qu'on se doit entre confrères de grande renommée. Il en fut froissé à tel point qu'il enjoignit à ses élèves, dans le cas où Thorvaldsen se déciderait enfin à paraître, de lui déclarer qu'il était absent. Celui-ci vint en effet ; on lui dit que le maître était sorti. Il insista et donna son nom; la réponse fut. la même. « Mais il n'est pas possible que monsieur Bartolini ne soit pas chez lui pour moi! Veuillez donc lui dire que c'est le chevalier Thorvaldsen qui le demande. »
Bartolini se tenait dans un petit atelier placé a l'extrémité de la grande salle dans laquelle travaillaient ses élèves, et il entendait parfaitement le colloque. Irrité de l'insistance de celui dont il croyait avoir à se plaindre, il entr' ouvrit sa porte, et passant la tête : « Non, monsieur, je n'y suis pas pour vous! » lui cria-t-il; et il referma la porte ' .
L'artiste, qui avait coutume d'être reçu avec tant d'empressement et tant d'égards partout où il se présentait , se retira stupéfait de cette scène étrange, qui lui apparut comme une inexplicable excentricité et dont il ne sut peut-être jamais la cause.
1 Cette anecdote nous a été rapportée par M. Daniel Ramée, qui la tenait directement de Bartolini, avec lequel il se trouva assez longtemps à Florence clans les rapports d'une complète intimité.