H. VERNET
» Paris, ce 8 janvier 1830. »
Comme on le voit, Vernet éprouvait pour Thorvaldsen une amitié mêlée de respect : le sculpteur avait vingt ans de plus «pic lui, et déjà sa longue chevelure blanchie lui donnait un aspect toul à fait vénérable2.
A la fin de cette année 1830, le 31 décembre, l'Académie de Saint-Luc de Home décida par acclamai ion que, pour rendre hommage au talent de l'illustre artiste danois, une médaille d'or serait
1 Thorvaldsen n'est jamais venu à Paris.
2 Après la mort de Thorvaldsen, madame la baronne de Stainpc vint à Paris et remit à Horace Vernel la bague de son ami; le peintre la reçut avec toutes les marques d'une vive et respectueuse émotion. « Il prit la bague, dit madame de Stampe, la passa à son doijjt, et l'appliquant sur son Iront, il s'inclina pour demeurer quelques instants comme absorbé dans ses souvenirs. »
frappée en son honneur, et, à cette occasion, le président de l'Académie lui écrivit une lettre des plus flatteuses \
Thorvaldsen était déjà bien décidé à quitter Rome, lorsque, en 1837, le choléra se déclara dans cette ville avec violence. L'artiste n'exerçait aucune fonction publique, et rien par conséquent ne pouvait lui faire tenir à honneur de demeurer en présence d'un danger si sérieux, alors qu'il était appelé avec instance dans son pays. Aussi, tandis que l'Académie de Saint-Luc convoquait les
1 Voici cette lettre :
» Insigne e Pontificia Accademia Romana délie belle arti, denominata di S. Luca. Li 31 dicembre 1836.
h Illustrissime- Signore !
» Gli insigni mêriti di V. S. Illustrissima ed il favore che da tanto tempo compiacesi rendere alla Pontificia Accademia rilasciando a pieno suo uso l'intero onorario che le compete di cattedratico di scultura, hanno mosso la Congregazione générale adunata jeri appresso la proposizione fattane dal Consiglio dei 12 del cadente, ad esternarlene con alcun atto straordinario la coin une riconoscenza.
» È slato quindi con unanime ripetita acclamazione determinato, che sia coniata in onore di V. S. Ill"'a una medaglia d'oro, la quale nel dritto abbia l'einbleina accademico di San Luca, secondo lo stesso di Lei disegno, e nel rovescio la seguente epigrafe :
ALBERTO THORVALDSEN.
SCULPTORI. CELEBERRIMO SODALI.
BENE MERENTI. EX DECR . ACADEMIAE. ANN. MDCCCXXXVI.
Lietissimo di potere coll' annunzio di quest' atto accademico, cosi vivamente grato al mio cuore, par complimento al quadriennio délia mia Presidenza, altro non mi rimane se non di pregare V. S. Illma a gradire questa si spontanea e solenue dimostrazione dell' ossequio ed amore de' suoi affettuosi colleghi, e di far voti sincerissimi al Cielo perché ci servi per lunghi anni nel Sig. Cominendatore Thorvaldsen uno de' più grandi ornamenti dell' Accademia e di Roma, uno de' più insigni e celebrati maestri di che si onorino le arti europee.
» Con questi senlimenti dell' animo desidero, che V. S. Illma mi abbia costantemente per suo con tutta la venerazione
» Di v. s. m«
» Devmo oblm0 Servi lore » G. Cav° Salvi, Présidente.
» Prof. Salvatore Retti, » Segr. perp. »
VI E DE THORVALDSEN. 12:5
artistes pour se rendre en procession, le 14 août, à l'église del Gesù, où se trouvait une image miraculeuse de la Vierge, il se laissa persuader par plusieurs compatriotes et partit avec eux.
En prenant cette détermination, les voyageurs n'avaient pas été informés que les habitants des petites villes voisines, redoutant l'irruption du Héau, avaient trouvé prudent d'établir une sorte de cordon sanitaire autour de Home, et (pic, les armes à la main, ils repoussaient quiconque tentait de s'approcher. C'est par suite de cette mesure, dictée par la peur, que Thorvaldseï) et ses compagnons, aux abords du premier village qu'ils rencontrèrent, furent tenus à distance par une sorte de milice improvisée; on leur lil sommation d'avoir à rebrousser chemin immédiatement, les mena çant de faire feu s'ils ne se conformaient à cette injonction.
Il fallut donc rentier à Rome, où l'épidémie sévissait cruellement . L'artiste dut penser qu'il pourrait ne plus revoir son pays, et il jugea prudent tic faire son testament définitif. Dans ce document, daté du 24 août 1837 ', Thorvaldsen déclare léguer a sa ville natale, Copenhague, ses œuvres et toutes ses collections d'objets d'art et d'antiquité, mais à la condition qu'elles formeronl un musée distinct, pour l'installation duquel la ville fournira un emplacement convenable. Il avait déjà, par un aele antérieur, assuré un revenu suffisant à sa fille, qu'il avait pu adopter en 1835, et à laquelle il avait fait contracter un mariage honorable.
Ce fut un triste séjour (pie celui de Rome pendant l'été de 1837 . Le travail devint pour Thorvaldsen un refuge contre les pénibles préoccupations causées par la présence d'une épidémie qui faisait chaque jour de nombreuses victimes. Le maître entreprit alors une statue représentant une jeune fille dansant le saltarello. Cette figure était destinée à orner nue des salles du palais Torlonia , où se trouvait déjà la première Danseuse de l'artiste, ainsi qu'une œuvre semblable de Canova.
Après avoir suffisamment ébauché cet ouvrage, le sculpteur lit venir un modèle. Une belle Romaine, conduite par sa mère, posait
' Voir ce testament aux Appendices.
depuis peu de temps, lorsqu'elle se sentit indisposée; bientôt même elle fut plus souffrante, et les symptômes ne laissant plus de cloute sur la nature de la maladie, c'était une attaque de choléra, l'artiste se hâta de faire reconduire la jeune fille chez elle. Toutefois elle guérit; sa mère la ramena quelque temps après, mais Thorvaldsen ne consentit pas à la faire poser de nouveau; il acheva la figure sans modèle.
Dès lors le sculpteur ne songea plus qu'à s'éloigner de Rome; il prit toutes ses dispositions afin de pouvoir exécuter ce projet bien arrêté, et il écrivit à ses amis de Copenhague pour leur en donner avis. La nouvelle se répandit bientôt en Danemark; ce fut une joie générale dans le pays. Immédiatement le roi fit notifier au prince Christian, président de l'Académie, qu'il avait donné des ordres pour qu'une frégate de l'Etat fût envoyée à Livourne, pendant l'été de 1838, afin d'aller chercher Thorvaldsen et de transporter tous ses ouvrages. Non -seulement l'artiste en reçut la nouvelle officielle, mais une lettre particulière du prince lui exprima toute la satisfaction que causait son retour.
Le sculpteur fit préparer d'avance ses caisses, et les expédia successivement à Livourne, au nombre de soixante-deux : elles renfermaient ses statues, ses tableaux , ses antiquités, ses livres. Lorsque, au mois de juillet, M. Dahlerup capitaine de la marine royale de Danemark, l'informa que la frégate Rota était à l'ancre, devant Livourne, prête à le prendre à son bord, ainsi que sa suite et ses effets, il n'avait plus qu'à partir. Il quitta Rome, espérant d'ailleurs y revenir encore, et il s'embarqua pour Copenhague le 13 août 1838.
l'amocr ciik/, anacréon.