I. ANC E 1) I' Il A PT E M E
traversant le continent ; Thorvaldsen désirait revoir celles de ses œuvres qui décoraient les places publiques de quelques-unes des plus grandes villes de l'Allemagne.
On se mit en route le 21 mai 1841, et l'on débarqua à Warnemïinde, petit port du Mecklembourg.
Les fêtes extraordinaires auxquelles avait donné lieu le retour de l'artiste dans son pays trouvent une explication légitime dans la juste admiration de compatriotes que la gloire de l'un des leurs flatte dans leur orgueil national. Les ovations qui se succédèrent en Allemagne durant tout le voyage du sculpteur danois offrent un spectacle qui peut paraître étrange aujourd'hui1.
A Berlin, la famille royale invite Thorvaldsen à passer la soirée au château de Schonhausen2. Quelques jours après, les artistes de cette ville organisent un grand banquet dans la salle Jagor, et pour désigner d'une manière plus directe le héros de cette solennité, ils placent dans une niche de feuillage le buste de Thorvaldsen, et le font couronner par la célèbre Victoire de Rauch3.
A Dresde, le roi de Saxe s'empresse de l'inviter à assister à une représentation extraordinaire au nouveau théâtre. Un équipage de la cour vient le prendre à l'hôtel et le conduit dans la loge royale. A peine l'artiste y paraît-il que tous les assistants l'accueillent par de bruyantes acclamations, et comme si ce n'était pas encore assez de tant d'enthousiasme, à la fin de la pièce, la toile se lève de nouveau, et, sous forme d'épilogue, une actrice vient le saluer au nom de l'art dramatique 4.
Mendelssohn, que nous avons vu naguère arriver tout jeune à Rome et charnier le sculpteur en jouant du piano dans son atelier, habite maintenant Leipzig. Thorvaldsen s'en souvient en passant dans cette ville, et le compositeur tressaille de joie lorsqu'il revoit son vieil ami. 11 organise une fête musicale eu son honneur, puis
1 Le Kunsthlalt de 1841 a publié les détails les plus circonstanciés de ce voyage à travers l'Allemagne.
2 30 mai 1841.
3 3 juin 1841.
4 12 juin 1841.
VIE DE THORVALDSEN. 155
un banquet à l'hôtel de Saxe, et le soir, les étudiants, munis de torches, viennent chauler en chœur sous les fenêtres de l'artiste.
Thorvaldsen va ensuite visiter le monument de Goethe à Francfort, et celui de Gutenberg à Mayence. Il arrive le soir dans cette dernière ville1, et la municipalité, avertie de la présence du sculpteur, l'escorte au bruit de la musique et à la lumière des flambeaux. Dès le lendemain, le président du gouvernement grandducal de liesse vient le chercher avec une suite nombreuse qui le conduit à la statue de l'inventeur de l'imprimerie; pour la circonstance, le monument avait été entouré de guirlandes; la place est couverte de monde, les discours et les hourras sont prodigués.
Le jour suivant, le théâtre donne une représentation extraordinaire en f honneur du ((bourgeois honoraire de la ville, du chev alier Thorvaldsen. »
A Stuttgart, ce sont encore des fêtes semblables. Des le soir de l'arrivée du maître'2, la place où se trouve le monument du poëte Schiller est illuminée par des feux de Bengale, el la Société des Amis du chant donne une sérénade, après laquelle la foule acclame l'artiste de ses vivat enthousiastes. Le lendemain, dès le matin, une députation de la magistrature et du collège des bourgeois vient complimenter celui qui a doté la ville d'un si beau monument , e1 lui exprimer les sentiments de reconnaissance de celle cité. Le diplôme de bourgeois honoraire lui est remis le jour suivant, pendant un grand repas donné au château de Silberbourg, et à minuit , il est reconduit à son hôtel par toute l'assistance, formanl une procession aux flambeaux.
Thorvaldsen se rend ensuite a Munich, on il revoit sa statue de Maximilien Ier, sur la place Wittelsbach. Il \ a dans celle ville une réunion de savants qui s'intitule : Société des hommes sans urne. Ceux-ci donnenl au sculpteur une fête dans le goût allemand, «pu a bien son caractère8.
L'un d'eux, Schelling, commence par souhaiter une longue
1 25) juin 1841.
2 6 juillet 1841.
3 15 juillet L841.
vie à l'artiste. Jusqu'ici rien de plus naturel; mais voici la série des excentricités germaniques : Martius conjure les esprits de la nature et la chaleur des tropiques (on était au mois de juillet) de glorifier ce jour heureux; Stieglitz chante en vers grecs la joie des hommes sans gêne, qui ont au milieu d'eux un maître classique. Une langue morte ne convient pas à l'orientaliste Naumann ; il célèbre la gloire de Thorvaldsen successivement en cinq langues vivantes : en allemand, en anglais, en français, en arménien et... en chinois! C'était faire bien de l'honneur au sculpteur, qui ne prétendait pas être un savant. Mais ce n'est pas tout : voici un discours, fort applaudi et très-goûté, dans lequel l'orateur , traitant de l'art et de l'industrie, dépeint « la mirifique et plaisante querelle de Thorvaldsen avec le diable. » (Que venait faire le diable en cette affaire?) Weichselbrenncr est plus sérieux dans son appréciation de l'œuvre de l'artiste, qu'il passe en revue, en même temps qu'il retrace rapidement l'histoire de la vie du maître.
Sommes-nous au bout?... Pas encore. Le biographe auquel nous empruntons ces détails affirme que Forster porta un toast en vers « A la feuillette couronnée de myrte et de laurier, toujours pleine de vin fin et généreux! etc., etc. » Arrêtons-nous.
Pourtant nous n'avons pas fini le chapitre des originalités. A peine laisse-t-on le voyageur respirer. La Société des Amis des arts organise une fête qui a lieu deux jours après, et où fleurit l'allégorie. Là, dans un intermède mythologique, Mercure apparaît, enveloppé d'un manteau de fourrure, allusion à la température, et il annonce qu'on va représenter le Jugement définitif, bouffonnerie en un acte et en prose. Il s'agit en effet de prononcer dans une querelle qui s'est élevée entre différentes villes, celles-ci prétendant avoir un certain droit de revendication à exercer sur la personne de Thorvaldsen. Schiller vient plaider la cause de Stuttgart, Gutenberg celle de Mayence. Maximilien Ier s'avance à cheval et se présente comme défenseur de Munich; Christian IV, champion de Copenhague, n'est pas disposé à céder. Il ne manque pas non plus d'orateurs pour soutenir les droits de Rome, de Varsovie, et de bien d'autres cités encore. Mais voici que Junon, assise auprès de
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Jupiter, s'échauffe elle-même en entendant ee débat, au point d'y prendre part et de prétendre que c'est à l'Olympe qu'il convient de revendiquer un si grand artiste. Le souverain des dieux fronce son terrible sourcil; une telle querelle le courrouce, et de sa voix puissante il rend lui-même l'arrêt : « C'est à l'univers entier ([n'appartient Thorvaldsen ! »
Le roi Louis, l'illustre ami du maître, n'était pas alors à Munich, il prenait les eaux à Briickenau; mais, dès qu'il fut informé de l'arrivée de Thorvaldsen, il s'empressa de lui écrire1 :
<( J'avais le plus vif désir de revoir à Munich mon excellent et vieil ami Thorvaldsen, le plus grand de Ions les sculpteurs depuis les temps les plus florissants de la Grèce, et de lui faire les honneurs de ma capitale, où le pins beau monument qui soi! soi li de ses mains excite l'admiration générale. La statue équestre de l'électeur Maximilien I''1' n'a pas été surpassée.
» Ne pouvant vous remettre moi-même la croix de Tordre dn Mérite de Suint-Michel que je vous ai destinée, j'ai chargé mon ministre de ma maison et des affaires extérieures de vous la faire tenir. Veuillez l'agréer comme une marque des bonnes intentions de celui qui sail apprécier ce que le monde possède en \olre personne. »
Thorvaldsen ne voulut point quitter la Bavière sans revoir le roi Louis. Ce prince s'étant rendu quelques jours pins lard à son château de Hohenschwangau en Tyrol, le sculpteur s'empressa d \ aller visiter la famille royale. Il venait précisément de recevoir une lettre tout intime du roi de Danemark, dans laquelle ce souverain le chargeait de présenter ses compliments à son vieil ami le roi de Bavière. Ces deux princes s'étaient autrefois connus à Home dans leur jeunesse.
Le voyage triomphal de l'artiste à travers l'Allemagne l'avait singulièrement fatigué; il entra en Suisse par Lindau, \ isita Zurich et Lucerne, et s'arrêta tout un mois dans ces contrées pour prendre quelque repos avant de descendre en Italie par le Sainl-Colhard ".
1 17 juillet 1841.
s Thiele.
Il ne fit que traverser Milan, Gênes et Livourne, et ne resta que deux jours à Florence, malgré le bon accueil qui lui fut fait en cette ville par les artistes. Le 12 septembre il arrivait à Rome.
Dès le lendemain, une députation, à la tête de laquelle se trouvaient le président, l' ex -président et le vice- président de l'Académie de Saint -Luc, vint lui apporter les félicitations du monde artistique de la glorieuse cité. Quelques jours après, il y eut une grande fête pour célébrer son retour.
Pendant deux mois, Tborvaldsen n'eut d'autre occupation que de renouveler connaissance avec ses anciens amis. Sa santé se trouva moins bien du climat de l'Italie qu'il ne l'avait espéré; il ressentit pour la première fois de douloureuses courbatures, et il s'en affecta assez sérieusement pour qu'on écrivît à cette époque1 : « Tborvaldsen croit qu'il est atteint de pbtbisie, et qu'il en 'mourra. » C'est sous cette impression qu'il prit la résolution de revenir à Copenhague dès le printemps suivant. Toutefois il prolongea son séjour à Rome au delà de ce terme, puisqu'il y passa la plus grande partie de l'année 1842, et ne retourna en Danemark qu'au commencement du mois d'octobre de cette année.
Pendant cette période, il s'occupa surtout d'ouvrages religieux, parmi lesquels nous citerons une série de petits bas -reliefs représentant la vie du Christ : l'Adoration des bergers , la Fuite en Egypte , Jésus au milieu des docteurs, le Baptême de Jésus, l'Entrée de Jésus à Jérusalem.
Ces sujets devaient faire partie d'un ensemble encore plus considérable, puisqu'on a retrouvé des dessins, tracés à la même époque et aujourd'hui conservés au musée, dans lesquels sont représentés : le Mariage de la Vierge, le Songe de Joseph , l'Adoration des Rois, la Circoncision , la Résurrection , la Fi lie de Jaïre , Jésus tenté par le diable , les Marchands chassés du temple, la Chananéenne , la Trahison de Judas, la Mise au tombeau.
Il fit également à Rome le modèle d'un nouveau groupe des Trois Grâces, commandé par le roi de Wurtemberg, et qui diffère considérablement de celui dont nous avons déjà parlé.
1 8 novembre 1841.
VIE DE TIIORVALDSEN. L59
C'est encore pendant ce dernier séjour en Italie qu'il exécuta les modelés nouveaux des deux statues des apôtres Saint André el Saint Thaddée , dont les premières figures ne l'avaient point satisfait.
Thorvaldsen hésita beaucoup sur la route qu'il suivrait pour rentrer dans sa patrie. La crainte de nouvelles ovations, et, d'après ce qu'il écrit, « l'ennui de se montrer par toute l'Europe comme une bête curieuse, '> lui font songer à prendre la voie de mer. Puis, il change d'avis; il traversera la France pour aller voir Paris* il ira de Livourne à Marseille, et se rembarquera au Havre. Mais ce plan de voyage fut encore modifié; pendant la traversée de Livourne à Marseille, il réfléchit que s'il passait par Paris, pour visiter sérieusement cette grande ville, qu'il ne connaissait pas, il se trouverait entraîné à y séjourner quelque temps II était pressé, d'autre part, de rentrer à Copenhague, car il avait appris que la construction de son musée était achevée : déterminé par cette dernière considération à ne pas prolonger son absence, il ne s'arrêta que deux jours à Marseille1, pour aller de la directement à Strasbourg. En passant rapidement par Manbeim, Mayence, Francfort, Cassel, Hanovre et Hambourg, il parvinl à kiel, où l'attendait la frégate de la marine royale le Frédéric II, qui le conduisit à Copenhague.
Son premier soin fui de se rendre a son musée, qui avait de exécuté d'après les plans de l'architecte Bindesboll. l ue souscription publique en avait couvert, en grande partie les frais, et la commune, avec l'approbation royale, avait complète l.i somme nécessaire. La construction, commencée à la lin de L'année IX!{!), se trouvait terminée et couverte à la lin de 1841.
Thorvaldsen y fut reçu, dès le lendemain de son retour, parle collège des bourgeois, auquel s'était joint le comité des travaux publics. Il parcourut avec un vif intérêt toul ce grand bâtiment, qu'on axait tapissé de guirlandes pour la circonstance, el il s'arrêta au centre de la cour intérieure. C'était là qu'il devait être inhumé. Le monument élevé pour perpétuer sa gloire était son tombeau, el
1 Dm 5 an 7 octobre 1812.
il semblait que la postérité commençait de ce jour pour le maître; l'œuvre de marbre allait rester, l'homme rentier dans la poussière. Baissant vers la terre sa tête blanchie, le vieillard demeura quelques instants pensif ; niais bientôt l'artiste se redressa et marcha le front haut. Lui-même devait revivre dans tous ses ouvrages, qui resteraient là comme les témoins impérissables du génie à côté des cendres mortelles. Ces pensées avaient- elles traversé son esprit? Ceux qui l'entouraient étaient émus; mais personne n'osa l'interroger.
Thorvaldsen était alors dans sa soixante-douzième année. Son esprit n'avait rien perdu de sa valeur : c'était toujours la même verve féconde, la même facilité de création; l'exécution seule était inégale. On ne retrouve plus dès lors dans ses modèles cette perfection élégante qu'on admire dans un grand nombre des œuvres précédentes, notamment dans celles qu'il a exécutées à Rome aux beaux temps de sa gloire et de sa force. Il ne serait donc pas équitable déjuger l'artiste d'après ses derniers travaux, bien que plusieurs d'entre eux soient encore dignes de son talent. Tels sont le buste colossal de Frédéric VI , fait pour le monument élevé à ce prince, en Jutland, sur la colline du château de Skanderborg ; et les quatre bas-reliefs qui ornent le piédestal : l'Abolition du servage, V Institution des Etats provinciaux , la Protection des sciences et des arts, V Administration de la justice.
Un joli médaillon représentant les Anges fêtant la Noël aux deux est aussi de la fin de l'année 1842; le roi de Danemark en fut tellement charmé qu'il s'empressa d'en commander le marbre. Le buste de la baronne de Stampe date de la même époque.
L'année suivante, l'artiste exécuta le modèle de la statue colossale d'Hercule. Malgré les imperfections de cette œuvre, on demeure étonné de la vigueur d'esprit qu'elle témoigne de la part du vieillard. Il fit également l'esquisse de la statue d'Esculape, ouvrage destiné à servir de pendant au précédent ; tous deux devaient être coulés en bronze pour la façade du château royal de Christiansborg, à Copenhague 1 .
1 Ces statues furent exécutées plus tard sous la direction de M. Rissen. (Voir au Catalogue. )
VIE DE TIIORVA LDSEN. 10]
Une série assez considérable de médaillons parut en même temps : ce sont les Génies de la sculpture, de la peinture, de l'architecture > de la poésie et de l'harmonie; puis les trois Génies des arts du dessin. En 1844, l'artiste donna encore des répétitions variées de la plupart de ces ouvrages.
Mais nous devons mentionner particulièrement, et à cause du bruit qu'elle fit en Danemark, une composition plus importante, le bas -relief connu sous le nom de Génie de la paix. Le génie est à genoux et présente un plat dans lequel mangent ensemble un lion et un aigle, tandis qu'un chien est assis près de lui. Il y avait là une allusion au prochain mariage du prince royal de Danemark avec une grande-duchesse de Russie; l'intention lut remarquée, et les journaux politiques en parlèrent. Wilkens ayant rapporté leurs commentaires à son maître : « Puisqu'il en est ainsi , dit Thorvaldsen, je vais ajouter le bonne! phrygien à ma composition; » et le même jour il plaça deux lois cet emblème sur la tête de la figure allégorique et sur un arbre de la liberté.
Parmi les personnifications de génies qui, dans les dernières années de sa vie, lui servirent à caraclériser soit des idées philosophiques, soit les expressions diverses de l'art, le génie de la sculpture le préoccupa naturellement plus (pue tout autre. En 1843, à Nysiie, il l'avail montré assis devanl un bas-reliei représentant la naissance de Minerve; c'est la pensée qui s'élance du cerveau ci prend une forme. Mais cette composition, bien qu'heureusement conçue, ne lui avait pas pain suffisante; il reprit ce sujet et lil asseoir le génie sur l'aigle, au pied de la statue de Jupiter. Ce nouveau bas-relief ne lui plut pas davantage, et le 20 mars 1844, il traça sur l'ardoise, à la craie, un troisième projet, qu'oïl peut voir aujourd'hui au Musée de Copenhague. Ici le génie, dans sa hardiesse toute-puissante, est venu se poser sur l'épaule du Jupiter Olympien... Ce fut la dernière composition du sculpteur. Nous arrivons en effet au terme de celte longue et féconde carrière.
Vers cinq heures du malin, le dimanche 24 mars, l'artiste, se sentant indisposé, sonna son domestique} il avait passe une mauvaise nuit et n'avait pu trouver de sommeil. Wilkens s'efforça de
le tranquilliser; il l'engagea pourtant à garder le lit; mais Thorvaldsen se leva, ouvrit un livre, et alla s'installer sur son canapé, où bientôt après, la fatigue l'emportant, il s'endormit. Quand vers huit heures il se réveilla, il prit comme de coutume son verre de lait et son petit pain, et se mit à travailler toute la matinée
La baronne de Stampe l'ayant fait inviter à dîner, il s'excusa et répondit qu'il avait l'intention de demeurer chez lui. Cette dame, venue pour renouveler son invitation , le trouva occupé à modeler le buste de Luther. Il céda aux prières de la baronne , posa devant son buste la poignée d'argile qu'il avait dans la main, et enfonça l'ebauchoir dans la glaise. L'œuvre inachevée est conservée sous verre, au Musée, et l'on voit encore l'empreinte de la main du maître dans le morceau de terre qu'il vient de quitter.
Il partit avec madame de Stampe, rendit quelques visites, et l'entra dîner chez le baron. Il causa très-gaiement, s'amusa d'un article humouristique d'un petit journal, et dit gaillardement en parlant de son Musée : « Maintenant je puis mourir quand je voudrai , Bindesboll a terminé mon tombeau » . Quelques instants après, en se rendant au théâtre, il rencontra cet architecte, et ils échangèrent un salut amical.
Un an précisément avant cette époque, le poëte Andersen, frappé de la nouvelle d'un événement tragique, était venu le raconter à Thorvaldsen : l'amiral Wulff, bien célèbre en Danemark pour avoir traduit les œuvres de Shakespeare et celles de Byron, s'était trouvé indisposé au Théâtre- Royal pendant la représentation , et avait pris une voiture pour rentrer chez lui ; en arrivant à sa porte, il avait été trouvé mort par le cocher. « Eh bien, s'écria le sculpteur avec une sorte d'enthousiasme qui stupéfia Andersen, n'est-ce pas là une mort admirable et digne d'envie'2? »
A un an de distance, Andersen rencontra l'artiste qui sortait de dîner chez le baron de Stampe et se rendait au Théâtre-Royal. Le sculpteur pressa le poëte d'y venir passer la soirée avec lui; mais
1 Thiele.
1 Nous tenons cette particularité de M. Andersen, qui nous l'a rapportée lorsque nous lui avons rendu visite à Copenhague.