VIE DE T II 011 VALDSEN
le conteur avait hâte de jeter sur le papier quelque œuvre nouvelle de son imagination, et il refusa. Thorvaldsen entra seul dans la salle de spectacle et s'assit à sa stalle habituelle du parterre. Une dame étant arrivée ensuite dut passer devant lui; afin de faire place il se leva, et la dame, se retoumarrt pour le remercier, le vit se baisser vers le sol. « Avez- vous perdu quelque chose, Monsieur? » lui dit-elle. Thorvaldsen ne répondit pas. On crut alors qu'il se trouvait mal, et l'on s'empressa de venir à son secours; on le transporla en toute hâte au palais de Gharlottenborg, qui touche au théâtre, et il fut déposé sur son canapé. Le médecin s'empressa d'ouvrir une veine; mais il ne vint pas une goutte de sang. Le grand artiste avait cessé- de vivre.
Le lendemain, la triste nouvelle se répandit bien vite par toute la ville, qui fut plongée dans la consternation.
lia cérémonie funèbre eut lieu le samedi 30 mars 1844, avec une pompe royale. Ce fut pour ainsi dire toute la nation qui lit cortège an maître vénéré.
La salle des antiques du palais de Gharlottenborg fut transformée en chapelle ardente. Entouré des chefs-d'œuvre de la Grèce antique, qu'il avait en quelque sorte fait revivre, l'artiste, le visage découvert, la tête ceinte de lauriers, \ fut exposé dans un cercueil richement orne de couronnes '.
C'est là que toutes les députai ions vinrent se réunir aux amis du défunt; les artistes entonnèrent le chant d'adieu, et le cercueil fut fermé. La statue du maître était dessinée sur le couvercle; on plaça sur le drap noir le ciseau du sculpteur au milieu de branches de laurier cl de palmier, et parmi les couronnes on put remarquer celle que la reine de Danemark avait tressée avec des (leurs.
Un docteur en théologie, le professeur Clausen, prononça un discours, et le convoi se mit en mouvement le long du Marché neuf, de la rue de l'Est, de La place d'Amack, de la rue de Vimmelskaftel et de la rue Neuve9. Toutes les maisons étaient Lendues de
1 M. Dotezac, ministre de France à Copenhague, qui assistait à cette cérémonie, nous en a rapporté quelques détails. a Thiele.
noir; la foule était morne et silencieuse; on n'entendait que le glas funèbre, sonné par les cloches des églises de la ville, et du haut des clochers les chœurs religieux. Des croisées les femmes jetaient des fleurs devant le cercueil, que portaient quarante artistes, et quand on vit le cortège arriver à Notre-Dame, le Roi en personne, accompagné du prince royal, vint le recevoir à l'entrée de l'église. C'est au milieu de l'œuvre religieux de Thorvaldsen que fut célébré le service funèbre. Le prieur de la cathédrale, le R. Tryde, prononça une oraison, et après la cérémonie, la foule recueillie se retira lentement. On sentait que toute la nation était douloureusement frappée au cœur.
Les restes de l'illustre sculpteur demeurèrent près de quatre ans dans une chapelle de l'église de Notre-Dame, en attendant que les travaux intérieurs du Musée fussent terminés, et ce n'est que le 6 septembre 1848 qu'eut lieu la translation du corps dans le caveau placé au milieu du Musée Thorvaldsen. Ces restes mortels reposent aujourd'hui au milieu de la riche collection des œuvres du maître.