‹ Tibére et lH́éritage dÁugusteChapitre 8 sur 11 · L.VUOI‘TION · texte numérisé non relu

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pour lui la seule compensation de son abaissement volontaire : elle remplit sa vie, ieUe devient un besoin, elle le dérobe, par l’éloignement o les voyages, au contact le plus dur et le plus immédiat du joug.

'11 est inütile de 'raconter < ses campagnes contre les Germains, 'Son expédition jusqu’à. l’Elbe, la guerre contre les 'Marcomans, la soumission des Pannoniens et des Dalmates ; selon son propre témoignage, recueilli par Tacite, il avait fait neuf fois le voyage de Rome au Rhin. Après la défaite de Varus, il y - retourna pou. relever le moral de l’armée, contenirées vainqueurs,' rétablir la discipline parmi les vaincus. C’est alors que, pour la première fois, par une humilité nouvelle ou par défiance, il forma un conseil de guerre sans lequel il ne prenait et n’exécutait aucune résolution. Tant, do modestie charmait Auguste en le rassurant. Aussi, à son

<80 TIBr.niî.

retour, Tibère put-il célébrer le triomphe qui \ii avait été accordé par l’empereur, et que le désastre de Varus avait forcé d’ajourner.

Monté sur un char magnifique, à la tête de ses soldats, il arriva à. la porte triomphale, où l’attendait son père, assis avec le sénat tout entier. Tibère , qui avait alors cinquantequatre ou cinquante-cinq ans, descendit de son char devant Auguste et embrassa ses genoux, comme on embraissait ceux d’une divinité. L’empereur fut touché jusqu’au fond de l’âme d’une marque aussi publique d’abaissement, et Livie, qui l’avait conseillée sans doute, en fit immortaliser le souvenir par un monument qui est arrivé jusqu’à nous. C’est un camée, qui, par sa grandeur matérielle, est le second parmi les camées connus. Le sujet est le triomphe de Tibère.

Comment c6 précieux objet était-il passé entre

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les mains des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem? On l’ignore. Les chevaliers de Saint- Jean le donnèrent à Philippe le Bel, qui en fit présent aux religieuses de la communauté' de Poissy. Pendant les guerres de religion, l’abbaye de Poissy fut pillée et le camée disparut. Il se trouva plus tard oflert par un marchand 5. l’empereur Rodolphe II, qui le paya douze mille ducats d’or (350,000 francs). C’est ainsi qu’il est venu au musée de Vienne. Ce camée est plus petit que celui de la Sainte-Chapelle :

il a 19 centimètres de hauteur sur 23 cenlimètres de largeur; c’est une sardoine à deux couches.

L’artiste qui l’a taillé l’a divisé en deux zones : la zone supérieure, plus considérable, représente Auguste assis sur un trône, le torse nu comme Jupiter, le manteau drapé sur les genoux. Il tient de sa main droite le bâton

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augurai, symbole du grand-ponlificat, de sa main gauche le sceptre. Sous son siège est l’aigle, symbole de la toute-puissance, et qu’on appelle le roi des oiseaux, sans doute parce qu’il les dévore tous indistinctement. Au-dessus de sa tête, dans un cercle, brille le signe du Capricorne sous lequel il était né. A l’âge de dix-huit ans, quand il faisait ses études h Apollonie. avec Agrippa,, il avait été frappé de l’horoscope tiré par l’astrologue Diogène, qui, dès qu’il avait dressé le thème de sa nativité, s’était jeté â ses pieds en' l’adorant comme un dieu. Auprès d’Auguste, la déesse Roma (Rome personnifiée), se reconnaît à son casque ; elle est assise et foule sous ses pieds des armes et des boucliers. Derrière le trône, Neptune et Cybèle couronnent Auguste, également victorieux sur terre et sur mer.

En avant du groupe ainsi composé, on voit

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un char dont les chevaux sont tenus par une Victoire ailée. De ce char descend’ un personnage dont la figure, quoique modelée sur une très-petite échelle, exprime un sentiment de vénération, j’allais dire de terreur religieuse. C’est Tibère , qui contemple Auguste avec une crainte respectueuse; c’est Tibère, qui descend de son char pour se- jeter aux genoux d’Auguste. Dans la zone inférieure sont assis des /

captifs barbares, inclinés, les mains liées, tandis que des soldats romains érigent un trophée.

Tel est ce mémorable camée de Vienne qui rappelle une des scènes les plus douces et les plus agréables de la vieillesse d’Auguste, lorsqu’il vit Tibère, dont il avait toujours haï le caractère sombre et l’orgueil triste, s’humilier au sein du triomphe et renoncer en quelque sorte à sa gloire pour la déposer h ses pieds. Si

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TiBÈnii,

C3 n’esl pas Livic qui fit graver ce monument, c’est elle aissurément qui en a donné l’idée et ([u’il faut supposer cachée derrière la scène .

Aux yeux des courtisans, les convenances ülTicielles étaient donc parfaitement remplies. On ne pouvait imaginer un père plus heureux ni un fils plus soumis. Mais les Romains savaient que ces belles démonstrations n’étaient qu’un jeu. Vous-mêmes, messieurs, croyezvous que deux hommes, tels qu’Auguste au déclin de sa carrière et Tibère dans sa maturité SC soient épris d’une passion aussi touchantj l’un pour l’autre, oubliant l’aversion secrète qui avait rempli toute leur vie? Qu’Auguste, pai intérêt, par égoïsme, par l’influence de Livie, ait ménagé Tibère, qui lui était devenu nécessaire, et l’ait accepté alors qu’il ne lui restait plus d’autre choix, ce sont les pratiques ordinaires de la politique. Que Tibère n’ait eu pour

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Auguste, toujours sous l’inspiration de Livie, qu’une obéissance passive et un zèle de fonctionnaire, qu’il ait été silencieux, respectueux, servile, toujours prêt, toujours en action, d’autant plus satisfait qu’il est plus loin de Rome et d’Auguste, cela se conçoit également. Mais la tendresse hypocrite de ces deux natures répulsives n’était qu’un voile dont la postérité n’est pas dupe et dont les honnêtes gens ont le droit de rire.

Du reste, messieurs, nous avons des documents, nous avons des preuves; les faits ont leur éloquence et l’histoire est parfois indiscrète. Les archives impériales du Palatin n’ont pas entièrement disparu; quelques débris en sont venus jusqu’à nous.

Tibère , pendant sa longue expédition, écriv:;it à Auguste, il lui rendait compte de ses campagnes , et Auguste lui répondait. Plusieurs

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fragments de ces lettres d’Auguste ont été conservés. Tibère avait pris ce soin lui-raêmc, non sans raison, car ce sont les lettres les plus affectueuses, les plus enjouées, les plus flatteuses pour Tibère , celles qui devaient confondre ceux qui osaient dire qu’il régnait malgré la volonté d’Auguste ( invilo Augiitto), par le seul fait de Livie. Ces lettres étaient dilTiciles à. décliiffrer. Auguste ne séparait point scs mots; quand il arrivait à la fin d’une ligne sans que le mot fût complet, au lieu d’en rqîortcx' la fini à, la ligne suivante, il écrivait, au-dossoua-ct au-dessus des premières syllabes lessyllabcs qui complétaient le mot. En outre, il ne mettait point l’ortliogi aphe, et il était de l’avis de ceux qui assurent qu’on doit écrire comme on prononce Il oubliait des syllabes, mettait siinus pour sutiuts,

Orthographiam, id est formulara rationemqae scribendi a grammaticis instilutam, non adeo cuslodiit, sed

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domus pour domos^ ce qui ne l’empêcha pas de destituer un personnage consulaire, comme igno-

rantet grossier, parce qu’il avait écrit ixipour. ipsi.

On remarque ensuite avec quelque étonnement qu’ Auguste na parle k. Tibère que de choses frivoles,. de' ses plaisirs séniles, de sa santé, de sa tendresse^ Est-ce affaiblissement? est-ce prudence? est-ce incurie? 11 ne dit .rien deS' affaires, il ne donne aucun conseil „ il paraît aussi indifférent, h ce qui se passe sur le. Rhin ou sur riilbe quül veut. que. Tibèresoit.étrangfr à ce qui se passa dans. Borne.. Il ést vraix{u’.Âu.guate.aimait beaucoup la paix.; qu’il était incapable de soutenir les fatigues, par délicatesse de constitution, et de conduire les armées, par insuffisance de génie; qu’il mettait sa gloire à

videtur eorum sequi poilus opinionem qui perinde scribendum ac loquimur existimant (Sükione,, XXXVIII).

TIBKRE.

fermer le temple de Janus, quoique l’empire n’ait été qu’une série de guerres sans cesse renouvelées ; qu’il n’avait pas fait d’expédition depuis l’âge de trente-neuf ans, étant tombé malade la veille d’attaquer les Cantabres, mais que ses généraux étaient toujours sous les armes : en un mot il était le héros de la paix. Du moins, avait-il le bon sens de ne point envoyer de plans à ses lieutenants, de ne pas les gêner par ses ordres et contre-ordres , de ne pas faire de stratégie à distance et par procuration. Il trouvait plus doux et moins compromettant de raconter ses pertes au jeu, ses prouesses au ballon, sa constance à pêcher à la ligne, ses parties de dés et même de noyaux avec de petits enfants, qui le récréaient par leur joli visage et leur gai babil '. Il aimait

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