SCÈNE IL
De vos froideurs^ Cnéius , j'aurais lieu de me plaindre. A venir dans ma cour faut-il donc vous contraindre? Si d'un masque imposteur le vice est revêtu , Mon œil à des traits purs reconnaît la vertu. Quoi î d'un patricien , digne de sa naissance , Deviez-vous si long-temps m'envier la présence ? Un Romain tel que vous à l'empire appartient.
Moi , seigneur 1
C'est aux rois que ce litre convient.
Ah ! laissez prononcer aux esclaves d'Asie Les noms avilissans qu'obtient la tyrannie. Je ne commande point *, j'obéis à la loi -, Et je suis à l'État-, l'Etat n'est point à moi. C'est le sang des Pisons qui coule dans vos veines. On connaît leur fierté : plein des vertus romaines , De ces grands souvenirs votre cœur enchanté, Sait palpiter encore au nom de liberté. Ne vous défendez pas de mériter l'estime : Vous servirez , Cnéius , un pouvoir légitime Mieux que des courtisans par intérêt soumis , Amis de la grandeur , mais des lois ennemis , Et qui , toujours du prince étudiant les vices , Lui vendent des forfaits qu'ils nomment leurs services.
CNÉIUS
J'étais loin de prévoir , en mon obscurité ,
Un accueil si flatteur et si peu mérité.
D'un courtisan novice excusez l'ignorance.
Permettez-moi , César , d'écouter l'espérance ,
Et laissez-moi penser que je dois cet honneur
Aux exploits de mon père , et même à son malheur,
Ses exploits laisseront un souvenir durable ;
Je crois que son malheur n'est point irréparable.
Cet amour filial qui vous attache à lui ,