ACTE IV, SCÈNE III
Que l'exil , que la mort , que rien ne m'en sépare.
Pour vous qui , sous l'empire , exigez des Romains
L'antique austérité des camps républicains ,
Savez-vous quels ressorts divisaient en Syrie
Les soldats de Tibère et non de la patrie ?
Pison dirigeait-il ses propres étendards?
Un héros , cher au peuple , et du sang des Césars ,
Germanicus aimait la liberté romaine :
Jugez si de Tibère il méritait la haine.
Ah ! des dissensions que l'on vit éclater
Le vrai motif un jour peut se manifester.
Je forme des soupçons qui vont trop loin peut-être -,
Mais , quand tout se dira , craignez de reconnaître
Que mon père, en luttant contre Geriiianicus ,
A rempli de César les ordres absolus.
Je le crois. Aujourd'hui l'insensible Tibère Aux yeux des sénateurs cachait mal ce mystère. D'une bouche hypocrite il regrettait son fils ; Mais son cœur s'indignait de les voir attendris. Du héros avec peine il célébrait la vie 5 Jusqu'en l'urne funèbre il lui portait envie -, Et , d'un front abattu démentant les douleurs , Sa parricide joie éclatait dans ses pleurs.
CNEIU s.
Et vous balanceriez I il peut tout pour le crime ; Vous pouvez plus que lui ; qu'un pardon magnanime Termine par vous seule un scandaleux débat -, N'occupez point de vous Tibère et son sénat.
Que Séjan se repose -, et que sa créature
D'un homicide appui vous épargne Tinjure :
Ne brisez point vous-même , à la voix du courroux ,
La barrière qui reste entre Tibère et vous.
N'exposez point vos fils à des haines durables :
Ah ! de l'amour du peuple ils sont déjà coupables ;
Plus coupables bientôt, ils auront des vertus;
Ils sont fils d'Agrippine et de Germanicus.
Seront-ils sans danger si près d'un rang suprême ?
AGPlIPPINE.
Non; mais répondez-moi, j'en appelle à vous-raême. Tous vos traits ont porté dans ce cœur maternel ; Que lui demandez-vous? un pardon criminel. Si j'étais Toffensée, écoutant l'indulgence, J'abdiquerais pour vous le droit de la vengeance : ]Mais quand j'aurai trahi mon époux au cercueil , De quel front le nommer? comment porter son deuil ? Dans sa tombe après lui comment oser descendre ? A Rome où je n'ai pu rapporter que sa cendre , Si les dieux protecteurs nous l'avaient ramené , Qu'eut fait Germanicus ?
O'ÉILS.
Il eût tout pardonné.
Vous sauriez, dites-vous , oublier votre injure! ^ os âmes s'entendaient : lui-même il vous conjure, Il vous presse avec moi, du fond de son tombeau, De ne point lui ravir ce triomphe nouveau , D'accueillir la douleur , d'exaucer la prière D'un fils désespéré qui vous demande un père ,