‹ TibèreChapitre 43 sur 58 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Dont je n'accepte pas le brillant déslionneur. Le tyran m'a flatté -, mais je suis libre encore : 11 m'invite à vous craindre , et c'est vous que j'implore.

AGRIPPINE

Moi-même, en implorant la justice et les lois, Vous le savez, Cnéius , j'ai respecté vos droits. J'accuse un criminel que vous devez défendre : Vous étiez ^u sénat ; vous avez pu m'entendre : Là , j'ai plaint les vertus d'un Ptomain généreux Digne d'un autre père , et de temps plus heureux. Mais quand je sollicite un arrêt légitime , Qu'oseriez-vous prétendre , excepté mon estime ?

CNÉIUS

Rien pour le défenseur , mais tout pour raccusé. Songez au tribunal qui nous est imposé. Un ami de Séjan va dénoncer mon père : Et qui nous jugera ? le sénat de Tibère. A la cour du tyran vous parlez de nos droits î Vous invoquez sous lui la justice et les lois ! Les lois ! mais en est-il ? est-il une justice , Inflexible au coupable , à l'innocent propice , Qui sache, en la blâmant, pardonner à l'erreur. Qui sache lire un crime au front de l'empereur ? Tibère corrompt tout par son fatal génie : Ce qu'on nomme équité n'est que sa tyrannie. En vain dans ces discours de pompe revêtus , De ses vices masqués il se fait des vertus ; Nous pouvons aisément , malgré tant d'artifices , Dans ses fausses vertus démasquer tous ses vices.

-îy?'

Il récuse le peuple , et commande au sénat : Vous Tavouez enfin , lui seul est tout l'Etat. Sa vengeance proscrit , sa faveur déshonore 5 Plus il est odieux , plus il faut qu'on l'adore 5 Et , tremblant devant lui , le pâle genre humain Le maudit à ses pieds, l'encensoir à la main.

AGRIPPINE

Vous dites vrai, Cnéius, mais de la servitude, Même en la détestant , Rome a pris l'habitude. De peur que le sénat ne décide entre nous , Faut-il vous immoler l'honneur de mon époux ? Dans cet humble sénat César tient la balance , Je le sais -, toutefois dois-je attendre en silence Que d'un vain tribunal les Romains détrompés Revendiquent leurs droits si long-temps usurpés? Je tente avec douleur une sévère épreuve ; Mais de Germanicus ne suis-je point la veuve ? Ainsi que mes enfans n'ai-je pas tout perdu ? Germanicus enfin nous sera-t-il rendu?

Ne prétendait-on pas , en divisant l'armée , Du chef qui la guidait flétrir la renommée ? Il n'est plus ^ et Pison fut son persécuteur. Un ami de Séjan se rend accusateur -, J'en ai rougi : n'importe-, une main enneuiie D'un pareil défenseur me gardait l'infamie : Je ne puis que gémir des abus du pouvoir, Vous séparer d'un père, et remplir mon devoir.

CNÉIUS

D'un père î ah î quel que soit le sort qu'on lui préparc

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