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BIOGRAPHIE DE TIBULLE

Nous avons très peu de renseignements biographiques sur Albius Tibullus (1). Seule la date de sa mort est connue avec certitude ; elle est fixée par une épigramme que dornent les manuscrits et dont l’auteur était un poète contemporain, Domitius Marsus (2) :

TE quoque Vergilio comitem non aequa, Tibulle, Mors iuuenem campos misit ad Elysios, ne foret aut elegis molles qui fleret amores aut caneret forti regia bella pede.

. Ilest vraisemblable que Domitius Marsus exprimait ici L È le sentiment du public frappé par la disparition simultanée des deux grands poètes. Virgile est mort le 21 septembre 19 av. J.-C. ; Tibulle a dû mourir dans les derniers mois de l'an 19, au plus tard au début de 18.

L’épigramme est suivie dans les mss. d’une Vita Tibulli anonyme :

: (1) Son prénom est inconnu ; Broekhuisen (édition de 1708, Ams- | terdam) a supposé que c'était Aulus, mais ce n’est qu’une conjecture reposant sur l'hypothèse ingénieuse que A. avait pu disparaître facilement devant Albius.

(2) Dans ses Castigationes (1577-1607), Scaliger nous apprend

que l’épigramme portait dans le Fragmentum Cuiacianum la suscription Domiti Marsi.

AzBivs TiBvLiivs, eques R. + egalis, insignis forma cultuque corporis obseruabilis,ante alios Coruinum Messalam Or. +iginem dilexit euius et contubernalis- Aquitanico bello militaribus donis donatus est. hic multorum iudicio principem inter elegiographos optinet locum. epi-tolae-quoque eius amatoriae quamquam breues omnino utiles sut obiit adolescens ut indicat epigramma supra

scriptum (1). )

Bachrens (2) a essayé d’en faire état, en la corrigeant, il y voyait un abrégé de la biographie qui devait se trouver dans le De poelis de Suétone. Or on s'accorde aujourd’hui à reconnaître que cette Vita date de la fin de l’antiquité et que les détails qu’elle contient ont pu être empruntés aux élégies elles-mêmes (3). En somme elle n’ajoute rien à ce que nous apprend l’épigramme de Domitius Marsus, à liquelle d’ailleurs son auteur se contente de renvoyer.

Pour déterminer la date de la naissance de Tibulle, le” terme de iuuenem de l’épigramme ne nous fournit pas une indication précise ; le mot adolescens de la Vita ne paraît en être qu’un synonyme, puisqu'elle ajoute : ut indicat epigramma supra Scriptum. On s’est fondé sur les vers d’'Ovide, Tristes 4, 10, 53-54 :

Successor fuit hic tibi, Galle, Propertius illi ; quartus ab his serie temporis ipse fui,

pour placer la naissance de Tibulle entre celle de Gallus (69) et celle dé Properce (47), et l’on a le plus souvent

(1) Etablissement du texte : 1 R. + egalis Postgale : regalis AV Ro. uel Romanus s R(omanus) e Gabiis Baehrens R. Gabis Havel : Censet Postgale in egalis latere aequalis post alios ponendum : elegis S. Allen || 2Or.h.e. oratorems | iginem: insignem Holzer ingenue Postgate unice. Purser || 3 et À : etiam V ||Aquitanico £: equitanico AV || 6-7 supra scriptum ç : superscriptum AV.

(2) Tibullische Blätier, Iéna, 1876.

(3) at Tibullische Le ne (Hermes, obus 3

liant 1906, + 466! £a biographie de Tibulle,

INTRODUCTION vil

adopté la date de 54 (1). Mais le mot successor peut n’avoir pas ce sens précis et s'appliquer seulement à une succession littéraire, en indiquant que Tibulle a survécu à-Gallus (mort en 27) comme Properce.a survécu à Tibulle et Ovide à Properce. Et cette date même de 54 n'est-elle pas encore trop éloignée ? Les élégiaques latins ont généralement débuté de très bonne heure : or les élégies consacrées à la liaison avec Delia, liaison qui a commencé en 30, respirent une juvénilité ardente ; c’est une poésie d’adolescence. D'autre part, Tibulle a fait son service militaire vers la fin de 31 ; or cette époque, pour-un jeune Romain de . bonne famille, suivait la prise de la toge virile, laquelle n’avait pas lieu alors plus tard qu’à 17 ans. Sidonc Tibulle a obéi à cette coutume quand il s’est attaché à la personne de Messalla, il avait 17 ans en 31, et il est né en 48 (2). Où Tibulle est-il né ? D’après ses élégies, son existence se partageait entre Rome et un domaine rustique auquel il rattache ses souvenirs d'enfance, où il place ses patrii… Lares 1, 10, 15, et qu’il appelle sedes.., auitas 2, 4, 53. On - peut Conjecturer que c’est là qu’il est né. Or son ami Horace, dans son épître 1, 4, lui dit :

Albi (3),-nostrorum sermonum candide iudex, quid nunc te dicam facere in regione Pedana ?

C’est une allusion probable à ce domaine. La pro-

(1) Dousa proposait 64, J. H. Voss et Dissen 59, Schulze 58. La

date de 54 a été adoptée notamment par Paldamus, Lachmann, Gruppe- Teuffel, Sellar, F. Plessis (Histoire de la Poésie latine, p. 336 sqq.).

(2) Ayrmann (Albii Tibulli Vita, 1719) proposait la date de 49 ; celle de 48 a été adoptée par Harrington (Proceedings of the American Philological Association, 1901, p. 187), suivi par A. Cartault (Tibulle, 1909, 'p. 4-5). ts

(3) L'identification de Tibulle avec l’Albius d’Horace a été contestée par certains critiques, notamment par Baehrens, mais sans raisons suffisantes (Cf. A. Cartault, Tibulle, p.26 sqq. ; et À pro: pos du Corpus Tibullianum, pp. 292-293, 297-298, 353-354),

priété de Tibulle se trouvait donc sur le territoire de Pedum, entre Tibur et Préneste. Cette hypothèse rend inutile la conjecture, d’ailleurs ingénieuse, de Baehrens, qui, au début de la Vita, corrigeail eques regalis en eques R(omanus) e Gabiis, et faisait de Gabies le lieu de naissance du poète.

Tibulle appartenait à l’ordre des chevaliers, si l’on accepte comme authentique le détail donné par la Vila (eques). Sa famille avait été riche (1, 1, 19, 41-42) ; du temps du poète, le domaine familial se trouvait amoindri et la fortune diminuée ; cet amoindrissement a dû se produire du temps de son père, lors du partage des domaines de l’an 41, qui atteignit également Virgile, Horace et Properce, quand, après la bataille de Philippes (nov. 42), se firent en Italie les distributions de terres aux vétérans (1). De cette fortune il a pu lui rester une honnête aisance (1,1, 25, 77-78 ; 2, 1, 21-27), ce qu'Horace appelle diuitias (Ep. 1, 4, 7 ; mot d’ailleurs atténué par l’expression mundus uiclus non deficiente crumena v. 11), ce que lui-même nomme pauperlas (1, 1, 5 ; et parua seges NV. 43), par com-. paraison sans doute avec l’opulence de ses aïeux ; la pièce 2, 1 aussi le montre comme un propriétaire aisé,

Nulle part il ne fait mention de son père, qu’il a dû perdre de bonne heure. Il ne parle dans ses vers que de sa mère et de sa sœur (1, 3,5, sqq.) ; elles lui ont survécu, si l’on en croit Ovide qui (Amor. 3,9, 49- 52) les montre assistant à ses funérailles, et s’il ne faut pas voir dans ce passage — ce qui paraît d’ailleurs peu probable (2) — un ta-

(1) Cf. À. Cartault, Tibulle, p. 8.

(2) Ceci contre Cartault (Tibulle, 5. 11-12) : il était sans doute Spirituel de faire figurer auprès du lit de mort du poète ses deux

ue : une allusion plaisante à sa mère et à sa sœur était ici éplacée. Ë &

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