LIVRE III
cle de-Messalla, où le poète des Amours fut admis dès sa jeunesse. Là il a connu Tibulle, l’a admiré et l’a pris pour modèle : avec l'influence de la rhétorique, limitation de Tibulle caractérise sa manière. Il a dû connaître les élégies du maître, avant leur publication, dans des lectures ou des récitations privées, chez Messalla. C’est de cette manière aussi qu’Ovide a pu avoir connaissance des poésies de son frère. ï
On s’explique enfin la réunion des élégies de Lygdamus au recueil de Tibulle. Elles ont été publiées, avec le panégyrique de Messalla et les billets de Sulpicia, dans ce recueil de pièces toutes composées par des personnages en relation avec Messalla,et unies par l’identité du sujet, des amours inquiètes ou malheureuses. A quelle époque s’est faite cette publication, nous l’ignorons. Cartault (1) pense que l'édition complète aurait été donnée par T.ygdamus lui-même (2), à la suite d’un examen des papiers laissés par Tibulle : Lygdamus, affranchi de Tibulle et son élève, aurait écrit, au plus tard vers 23,ses élégies, que Tibulle aurait lues, appréciées et fait connaître dans son entourage. « Lygdamus, ajoute Cartault, était par là autorisé jusqu’à un certain point à les joindre à ce qu’il avait retrouvé de son maître... Il a pu mettre son nom en tête de son œuvre ; la confusion s’est produite tout naturellement plus tard, sans qu’il y soit pour rien. » L'hypothèse paraît, à tout le moins, peu vraisemblable. On comprend mal qu’un jeune auteur, si familier qu’il ait été avec le maître — et même en raison de cette familiarité— ait pu commettre une telle faute de goût. Comment ne se serait-il pas
(1) Tibulle, p. 88.
(2) L'hypothèse avait déjà été émise par Teuffel (Studien-und Charakteristiken, Leipzig, 1871, p. 344 sqq.), et Cartault la jugeait «tout à fait en l’air » (A propos du Corpus Tibullianum, p. 180).
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lui-même, le premier, senti écrasé par le voisinage ? Il faudrait ensuite supposer que sa vie s’est prolongée d’une
maniere que l’accent sincère de l’élégie 5 ne semble guère |
annoncer. Un recueil dont certaines pièces illustraient les . amours de la nièce de Messalla pour Cerinthus a pu dificilement être publié avant la mort de Messalla, qui a eu lieu en 8 après J.-C. Enfin c’est dans cette hypothèse qu’il serait encore plus malaisé d'expliquer pourquoi nulle mention n’est faite, par les auteurs latins, de Lygdamus.
Baehrens (1) pense que la publication s’est produite vers l’époque de Claude. Nous trouvons en effet dans les tragédies de Sénèque des imitations de Lygdamus. Ce qui est probable, c’est que l’édition ne fut pas donnée avant la mort de Messalla. On a trouvé, soit dans les archives de Messalla soit dans les papiers laissés par Tibulle, des éléments sans nom d’auteur, des pièces qui à l’origine n’étaient pas destinées au public ; et des amis ou des parents ont tenu pieusement à les recueillir et à les sauver de l’oubli. |
(1) Tibullische Blätter, Iéna, 1876
La première pièce est la dédicace d’un libellus que le poète adresse en hommage à Neaera, dont les sentiments sont devenus douteux et de qui il veut regagner la tendresse. Ce petit volume serait formé des élégies suivantes (1),moinsles pièces 5 et 6 qui ne se rapportent pas aux mêmes circonstances.
La composition se développe selon un agencement symétrique qui rappelle le goût de Tibulle : il y a quatre couplets se groupant en deux parties (v. 1-14, 15-28), et chacune contient 3 distiques + 4 distiques :
I. — A l’occasion de la fête des Matronalia, aux calendes de mars, Lygdamus demande aux Muses quel présent il doit faire à Neaera (1-6). Il lui enverra son petit livre, élégamment orné (7-14) (2).
IL. — Il prie les Muses de le lui porter elles- mêmes (15-20). Elles transmettront les protestations soumises du poète à celle qu’il espère toucher par la constance de son amour et son désir de faire d’elle sa femme (21-28).
(1) Ce seraït, selon Martinon, l’élégie 1 seule ; maïs il est peu vraisemblable que cette seule pièce constitue un uolumen. — Ce sont, croit Dissen, des poésies faites à une autre époque, lorsque l’amour du poète était payé de retour, et destinées à rappeler à Neaera ses premiers sentiments affaiblis. Mais que seraient devenues ces pièces et comment expliquer leur disparition ?
(2) Depuis Muret jusqu’à Postgate et Némethy, la critique a souvent voulu voir dans les v. 5-14 un dialogue entre le poète et les Muses. Mais alors il faut admettre des corrections, et l’hypothèse n’est d’ailleurs pas nécessaire, la tradition manuscrite s’explique logiquement.