‹ Tibule Et Les Auteurs Du Corpus TibullianumChapitre 28 sur 56 · LIVRE III à · texte numérisé non relu

LIVRE III à

mais mention de ses poésies. Mais le catalogue des Tristes n’allègue que des vers légers et licencieux, et la poésie de Lygdamus n’a pas du tout ce caractère ; celui des Pontiques n’a trait qu’à des poètes professionnels et connus

- du public, et Lygdamus n’est qu’un poète amateur, un

poète par occasion, auteur d’essais sans prétention. Qu’Ovide n’ait jamais fait la moindre allusion aux vers de son

aîné, cela n’a rien d'étonnant : ce qu’il voyait avant tout

en lui, c'était le don qui promettait au jeune homme la gloire du barreau, l’éloquence ; il a jugé bon de passer sous silence ce qui n’était à ses yeux qu’essais poétiques, en critique rendu difficile par la précocité d’un talent facile et brillant (Trist., 4, 10, 25 : Sponte sua carmen numeros ueniebat ad aptos ….), qui, tout jeune, se plaisait à écouter Properce lire ses élégies (ibid., 45), et qui jeta au feu toutes celles de ses pièces qui lui parurent trop faibles (v. 61-62). Enfin les velléités poétiques de son frère n’étaient-elles pas assez effacées à côté de son talent et de sa renommée à lui, le poète de la famille ? Il lui à d’ailleurs rendu une manière d'hommage discret en conservant dans sa mémoire quelques passabes qu'il trouvait élégants et qui se

sont enchâssés dans ses propres poèmes : cette façon d’em-

prunter n’était pas rare chez les poëteslatins,qui pensaient ainsi honorer un modèle ou un devancier. #= L'hypothèse, telle que la présentait Doncieux (op. cit.), contenait toutefois un détail incertain, que la critique n’a pas manqué d'exploiter contre elle : il donne,sans preuves, au frère d’Ovide le nom de Lucius,nom qu’il juge «en parfaite harmonie avec le pseudonyme de Lygdamus » : la mesure et le sens du pseudonyme (1) s’adaptent partai-

Le (1) Lydgamus vient de Adydos, marbre blanc; l'adjectif Adydtvos

signifie: blanc comme le marbre,lumineux, brillant.On trouve

126 LY GDAMUS

tement à Lücïüs. Mais, répondent de la Ville de Mirmont .

et Cartault, où Doncieux « a-t-il pris que le frère d’Ovide s'appelait Lucius » ? Et, de fait, Ovide ne nous dit pas le nom de son aîné, et nous ne connaissons pas d’auteur latin qui parle de lui. Je ne trouve ce détail que dans Ciofano : « Lucius Ouidius Naso, quo modo et pâter uocabatur» (In omnia Ouidi opera obseruationes, Anvers, 1581 ; commentaire des Trist., 4, 10). Le savant italien avait-il des documents que nousne possédons plus, ou se fondait-il simplement sur la règle qui voulait que le fils aîné portât le praënomen du père ? Maïs cette règle soufirait des exceptions. Tout au plus peut-on dire quel’emploi même du pseudonyme de Lygdamus est üne présomption en favéur de la réalité de te nom de Lücïüs,qu’il appelle naturellementetparla mesure et parlesens.Le jeune homme, se sen-

tant inspiré par une ferme dont il était épris, lui adressant

des vers de circonstance et voulant, contrairement à la . coutume des poètes latins de profession, dissimuler sa personnalité d’amateur sous un pseudonyme, a dû choisir un pseudonyme qui fût en rapport avec son nom.

Notre hypothèse concorde aussi dvec certains caractères intrinsèques de l’œuvre. L'auteur a eu la même éducation que Publius Ovidius et a recu le même enseignement à l’école de déclamation d’Arellius Fuscus et de Porcius Latro. Les traces de cet enseignement se marquent dans ses élégies par une coulèur de rhétorique qui les distingue des poésies de Tibulle et les rapproche de celles d’Ovide.

I] devait fréquenter en même temps que Publius le cer-

dans la légende ou l’histoire grecques, le nom propre Abydauts, ‘dos où 106. Ehwald {Ad hisloriam carminum Ouidianorum recensionemnque symbolae, Gotha, 1889, p. 6)le fait dériver de

l’adverbe À6yônv, en sanglotant, et le pseudonyme s’appliquerait .

alors à un poète larmoyant.: S

n LME à

Page 1