‹ Tibule Et Les Auteurs Du Corpus TibullianumChapitre 31 sur 56 · LYGDAMUS · texte numérisé non relu

LYGDAMUS

20 un vin chargé d’années; ensuite qu’elles aient soin aussi de les arroser d’un lait blanc comme la neige, puis de les. essuyer avec des linges d’un lin très fin et de les déposer, une fois secs, dans une demeure de marbre. Qu'il y ait là tousles parfums qu’envoient la riche Panchaïe (1), l’ Arabie -

25 orientale et la riche Assyrie et qu’ils s’y mêlent aux larmes données à ma mémoire : telle est la sépulture que je voudrais pour les ossements qui resteront seuls de moi.

Mais que la triste cause de ma mort soit indiquée par une inscription et que la face du tombeau exposée aux regards porte ces vers : « Lygdamus ici repose : la douleur

30 et le désespoir de s’être vu enlever Neaëra, qui devait

devenir son épouse, ont été la cause de sa mort. »

(+) Ile fabuleuse de l'océan Indien, qui passait pour riche en essences odorantes et que les anciens confondaient parfois avec l’Arabie elle-même ; cf. Virgile, Géorg., 2, 139 ; Totaque tluriferis Panchaia pinguis arenis. Ts confondaient de même l’Assyrie et la Syrie, d’où Rome recevait les parfums orientaux ; cf. Tib. 1, 3,7, que Lygdamus imite, et comparer in/ra 4, 28, Syrio rore.

135 g LYGDAMVS III-2

mox etiam niueo fundere lacte parent, 20 post haec carbaseis umorern tollere uelis atque in marmorea ponere sicca domo.

Illic quas mittit diues Panchaiïa merces Eoique Arabes, diues et Assyria, et nostri memores lacrimae fundantur eodem : 25 sic ego componi uersus in ossa uelim.

Sed tristem mortis demonstret littera causam atque haec in celebri carmina fronte notet :

LYGDAMYS HIC SITVS EST : DOLOR HVIC ET CVRA NEAERAE, CONIVGIS EREPTAE, CAVSA PERIRE EVIT. 80

214 uelis c: uentis AV || 23 illic : illuc ç || diues : didant Havet ||

24 diues : pinguis ç || 29 cura c: ca [= causa] A cara V || Neaerae c:neera AV. : %

Cette élégie est née des mêmes circonstances que la précédente; le poète ne peut se consoler du départ de Neaeraetils’efforce de la ramener à lui. Ii modifie toutefois son thème en opposant la richesse sans le bonheur et la pauvreté avec sa compagne.

Dans une première partie,il se plaint de l’inutilité des prières | qu'il a adressées aux dieux, à qui il demandait, non pas la richésse, mais une longue vie heureuse avec Neaera (v. 1-10). En effet, à la richesse il préférerait la pauvreté avec elle (11-24). Heureux le jour qui lui ramènera celle qui doit être sa femme ! Et bonheur

‘queles richesses ne sauraient lui donner !-Puissent Junon et Vénus entendre ses prières ! (25-34). Un couplet de conclusion (35-38) reprend le thème de l’élégie 2 : si elle ne revient pas, il n’a plus qu’à mourir.

Que me sert d’avoir rempli le ciel de mes vœux, Ô Neaera, et d’avoir offert aux dieux l’encens qui les touche en multipliant mes prières ? Je ne demandais pas de pouvoir sortir du seuil d’un palais de marbre, me distinguant et”

5 attirant les regards par l’éclat de ma demeure, où d’avoir

un grand nombre d’arpents que retourneraient mes taureaux et de larges moissons prodiguées par la terre bienveillante : mais je voulais avec toi partager les joies d’une longue existence et sur ton sein laisser défaillir ma vieillesse, quand, arrivé au terme de la carrière de la vie, je

10 serais forcé d’aller nu sur la barque du Léthé. :

Ah ! que peuvent me servir un lourd monceau de l’or quienrichit (1),des terres fertiles sillonnées par mille bœufs ? Que me serviraient une demeure qui s’appuie sur des colonnes en marbre de Phrygie ou de chez vous, Ténare

15 ou Caryste(2),et, à l’intérieur de ma demeure, des futaies à

limitation des bois sacrés(3), des poutresrevêtues d’or, un dallage de marbre ? Quel plaisir me donneraient le coquillage que l’on recueille au bord de la mer Erythrée, la laine teinte avec la pourpre de Sidon, et tout ce qui fait l’ad-

(1) Souvenir de Tibulle, 1, 9, 31 ; 10, 7.

.(2) Le marbre de Synnas, en Phrygie, était blanc : celui du Ténare, promontoire de Laeonie, était noir, et celui de Caryste, en Eubée, vert avec des ondulations. î

(3) Ces jardins sont dans le péristyle de la maison. Ils pouvaient contenir des arbres très élevés, comme ceux des bois sacrés : cf. Horace, Od. 3, 10, 5:7 : nemus Inter pulchra satum tecta remugiat Ventis. ;

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