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TITI

Qvip prodest caelum uotis implesse, Neaera, -blandaque cum multa tura dedisse prece,

non ut marmorei prodirem e limine tecti, insignis clara conspicuusque domo,

aut ut multa mei renouarent iugera tauri et magnas messes terra benigna daret,

sed tecum ut longae sociarem gaudia uitae inque tuo caderet nostra, senecta sinu,

tum cum permenso defunctus tempore lucis nudus Lethaea cogerer ire rate ?

Nam graue quid prodest pondus mihi diuitis auri, aruaque si findant pinguia mille boues ?

Quidue domus prodest Phrygiis innixa coluinnis, Taenare siue tuis, siue Caryste tuis,

et nemora in domibus sacros imitantia lucos aurataeque trabes marmoreumque solum ?

Quidue in Erythraeo legitur quae litore concha tinctaque Sidonio murice lana iuuat,

et quae praeterea populus miratur ? In illis

7 sociarem g:-rent AV|| 11-22 [om. 14-15] habent Par. || 11 Quid prodesse potest pondus graue d. a. Par. || 14 cariste ç : char- V2 thar-AV1 || 17 in erithreo AV : meritheo Par. th intheo Par. n ||

legitur qu(a)e Par. V? in margine g : legiturq; in AV!

LY GDAMUS 139

20 miration du peuple ? Ces objets-là excitent l'envie :

biens trompeurs qu’aime d’ordinaire la foule. Ce n’est pas l’opulence qui allège les âmes des hommes de leurs soucis et la Fortune ne régit point à son gré leurs conditions. La pauvreté avec toi, Neaera, me serait agréable : sans toi je ne véux rien des richesses des rois.

O jour radieux, celui qui te rendrait à moi ! O jour pour moi trois fois, quatre fois heureux ! Mais si, tous ces vœux que je forme pour un retour si doux, un dieu qui ne m'est pas favorable allait fermer l’oreille pour ne pas les entendre, un royaume ne me fera pas plaisir ni l'or que roule le fleuve de Lydie (1) ni tout ce que l’univers contient de richesses. A d’autres ces convottises! Qu’il mesoit permis, à moi, dans une condition de vie médiocre, de pouvoir jouir avec sécurité de l’amour d’une compagne chérie. Sois-moi propice et favorise, fille de Saturne (2), mes vœux timides ; favorise-les, toi aussi, déesse de Cypre (3), de la conque sur laquelle tu es portée.

Maissi ce retour m'est refusé par les destinset par les sœurs inexorables (4) qui filent la trame de nos jours et qui tissent les événements à venir, que m'appelle sur les bords de ses fleuves désolés et de son noir marais, l’Orcus (5) livide qui s’enrichit en ses ondes paresseuses,

(1) Le Pactole.

(2) Junon, protectrice du mariage.

(3) Vénus. ‘

(4) Les trois Parques.

(5) Ici le séjour de la mort, les Enfers.

139 LYGDAMVS 111-3

inuidia est : falso plurima uulgus amat. 20 Non opibus mentes hominum curaeque leuantur

nec Fortuna sua tempora lege regit.

Sit mihi paupertas tecum iucunda, Neaera :

at sine te regum munera nulla uolo.

O niueam quae te poterit mihi reddere lucem ! 25 : O mihi felicem terque quaterque diem !

At si, pro dulci reditu quaecumque uouentur,

audiat auersa non meus aure deus, nec me regna iuuant nec Lydius aurifer amnis

nec quas terrarum sustinet orbis opes. 30 Haec alii cupiant ; liceat mihi paupere cultu

securo Cara coniuge posse frui.

Adsis et timidis faueas, Saturnia, uotis,

et faueas concha, Cypria, uecta tua.

Aut si fata negant reditum tristesque sorores, 35 stamina quae ducunt quaeque futura neunt, me uocet in uastos amnes nigramque paludem

diues in ignaua luridus Orcus aqua.

20 inuidia est Par. : inuida Q [ q én rasura} À inuida quae V || 21-22 habent Fris. | 21 hominum Fris. Par. V?in marg. : -ini AVi1g? || 22 nec Fris. : nam AV Par. || regit Par. : gerit Fris. AV || 98 sit : sic Havet || 24 at V?g: et AV! || 28 auersa V? : adu- AV! || 29-32 habent Par. || 29 nec me AV : non me Par. | lidius aurifer amnis habent Fris. || 34 cupiant : -unt Par.n || 82 cara con-

juge AV : uit(a)e munere Par. || 35 aut : at g corr. ç || 88 diues in : Ditis et « || luridus orcus habent Fris,

Je

Lygdamus cherche ici à frapper l'imagination de Neaera et à la convaincre de sa sincérité en faisant intervenir Apollon: il raconte un songe où le dieu lui prédit l’infidélité de la jeune fille, tout en lui donnant l’espoir de la fléchir ; en mêmé temps, il lui fait savoir, “par la bouche d’Apollon, qu’il est décidé à faire d’elle sa femme, et cette promesse, exprimée par le dieu qui ne trompe jamais, doit prendre pour Neaëra la valeur d’un engagement solennel.

Dans un prélude, le poète, à propos d’un songe qui a troublé sa

dernière nuit, maudit les songes à cause des vaines frayeurs dont ils agitent les hommes, et prie Hécate, la déesse des enchantements, de détourner de lui un malheur qu’il n’a pas mérité (v. 1-16). : Narration du songe (17-80). D’abord description de Phœæbus qui lui apparaît (17-42), puis son discours (43-80), en cinq couplets : le dieu prélude par un salut au poète et une invitation à écouter le prophète véridique (43-50) : Neaera aime un autre homme et n'accepte pas l’idée d’entrer en qualité de femme légitime dans la maison de Lygdamus (51-60): D'où malédiction contre les femmes in fidèles. Mais par la soumission et la patience à supporter les rigüeurs il pourra la fléchir (61-66) ; c’est l’éxemple qu'a donné Apollon lui-même quand il a fait paître les génisses d’Admète (67-74) ; que Lygdamus suive cet exemple et rapporte les paroles du dieu à Neäera, à qui est promise une union légitime et heureuse (75-80).

Lygdamus, dañs une troisième partie (81-94), affirme qu’il ne peut croire à la cruauté de Neaera, ñée d’aimables parents. Un distique de conclusion (95-96) reprend le thème de la prière à Apollon, qui protègera son poète. à :

Que les dieux m’apportent de meilleurs présages, et puissent-ils n’être pas véridiques les songes qui, la nuit dernière, ont tout à fait gâté mon repos ! Loin d'ici, écartez-vous, apparitions Vaines et mensongères, cessez de

5 vouloir chercher en nous de la confiance. Les dieux donnent des avertissements vrais ; annonciateurs du sort à venir,les viscères, examinés par les hommes d’Etrurie (1), donnent des avertissements vrais ; les songes, dans la nuit trompeuse, se jouent de nous à la légère, ils font trembler nos âmes en leur inspirant de fausses terreurs ; et la race

10 humaine, vouée à l’inquiétude, détourne les présages de la nuït par la pieuse offrande de farine et de sel pétiilant ! Ah ! pourtant, quoi qu’il en soit, que l’on veuille y voir des avertissements vrais ou ajouter foi aux mensonges du sommeil, puisse Lucina (2) rendre vaines mes frayeurs de la nuit et faire que j’aie redouté sans raison un malheur 15 qüe je ne mérite pas, si ma conscience n’est pas coupable d’un acte honteux etsi ma langue n’ no eu l’impiété d’offenser les grands dieux.

Déjà la Nuit avait sur son noir quadrige parcouru la

voûte éthérée et baigné ses roues dans l’onde azurée du

(1) Les haruspices, Lygdamus se souvient. de Tibulle 1, 8, 3-4 ; 2, 1, 25-26; cf supra p. 59, n. 1.

( Juñon Lucina; gardienne du mariage, déjà invoquée 3,33.

Dr meliora ferant, nec sint mihi somnia uera, quae tulit hesterna pessima nocte quies.

Ite procul uani falsique auertite uisus,

desinite in nobis quaerere uelle fidem.

Diui uera monent, uenturae nuntia sortis 5 uera monent Tuscis exta probata uiris ; somnia fallaci ludunt temeraria nocte

et pauidas mentes falsa timere iubent ; et natum in curas hominurn genus omina noctis

farre pio placant et saliente sale ! 10 Et tamen, utcumque est, siue illi uera moneri,

mendaci somno credere siue uolent, efficiat uanos noctis Lucina timores

et frustra inmeritum pertimuisse uelit, si mea nec turpi mens est obnoxia facto 15

nec laesit magnos impia lingua deos.

Jam Nox aetherium nigris emensa quadrigis

mundum caeruleo lauerat amne rotas,

2 hesterna : extrema c | 3 uani AV::-num V*in margine G || falsique auertite uisus Bolle : falsumque auertite uisum AV || 4 nobis Guyet : uotis AV || 7-8 habent Fris. Par. || 9 in curas ç: maturas À V—uanum metuens uel uatum metuens ç || 11 moneri : monenti g || 12 uolent : solent Postgate || 14 pertinuisse À man.

recenti || 17 aetherium ç : ethereum AV || emensa V* in marg.:. emersa AV! dimensa g

LYGDAMUS 143

fleuve Océan(1),et je n’étais pas encore assoupi par le dieu qui console les âmes malades : le Sommeil ne s’arrête pas devant les maisons agitées par les soucis. Enfin, quand, se levant à l’horizon, Phœæbus lança ses regards sur le-monde, un tardif repos appesantit mes paupières languissantes. Alors un jeune homme, les tempes ceintes du chaste laurier, m'apparut (2):ilmettait le pied dans notre demeure. Non, jamais être plus beau n’est sorti, aux âges passés, d'aucune famille de héros (3). Une longue chevelure flottait sur sa nuque élancée, ses cheveux foncés comme le myrte distillaient la rosée des parfums de Syrie. Sa blancheur était celle qu’on voit àla Lune, fille de Latone (4);une teinte de pourpre était répandue sur son corps de neige ; telle, conduite pour la première fois à son jeune mari, la vierge dont la rougeur colore le visage et les joues délicates ; telles aussi les guirlandes où des jeunes filles entrelacent aux amarantes des lis blancs, et les pommes brillantes que l’automne rougit. Le bas de sa robe longue semblait se jouer sur ses talons : car c'était là le vêtement qui recouvrait son corps resplendissant. Chef-d'œuvre exquis, éclatante d’écaille et d’or, une lyre harmonieuse pendait de son épaule gauche. Dès son arrivée, il en régla les modulations de son archet d'ivoire, et sa bouche sonore fit entendre des chants d’heureux présage ; mais, après ces paroles où les doigts avaient accompagné la voix, il prononça sur un mode émouvant ces mots a{tristants :

« Salut, objet de la sollicitude des dieux : car les lois

(4) Souvenir encore de Tib. 2, 5, 60; c’est l’'Qzeavoy TOTAUOV d’Homère, Od. 11, 639, considéré comme coulant autour de la terre.

(2) Ge thème descriptif était indiqué dans Tib. 2, 5, 2-10.

(3) Ce thème de l’âge héroïque où vivaient les êtres les plus beaux a pu être rappelé à Lygdamus par Properce 1, 4, 5-8 : Tu licet Antiopae formam Nycleidos et lu Sparlanae referas laudibus Hermionae, Et quascumque tlulit formosi temporis aetas : Cynthia

non illaäs nomen habere sinat.

(4) Cf. supra p. 38, n. 1 ; c’est la sœur jumelle d’Apollon.

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nec me sopierat menti deus utilis aegrae :

Somnus sollicitas deficit ante domos, 20 Tandem, cum summo Phoebus prospexit ab ortu, pressit languentis lumina sera quies.

Hic iuuenis casta redimitus tempora lauro ést uisus nostra ponere sede pedem.

Non illo quicquam formosius ulla priorum 25 aëtas, heroum nec tulit ulla domus.

Intonsi crines longa ceruice fluebant, stillabat Syrio myrtea rore coma.

Candor erat qualem praefert Latonia Luna, et color in niueo corpore purpureus, 30 ut iuueni primum uirgo deducta marito inficitur teneras ore rubente genas, et eum contexunt amarantis alba puellae lilia et autumno candida mala rubent.

Ima uidebatur talis inludere palla : 35 namque haec in nitido corpore uestis erat.

Artis opus rarae, fulgens téstudine et auro pendebat laeua garrula parte lyra.

Hanc primum ueniens plectro modulatus eburno -felices cantus ore sonante dedit ; | 40 sed postquam fuerant digiti cum uoce locuti, edidit haec dulci tristia uerba modo :

« Salue, cura deum : casto nam rite poetae

19 sopierat habent Fris. || menti sopor utilis egre est habenl Par, || 21 summo... ortu : summa... Oeta Markland ||surmmo : leimo Havet | 26 heroum nec tulit ulla domus Lachmann : humanum nec uidet illud opus AV aut hominum nunc üuidet ulla domus Cartault || 28 Syrio c:tyr- AV | mirthea AVi: myrthea V2 myrrea g|| 38 et AV : aut c ut Havet ||42 dulci tristia Broekhuisen : tristi dulcia AV Â

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