DÉLIMITATION DU TIC
Il est indispensable de préciser à quelle catégorie de troubles moteurs le nom de tic doit être réservé. La majorité des auteurs s'accorde pour limiter son application. Cependant Pitres, Cruchet, l’étendent à toutes les secousses musculaires brèves et brusques. Mais Charcot, G, Guinon, ont déjà montré que des différences cliniques, patbogéniijucs et anatomo-pathologiques, nécessitent une distinction entre les convulsions cloni(iues localisées : aux unes est réservé le nom de spasmes, aux autres celui de tics. Cette distinction est adoptée aujourd'hui presque généralement ; elle a été maintes fois défendue par Brissaud et son école, et étayée sur des caractères cliniques objectifs (Henry Meige). Pour Brissaud, le spasme est le résultat d’une « irritation d’un des points d’un arc réflexe ». Il s’agit d’un phénomène réflexe simple, auquel les centres corticaux ne prennent aucune part, et dont la cause provocatrice est une lésion matérielle irritative.
Au contraire, les mouvements par lesquels se traduisent les tics sont des actes coordonnés; ils sont primitivement constitués par des contractions musculaires orientées vers un but défini. Peu à peu, il est vrai, en s’exagérant, en s’amplifiant, ils prennent une allure convulsive, et leur coordination devient moins évidente; c’est pourquoi Gilles de la Tourette les qualifiait d’« incoordonnés ». Mais cette incoordination n’est qu’apparente, et elle est secondaire; on peut presque toujours reconnaître la systématisation originelle de Pacte. Elle implique nécessairement la participation, à un moment donné, des interventions corticales : il s’agit d’un acte primitivement psycho-réflexe. Le tic est donc un trouble psycho-moteur. C’est un trouble moteur, puisque le phénomène objectif présente les caractères d’une conoulsion, perversion de la contraction musculaire normale. Et c’est aussi un trouble psychique, car il s’agit d’un acte primitivement coordonne vers un but, mais devenu inopportun, illogique, absurde. Cette transformation témoigne d’une disposition psychique anormale. Elle est la preuve de l’insuffisance du contrôle des actes moteurs, de la débilité du pouvoir inhibiteur de la volonté. Le liqueur néglige d’exercer la surveillance nécessaire à la juste mesure et à la répartition pondérée de ses mouvements; il est enclin à exécuter une foule d’actes excessifs, déplacés, intempestifs.
Letulle avait décrit sous le nom de tics coordonnés des actes ou des gestes habituels qui se répètent involontairement, inconsciemment, mais qui ne présentent pas le caractère convulsif. On leur donne maintenant le nom de stéréotypies : stéréotypies de mouvement ou* stéréotypies d’attitude; bien qu’involontaires, inconscients et inopportuns, ces gestes ou attitudes ne
durèrent pas objectivement de ce qu’ils seraient s’ils étaient volontaires, conscients et justifiés. Ce ne sont que des habitudes motrices intempestives, répétées à satiété. Exemples ; friser sa moustache, rider son front, ronger ses ongles, siffloter, balancer la tête ou le corps, etc., au cours de diverses occupations ou pendant le repos, alors que rien ne justifie ces actes, qu’ils sont déplacés, sinon nuisibles. Pour mériter le nom de tic, il est nécessaire que l’acte moteur ait un caractère convulsif; d’où le nom de tk convulsif.
Le tic étant un acte convulsif, sa manifestation extérieure se traduit par une anomalie par excès de la contraction musculaire que peut revêtir deux formes principales; la forme clonique, dans laquelle les contractions musculaires sont séparées par des intermittences de repos, et la forme tonique, dans laquelle les contractions se rapprochent tellement les unes des auti-es qu’il devient impossible de les distinguer et qu'il en résulte un état de contraction forcée plus ou moins durable. Cliez le même liqueur on peut observer ta coexistence ou l’alternance des contractions de forme clonicjuc et de forme tonique.
Grasset appliquant aux tics sa théorie du « polygone » distingue trois espèces de tics* : Le tic psychique proprement dit, ou tic mental qui dépend directement et étroitement d’nne idée actuelle, qui réside dans l’inteltectualité vraie ou supérieure, en 0; le tic bulbo-médullaire, à l’autre bout de l’écbelle, qui n’a aucun des caractères du psychisme; et le tic polygonal qui a les caractères du psychisme inférieur, automatique, dont le centre est dans le polygone.